Opération séduction Emmanuel Macron veut reconquérir le cœur des agriculteurs

Terre-net Média

Après les nombreux sujets de mécontentement qui ont poussé le monde agricole à manifester à plusieurs reprises l’année dernière et, en point d’orgue, la nouvelle réglementation sur les ZNT annoncée en décembre, le président de la République a subtilement vanté les mérites du modèle agricole français à l’occasion de la remise des prix d’excellence du Concours général agricole.

Le président de la République célébrant les mérites de l'agriculture française, à l'occasion des 150 ans du Concours général agricoleLe président de la République célébrant les vertus de l'agriculture française, à l'occasion des 150 ans du Concours général agricole (©Terre-net Média) 

C’est à une véritable déclaration d’amour aux agriculteurs qu’Emmanuel Macron s’est livré, le 17 janvier, devant les lauréats des prix d’excellence du Concours général agricole. Le 150e anniversaire de cette récompense constituait, il est vrai, l’occasion idéale de disserter sur la qualité de l’agriculture française.

Décidé à « défendre, renforcer, célébrer » l’exception agricole française dont le concours général agricole serait « quintessentiel », le président de la République a loué les mérites des agriculteurs français et de «  la vocation écologique et environnementale de l’agriculture », à grand renfort de lyrisme. « Qui défend le sol français ? Sa capacité à y produire durablement ? À avoir les meilleures espèces ? À y élever des bêtes qui ont leurs racines depuis parfois des siècles et des siècles ? Les agriculteurs, les éleveurs. Celles et ceux qui produisent depuis parfois bien longtemps et qui savent ce que leur sol peut donner », a affirmé le chef de l’État.

Une condamnation de l’agribashing

Car si le modèle agricole français a parfois « connu des excès », liés à « la concurrence mondiale », pour Emmanuel Macron, il permet d’assurer la souveraineté française et de « nourrir durablement notre population ». Tout en restant « un modèle à taille humaine qui a toujours su privilégier la qualité ». Or, « nous ne pouvons pas nous retrouver aujourd’hui, dans notre pays, avec trop de commentateurs qui ne défendent plus assez la qualité française », a prévenu le président de la République, invitant ses concitoyens à « ne pas donner de leçons » aux agriculteurs qui « en reçoivent beaucoup déjà ».

Le chef de l'État a donc insisté, tout au long de son discours, sur les nombreuses qualités des agriculteurs français, que ce soit le « bon sens » pour préserver l’environnement, le souci du bien-être animal, ou encore « l'engagement complet pour pouvoir manger français et manger bien ». Autant de vertus qui, pour Emmanuel Macron, rendent « inacceptables » les attaques de ces derniers mois vis-à-vis des agriculteurs.

Dissonances du côté de la ministre de l’écologie

Si Emmanuel Macron s’est appliqué à défendre ce modèle français, c’est sans doute avant tout pour apaiser les tensions avec le monde agricole, irrité ces derniers mois par les négociations pour les accords de libre-échange, le bouillant sujet de l’interdiction du glyphosate ou encore celui, tout aussi clivant, des zones de non traitement (ZNT) à proximité des habitations, illustration de l'objectif gouvernemental d'aller vers une réduction rapide de l'utilisation des pesticides de synthèse.

Cette belle déclaration d’amour du président a cependant été ternie par les propos tenus le matin-même par la ministre de la transition écologique, Elisabeth Borne. À l’occasion de ses vœux à a presse, cette dernière a estimé que « produire autrement c'est aussi changer de modèle agricole et ce n'est pas céder à un quelconque "bashing" que de le dire ». «  Ce modèle a eu ses vertus mais il est arrivé à bout de souffle, il bouscule la nature et il enferme tellement d'agriculteurs dans une impasse », a poursuivi la ministre, ajoutant que cet état d’esprit devrait être porté dans la future Pac. 

En regard du discours laudateur du président, ce positionnement s'avère difficile à expliquer. « Peut-être veut-elle récupérer le ministère de l'agriculture ? », ironise-t-on dans l'entourage de Didier Guillaume. 

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Quant au président de la République interrogé à l'issue de son discours, il a contredit les propos de sa ministre, estimant qu’en matière de transition agro-écologique, il fallait « avoir de l’ambition, mais sans pessimisme ». « Il y a toute la transition écologique et environnementale qu’on est en train de faire filière par filière pour progressivement sortir de certains pesticides, et réduire les pesticides, conformément aux engagements que j’ai pris en campagne. On est en train de réinventer un nouveau modèle, la France a une exception agricole qui est forte et qu’il faut défendre ». 

Questionné sur la capacité à préserver ce modèle français dans un contexte de concurrence internationale très fort, le président a également rappelé que sa stratégie restait de « faire bouger l’Europe dans le même sens ». « Derrière, ça veut dire aussi harmoniser les contrôles sanitaires européens », a-t-il ajouté, défendant l’idée d’une "agence sanitaire européenne".  


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