Coordination rurale En l’absence de salon, la CR veut alerter sur « les agriculteurs qui vont mal »

Terre-net Média

Si le Salon de l'agriculture, incontournable rendez-vous grand public mais aussi politique du début d’année ne peut pas avoir lieu en raison de la crise sanitaire, la Coordination rurale ne renonce pas, en tout cas, à l’action syndicale. Alors que d’autres syndicats préfèrent ouvrir les portes d’exploitations agricoles, la CR souhaite de son côté alerter sur « les fermes qui ferment » et sur le mal-être des agriculteurs.

Alors qu’Emmanuel Macron a remplacé l’inauguration du Salon de l’agriculture par une visite dans une ferme de Côte d’Or, la Coordination rurale a, de son côté, décidé de monter à Paris pour mettre en avant les difficultés de l’agriculture. Si le syndicat va, comme les autres organisations, rencontrer le président de la République cette semaine, une mobilisation est prévue à Paris le 4 mars pour « parler du malaise agricole, des fermes qui ferment », a expliqué Bernard Lannes, président de la Coordination rurale, lors d’une conférence de presse le 25 février.

Car entre la pression économique, sociétale, le sentiment d’isolement et de manque de reconnaissance, les agriculteurs ont besoin de se projeter, notamment via la nouvelle Pac actuellement en cours d’élaboration, explique-t-il. Un manifeste contenant les propositions du syndicat sera ainsi remis aux parlementaires, évoquant des points clés comme l’installation ou encore l’harmonisation des aides entre les régions. La mobilisation de jeudi prochain sera également l’occasion d’alerter sur les conséquences de la disparition des fermes et des agriculteurs, en matière d’alimentation, de biodiversité, de paysages.

Allo Agri, une nouvelle plateforme d’écoute

Pour agir concrètement auprès des agriculteurs en détresse, la Coordination rurale a ainsi créé une association, Allo Agri, « une association sociale, de solidarité et d’écoute qui se veut une passerelle entre toutes les associations », explique Max Bauer, président de l’association et secrétaire général adjoint de la Coordination rurale. Aujourd’hui expérimenté en Occitanie, en Auvergne-Rhône-Alpes et en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, le numéro vert gratuit (08 05 38 19 19) a vocation à s’étendre très rapidement sur tout le territoire national. Depuis décembre, cinquante dossiers ont été enregistrés sur la plateforme, et la moitié ont trouvé une issue favorable.

« Il y a aujourd’hui un paquet d’agriculteurs qui échappent à tous les radars, il faut envoyer quelqu’un pour pousser la porte et tendre la main, c’est notre devoir d’humanité de ne pas laisser ces gens de côté », ajoute Bernard Lannes.

Un retour de valeur nécessaire pour les agriculteurs

Parallèlement, alors que les négociations commerciales s'achèvent cette semaine, les agriculteurs attendent toujours le retour de valeur promis par la loi Egalim. Ce qu’Emmanuel Macron a fait avec les États généraux de l’alimentation, « c’est très bien, mais il s’est arrêté au milieu », estime Bernard Lannes. Il faut selon lui se pencher davantage sur l’alimentation hors domicile, industrielle, et avoir plus de transparence sur ce qu'il s’y passe. Pour l’instant, les agriculteurs « restent la variable d’ajustement » de ces négociations commerciales.

De même, si on n’a jamais autant consommé de viande bovine d’origine française avec les confinements et la crise sanitaire, cette hausse de consommation ne s’est pas répercutée sur les éleveurs qui connaissent également des difficultés à valoriser les mâles. Si la Coordination rurale salue le discours du ministre de l’agriculture, invitant la restauration collective à servir du broutard et du jeune bovin, Alexandre Armel, secrétaire général, propose d’encourager la production de bœuf dans les zones d’élevage extensif, avec un accompagnement dans le cadre de la nouvelle Pac.

Une solution qui permettrait de réduire les importations de viande mûre, et qui possède aussi des avantages écologiques. « Dans ces zones-là, c’est bien l’agriculture qui maintient les paysages, et une ferme fermée en élevage ne se rouvre pas », regrette Bernard Lannes, qui évoque l’idée de contrats avec le ministère de l’écologie sur ces sujets de préservation de l’environnement et de la biodiversité, pour donner une visibilité aux agriculteurs. La position de la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, dans le cadre de la polémique sur les menus végétariens à Lyon agace d'ailleurs le syndicat. « Qui sert de bouc émissaire ? Encore une fois, les éleveurs », regrette Bernard Lannes. 

La Coordination rurale devrait évoquer l'ensemble de ces sujets avec le président de la République demain après-midi. 


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