Congrès de la coordination rurale Souveraineté alimentaire, un bel objectif qui manque aujourd’hui de moyens

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Sur toutes les lèvres depuis le début de la crise sanitaire, la notion de souveraineté alimentaire doit cependant, pour être renforcée, composer avec un certain nombre de freins. Redistribution de la valeur, sur-réglementation française et européenne, nouvelle Pac, irrigation, ces thématiques étaient au cœur du congrès de la Coordination rurale qui s’est tenu à distance, le 17 décembre.

Le congrès de la Coordination rurale s'est tenu sous format digital le 17 décembre.Le congrès de la Coordination rurale s'est tenu sous format digital le 17 décembre. (©Terre-net Média) 

A distance pour cause de crise sanitaire, la Coordination rurale a tenu son congrès annuel le 17 décembre, avec un thème d’actualité, celui de la souveraineté alimentaire. Cependant, si les pouvoirs publics ne cessent d’appeler cette dernière de leurs vœux, il faut avant tout redonner un revenu décent aux agriculteurs, ont rappelé les membres du syndicat, qui ont passé en revue les différents leviers d’action pour y parvenir.

Les EGA au milieu du gué

Grand chantier du début de quinquennat d’Emmanuel Macron, les États généraux de l’alimentation, et la loi EGalim qui en est issue, « sont restés au milieu du gué », regrette Bernard Lannes, président de la CR. Or, « sans prix agricoles rémunérateurs, on n’arrivera pas à sortir de l’ornière », ajoute-t-il. Les agriculteurs doivent donc récupérer de la valeur, mais également reprendre la main sur la coopération, estime-t-il.

Alimentation territorialisée

Autre piste, remise en avant lors du premier confinement, celle de la territorialisation de l’alimentation. Le plan de relance prévoit « près de 80 M€ pour les projets alimentaires territoriaux, pour faire travailler ensemble producteurs, collectivités locales et consommateurs », a rappelé le ministre de l’agriculture, lors d’une intervention enregistrée en vidéo.

Pour autant, cela fait quatre ans que les travaux ont commencé, et pas grand-chose n’émerge, alors que nous, agriculteurs, comptons beaucoup dessus », regrette Tristan Arlaud, maraîcher dans les Bouches-du-Rhône. Dans son village, le producteur a été a l’initiative d’un regroupement d’agriculteurs pour créer un magasin répondant directement aux attentes des consommateurs. « On s’achalande en premier chez les producteurs du groupe, puis dans les départements voisins, puis en France. L’initiative est duplicable, il faut simplement la volonté politique. On capte la valeur. On respecte les EGA, et ça nous permet d’avoir une vie sociale normale, de payer des études à nos enfants, c’est ça qui incite les jeunes à s’installer agriculteurs », témoigne-t-il.

Pac et écologie

« On allie déjà tous les jours économie et écologie, sans pour autant tirer quelque chose de notre production », ajoute par ailleurs Alexandre Armel, secrétaire général de la Coordination Rurale, réagissant aux propos du ministre. Or, la future Pac et le Green deal de la Commission européenne sont source d’inquiétude, surtout dans un objectif de recherche de souveraineté alimentaire : « à toujours vouloir verdir, on va arriver à perdre notre autonomie alimentaire, et une fois de plus, on ira chercher des produits d’importation », regrette-t-il.

La sécurisation de la production française passe aussi par l’accès à l’eau, un point sur lequel Julien Denormandie a souhaité se montrer rassurant : « Il faut en même temps aller plus vite. On s’y attache en simplifiant les procédures. Nous allons passer dans prochaines semaines un texte très important permettant de régir les débits en eau dans les territoires : c’était une attente forte. N’oublions jamais que la première des questions en agriculture, c’est celle de l’eau, et elle est également fondamentale pour prévenir changement climatique. »

Néanmoins, si Bernard Lannes reconnait « que le ministre a du courage », « on a besoin d’un vrai plan de sauvegarde de l'agriculture pour la garder à flots », rappelle-t-il, estimant que les mesures seront insuffisantes pour sauver les agriculteurs déjà fragilisés par des années de crise et défavorisés par une réglementation française plus stricte que chez nos concurrents européens.


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