[Tribune] Glyphosate Le coup de gueule d’Emmanuel Ferrand, agriculteur

Emmanuel Ferrand Terre-net Média

Dans un texte publié sur son blog en réaction aux dernières péripéties sur le dossier du glyphosate, Emmanuel Ferrand, agriculteur, syndicaliste et élu local de l’Allier, dénonce une « pure folie politique, médiatique, sans tenir compte aucunement de la science ». Il exhorte les consommateurs à « faire confiance » aux agriculteurs français, qui leur fournissent « la meilleure alimentation du monde ».

Emmanuel Ferrand, comme bon nombre d'agriculteurs, dénoncent l'absence de fondement scientifique dans le procès politique et médiatique fait au glyphosate, Emmanuel Ferrand, comme bon nombre d'agriculteurs, dénonce l'absence de fondement scientifique dans le procès politique et médiatique fait au glyphosate. (©Terre-net Média)

« Cette histoire de glyphosate que le Gouvernement veut absolument interdire, qui est renchérie tout récemment par le procès gagné contre Monsanto sur ce thème par un jardinier, a le don de m’énerver quelque peu. On est sur ce sujet dans la pure folie politique et médiatique sans tenir compte aucunement de la science », réagit Emmanuel Ferrand, agriculteur, syndicaliste, élu local et régional installé à Saint-Pourçain-sur-Sioule, dans l’Allier.

Emmanuel Ferrand est agriculteur à St Pourçain sur Sioule, maire adjoint de ma commune,Vice-président de la communauté de communes, Conseiller Régional et Vice-président du SIVOM eau et assainissement du Val d'Allier. Emmanuel Ferrand est agriculteur à St-Pourçain-sur-Sioule, maire-adjoint de sa commune, vice-président de la communauté de communes, conseiller régional et vice-président du Sivom eau et assainissement du Val d'Allier. (©FRSEA)

« En effet, 9 agences sur 10 ont déclaré le glyphosate inoffensif pour la santé humaine et une seule (le Circ) l’a déclaré potentiellement cancérigène au même titre que le sel de cuisine, la charcuterie ou n’importe quel produit de la vie courante. D'ailleurs cette agence s’est rétractée depuis pour le classer inoffensif mais personne n’en tient compte, bien sûr », rappelle l’agriculteur.

« Voilà qu’un procès condamne Monsanto non pas pour la dangerosité de son produit, qui d’ailleurs ne l’est pas, mais parce qu’il n’est pas marqué sur l’étiquette que si on ne l’utilise pas correctement il y a danger. Je n’ai encore jamais lu sur le manuel de ma voiture que si je fonçais dans un mur avec, elle était dangereuse et que si par hasard j’en sortais vivant je pourrais attaquer Peugeot pour ne pas m’avoir prévenu, c’est à peu près pareil. »

« Avec ce procès, voilà qu’on interprète que le glyphosate est cancérigène alors que ce n’est pas du tout le rendu du tribunal, j’ai un peu l’impression de revenir au XVIe siècle lorsque Galilée a été condamné parce qu’il affirmait scientifiquement que la terre tournait autour du soleil contre l’avis majoritaire de tous ! Relisez l’histoire de Galilée. Tout y est : les dénonciations, les procès, les contre-attaques scientifiques en vain, les parutions écrites et enfin la condamnation politique. A l’époque, c’est l’église catholique qui tenait le pouvoir pour avoir contredit les saintes écritures. Aujourd’hui, l’utilisation du glyphosate contredit un principe de précaution érigé en écriture biblique, je veux dire constitutionnelle. »

Le glyphosate classé moins dangereux que le cuivre, largement utilisé en agriculture bio

« Voilà un produit universel qui n’est pas classé plus dangereux par la science que le sucre ou l’eau, et qu’on interdit comme un totem arraché à une puissance maléfique ! Regardez sur le site de l’Anses, appelé ephy.anses.fr, qui classe tous les produits phytosanitaires (…). »

« Voilà le classement du glyphosate : Peut entraîner des effets néfastes à long terme pour l'environnement aquatique. C’est sa seule phase de risque. » Et l’agriculteur de comparer avec la classification du cuivre, « largement utilisé en agriculture biologique » : « Nocif, dangereux pour l'environnement, nocif en cas d'ingestion, irritant pour la peau, risque de lésions oculaires graves, très toxique pour les organismes aquatiques, peut entraîner des effets néfastes à long terme pour l'environnement aquatique. »

« Je n’invente rien. Tout est vérifiable et c’est public et je pourrais vous prendre comme cela des centaines de substances diverses et, pour certaines, de la vie courante. »

« Mais le pire, c’est qu’on va interdire l’utilisation du glyphosate pour la seule France avec une utilisation en interculture c’est-à-dire entre deux cultures, donc jamais sur une culture qui sera récoltée, et on va continuer d’importer 98 % de notre besoin en protéines par le soja d’Amérique, OGM traité directement en pleine culture par ce glyphosate. Je ne parle même pas du colza canadien ou de la moutarde canadienne qui subit le même sort et qui produit 100 % de la moutarde que nous consommons en France. »

« Êtes-vous prêts à payer 40 % plus chère votre alimentation ? »

« Alors si on interdit le glyphosate ou on ne trouve pas d’alternative chimique qu’est ce qui va se passer ? Et bien soit on reprendra le travail du sol mécanique à raison de plusieurs passages d’outils et de tracteurs avec la consommation de gasoil et l’émission de gaz à effet de serre ou on emploiera des produits comme le 2,4D toujours autorisé et qui a servi durant la guerre du Vietnam dans l’agent orange mélangé à du dicamba autorisé en 1967 classé à risque. Voilà un bon cocktail chimique efficace, guère plus cher que le glyphosate mais tellement plus toxique. »

Où êtes-vous, vous qui voulez nous dicter notre façon de faire, alors qu’il y a 50 ans, vous avez déserté les petites fermes familiales, la campagne et la nature si parfaite ?

« Ensuite on nous dit : « mais on n’a rien contre vous les agriculteurs, on veut juste vous emmener à une agriculture qui se passe de pesticides et donc plus naturelle ».

Moi je réponds deux choses : Êtes-vous prêts à payer 40 % plus chère votre alimentation pour compenser la perte de rendement ou le coût de distorsion économique avec les pays qui utilisent du glyphosate ? Y compris dans la restauration collective qui tire les prix vers le bas ?

Ensuite, où êtes-vous, vous qui voulez nous dicter notre façon de faire alors qu’il y a 50 ans vous avez déserté les petites fermes familiales, la campagne et la nature si parfaites ? Pourquoi vous avez fui cette campagne où un agriculteur gagne 350 €/mois pour 70 h de travail par semaine pour aller vivre en ville et nous demander une alimentation à pas cher ? Pourquoi n’êtes-vous pas restés croupir dans les petites fermes si bucoliques à vos yeux ? Pourquoi, plutôt que de nous faire la morale, vous ne revenez pas reprendre des fermes pour nous montrer comment on peut bien vivre en bio, en permaculture ou autres façons si naturelles et si prometteuses pour faire fortune ? »

« J’ai été cinq ans en école d’agriculture, je suis régulièrement des formations, j’ai mon Certiphyto que j’ai obtenu après deux jours de formation aux produits phytosanitaires, je lis des revues techniques et scientifiques, je fais des expérimentations tous les ans avec des nouveaux produits et nouvelles façons de faire. »

« La France a la meilleure alimentation du monde et la plus saine au point que les étrangers viennent en France pour notre gastronomie ! Et vous croyez que cette gastronomie elle pousse sur le champ de Mars ? »

« Alors foutez-nous la paix !! Et faites-nous confiance ! Mais surtout, si un jour, vous deviez avoir faim, vous qui nous donnez des leçons dans les villes, oubliez-nous et ne venez pas nous chercher comme en 1945 pour vous donner à manger ! Nous ne serons plus là et vous demanderez aux Américains, aux Russes ou aux Chinois qui utilisent les OGM, le glyphosate et tant d’autres produits de vous donner à manger ! »

 Emmanuel Ferrand a publié cette tribune sur son blog. Retrouvez son blog ici.


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