; L'Iddri revient sur la guerre en Ukraine et ses conséquences politiques

Guerre en Ukraine Y-a-t-il un risque à affaiblir le Pacte Vert européen ?

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Avec la guerre en Ukraine se pose la question de la sécurité alimentaire liée aux incertitudes sur la disponibilité des blés russes et ukrainiens. Faut-il produire davantage, cultiver autre chose ? Privilégier l’alimentation humaine à l’alimentation animale ? Enfin, doit-on remettre en cause le Pacte vert européen, considéré par certains comme une stratégie de décroissance ? Sébastien Treyer, directeur de l’Iddri, revient sur ces enjeux dans le premier podcast de l’organisation.

La transition environnementale et agro-écologique peut-elle être reportée en raison de la guerre en Ukraine ? « La question de la temporalité est compliquée dans ces moments de crise », explique Sébastien Treyer, directeur de l’institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), dans le premier podcast diffusé par l’organisation. Si le conflit a mis en évidence la dépendance énergétique de l’Union européenne vis-à-vis de la Russie, difficile pour autant d’accélérer la transition énergétique, ce qui aura des impacts sur les prix de l’énergie mais aussi sur la sécurité alimentaire, la production agricole étant dépendante du gaz russe notamment pour la fabrication des engrais azotés.

Pour écouter l'intégralité du podcast de l'Iddri, cliquez ci-dessous :

Va-t-on réussir à nourrir le monde ?

L’anticipation d’une moindre disponibilité des productions de céréales ukrainienne et russe, et l’augmentation du prix des engrais entrainent une hausse des cours sur les marchés mondiaux du blé, avec des conséquences différentes selon les zones concernées. En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, où 10 % des besoins domestiques en céréales sont approvisionnés par les importations (dont un cinquième en provenance d’Ukraine), c’est la question de la capacité à payer qui va se poser, davantage que celle de la disponibilité qui se posera plutôt en cas d’absence des productions ukrainienne et russe en 2022/23, explique Sébastien Treyer.

En ce qui concerne les pays d’Europe de l’Ouest, c’est d’abord le secteur de l’élevage qui va subir le choc frontal de l’augmentation du prix des céréales, explique le directeur de l’Iddri.  « Le vrai enjeu est de savoir, dans la politique agricole de transformation vers plus de durabilité, comment surmonter cette crise des prix », ajoute-t-il. En parallèle, une autre problématique va se poser, celle de l’accès à l’alimentation de qualité et aux denrées de base pour les populations les plus vulnérables, les plus pauvres.  

Remettre les jachères en production, une solution ?

Face au manque de céréales, faut-il mettre les jachères en culture pour augmenter la production ? « On peut y réfléchir, on peut aller chercher ces espaces pour deux ou trois années et les mettre en culture », mais elles restent au final peu importantes en surface, et surtout peu productives, explique Sébastien Treyer. Quant à utiliser plus d’engrais, au-delà du problème du coût et de la disponibilité, « il n’est pas certain que l’on puisse encore augmenter les rendements aujourd’hui en Europe » par ce biais, estime-t-il.

Vers une réduction de la production animale ?

Il y a en revanche, selon lui, « peut-être autre chose à explorer », puisqu’aujourd’hui plus de la moitié de notre production végétale est utilisée pour nourrir les animaux. Il faudrait ainsi réfléchir à la possibilité, en situation de crise, de détourner des surfaces actuellement utilisées pour l’alimentation animale vers la production à destination de l’alimentation humaine. 

Aujourd’hui, « le risque est d’utiliser des termes comme souveraineté alimentaire, sécurité alimentaire, pour faire un amalgame entre la crise actuelle et les questions de transition à horizon 2030 », poursuit le directeur de l’Iddri. « Mais il ne faut pas insulter le long terme, on doit rester cohérent par rapport aux objectifs de long terme » inscrits, notamment, dans le Pacte vert européen, et dans la stratégie « Farm to Fork », alerte-t-il. Quand on décrit « farm to fork » comme une stratégie de décroissance, « ce n’est pas vrai », insiste-t-il, car les objectifs de cette politique sont, entre autres, de réduire l’utilisation des engrais azotés -ce qui est positif vis à vis de notre dépendance au gaz russe-, de « réduire la dépendance aux pesticides et donc de réintroduire des éléments qui se substituent aux engrais », et de réduire nos importations d’alimentation animale.

« Réduisons notre dépendance au maïs, au blé ukrainien » pour l’alimentation animale dans l’Union européenne, ce sera ainsi bénéfique pour la souveraineté alimentaire, ajoute-t-il. Mais dans ce cas, « on va aussi réduire notre production animale en Europe : on est dans une logique de produire moins en volume et plus en valeur, car c’est là que l’on trouve les marges de manœuvre pour réduire la production végétale destinée à nourrir les animaux », explique Sébastien Treyer. « Les objectifs du Green deal en matière agricole sont convergents avec l’objectif de sécurisation alimentaire du monde, et il est stratégique pour notre continent, qui est le premier continent à prendre au sérieux la transformation écologique nécessaire pour éviter que la biodiversité et le climat ne se dégradent à des niveaux insupportables pour l’humanité ».


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