Réduction des produits phytosanitaires La FNSEA « déploie » son « contrat de solutions »

Terre-net Média

« Pas d’interdiction, des solutions ! » Les représentants de la FNSEA ont fêté la première année de leur « contrat de solutions », une « démarche constructive » visant à « faire face aux enjeux des produits phytosanitaires ». Ils entendent maintenant « déployer les 36 solutions retenues auprès des agriculteurs ». Mais à deux ans de la fin souhaitée du glyphosate par le chef de l’Etat et l’interdiction des néonicotinoïdes, les efforts du syndicat et des 40 « partenaires » à la démarche restent vains pour trouver des alternatives à ces produits.

Christiane Lambert et Eric Thiroin, entourés d'agriculteurs pour promouvoir le Christiane Lambert et Eric Thiroin, entourés d'agriculteurs pour promouvoir le "contrat de solutions" initié il y a un an par le syndicat pour faire face aux enjeux des produits phytosanitaires. (©Terre-net Média) 

U n an après avoir initié son «  contrat de solutions  » avec près de 40 organisations « partenaires », la FNSEA veut désormais se concentrer sur le déploiement sur le terrain des 36 solutions pour réduire l’usage des produits phytosanitaire et répondre ainsi une pression sociétale et gouvernementale de plus en plus forte. Pour souffler la première bougie de leur démarche, les leaders du syndicat –sa présidente Christiane Lambert et Eric Thiroin , secrétaire général adjoint et coordinateur du dispositif – se sont entourés d’agriculteurs « témoins » pour faire le point.

« Nous voulons une totale transparence sur notre démarche, en expliquant ce qui avance, ce qui bloque, en pointant les difficultés », a expliqué Eric Thiroin mercredi 14 novembre 2018 devant la presse. Lors du dernier salon de l’agriculture, le syndicat avait listé environ 300 pistes pour faire face à l’enjeu des produits phytosanitaires. Il en a approfondi 36. Ces pistes font l’objet de fiches qui ont été présentées en juillet dernier. « Nous sommes désormais entrés en phase de déploiement du contrat de solutions », a-t-il poursuivi. Le coordinateur de la démarche souhaite le soutien des chambres d’agriculture, des instituts techniques, des coopératives agricoles et organismes de conseil pour diffuser largement auprès des agriculteurs les pistes étudiées pour réduire l’impact des produits phytosanitaires sur l’environnement.

L’annonce de « nouvelle étape » de la démarche initiée par le syndicat majoritaire intervient au lendemain du deuxième colloque du réseau de « fermes Dephy » organisé par le ministère de l’agriculture. Le ministre Didier Guillaume a expliqué que l’indice de fréquence de traitement avait baissé dans les six filières étudiées, dont les grandes cultures. 

La fin du glyphosate dans 2 ans ?

Néanmoins, la fin programmée du glyhosate voulue par Emmanuel Macron se rapproche. Le chef de l’Etat expliquait le 27 novembre 2017 que la France interdirait le glyphosate « dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans ».

Déjà un an s’est écoulé depuis cette déclaration, et aucune alternative n’émerge. « Je pratique l’agriculture de conservation des sols depuis des années. J’ai trois solutions : soit j’arrête le métier, soit je reviens aux pratiques conventionnelles avec labour, soit je passe en bio », a expliqué Gilles Robillard, producteur de grandes cultures dans l’Yonne. Le bio n’est pas forcément la bonne solution pour mon exploitation et je ne veux aucunement revenir au labour. Si le glyphosate est interdit, je consommerai 50 l de carburant en plus par hectare. »

« L’enjeu n’est pas de remplacer le glyphosate par un autre produit. La molécule qui pourrait être trouvée en remplacement a 9 chance sur 10 d’être plus toxique que le glyphosate », argumente Sébastien Windsor, agriculteur et président de l’Acta, qui regroupe 18 instituts techniques agricoles. « Il s’agit de trouver un combiné de solutions adaptable au plus grand nombre d’exploitations et de situations. » Pour mieux contribuer au « contrat de solutions », l’Acta veut développer la recherche collaborative avec l’Inra et les chambres d’agriculture. Les représentants de la démarche soulignent d’ailleurs le « rôle essentiel des chambres d’agriculture qui, avec leurs essais au plus proche du terrain, peuvent tester les pratiques, les expliquer aux agriculteurs. » 

« Avec l’interdiction des néonicotinoïdes, les IFT insecticides vont exploser »

Outre les difficultés à venir liées à la fin programmée du glyphosate, les agriculteurs restent « sans alternative crédible » à l’interdiction des néonicotinoïdes. « Le Nodu (nombre de doses unités, ndlr), l’indicateur de suivi des efforts effectués, mis en place dans le cadre du programme Ecophyto, n’est pas satisfaisant dans la perspective de cette interdiction, poursuit Eric Thiroin. L’interdiction des néonicotinoïdes sans alternatives va faire exploser l’IFT (indice de fréquence de traitement, ndlr) insecticides, et donc le Nodu, de 100 à 200 %. Pourquoi ? Parce que les néonicotinoïdes en traitement de semences ne sont pas comptés dans le Nodu. Les insecticides aériens qui nous seront contraints d’opérer vont faire passer l’IFT insecticides de 1,7 à 2,7 voire davantage. Cela voudra-t-il dire que nous travaillons mal ? Non ! »

La FNSEA appelle « les politiques à être cohérents entre ce qu’ils demandent et la réalité des agriculteurs. » « On est passés ces dernières années de 1 000 molécules autorisées à moins de 400. Les autorités doivent tenir compte de la réduction de la dangérosité des produits aujourd’hui utilisés. Or rien n’est fait, à la DGAL, pour mettre en œuvre, non pas l’indicateur Nodu, mais un panier plus pertinent d’indicateurs. » 


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