États généraux de l'alimentation Les agriculteurs suspendus aux annonces d'Emmanuel Macron

AFP

A coeur de Rungis, le plus grand marché de produits frais, Emmanuel Macron dévoilera mercredi 11 octobre des mesures très attendues par la filière agroalimentaire, en particulier par les paysans qui luttent pour leur survie, mais également par certains distributeurs.

Des jeunes agriculteurs vérifient, au rayon des produits laitiers d'un supermarché, l'origine du lait.Des jeunes agriculteurs vérifient, au rayon des produits laitiers d'un supermarché, l'origine du lait. (©Terre-net Média) 

L'intervention présidentielle prévue à 17 h mercredi 11 octobre au coeur du plus grand marché de produits frais intervient à l'issue de la première phase des États généraux de l'alimentation qui ont surtout porté sur la répartition de la valeur ajoutée entre les acteurs de la filière. Le sujet, très sensible, est à l'origine d'une vive polémique déclenchée par Michel-Édouard Leclerc, qui a accusé certains industriels et distributeurs de préparer une hausse massive des prix « sous prétexte d'aider les agriculteurs ».

Le gouvernement envisage, en effet, « d'ajuster » la loi de modernisation de l'économie (LME), qui régit les négociations commerciales entre distributeurs et industriels, afin d'arriver à déterminer un prix juste pour les produits des agriculteurs. « On ne peut pas relancer une guerre des prix, je crois que ce n'est pas tenable aujourd'hui », a déclaré dimanche le ministre de l'agriculture, Stéphane Travert, en réponse à Michel-Edouard Leclerc. « Si demain nous relevons le seuil de revente à perte, comme nous souhaitons le faire, il faut d'abord s'assurer à ce que le relèvement du seuil retourne dans la poche des agriculteurs », a-t-il poursuivi.

"Mettre les choses à plat"

« Améliorer les relations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs » et « rendre les prix d'achats des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs » ont été au cœur des travaux des États généraux de l'alimentation. « Nous appelons à un sursaut, c'est maintenant qu'il faut mettre les choses à plat », a réclamé la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, en insistant sur une réforme de la loi LME.

Cette loi datant de 2008, déjà amendée par deux fois, est ciblée par de nombreux acteurs, agricoles comme industriels, comme la cause de tous leurs maux. Un début de consensus s'est esquissé entre agriculteurs et industriels sur son évolution. Cependant, leurs propositions passent mal non seulement auprès de Michel-Edouard Leclerc, mais aussi de l'UFC-Que Choisir.

La FNSEA et les industriels membres de l'Association nationale des industries agroalimentaires (Ania) proposent de redéfinir le seuil de revente à perte en y intégrant les coûts de distribution. Ils demandent également d'encadrer les promotions. « Les promotions doivent être utiles aux deux entreprises », distributeur et industriel, et ne pas tourner à la « braderie », clame ainsi le président de l'Ania, Jean-Philippe Girard. Les promotions « plombent complètement la lisibilité des prix des produits », complète Christiane Lambert.

Nouveaux contrats

Autre proposition majeure : travailler sur un autre mode de contractualisation au profit des agriculteurs. « Si on veut sauver la filière agricole, la proposition que l'on fait, c'est que ce soient les prix agricoles qui soient au début de la relation contractuelle et non pas l'inverse », a indiqué Serge Papin, patron de Système U et coprésident de l'atelier sur les prix agricoles. Cet atelier propose un contrat qui partira du prix payé à l'agriculteur, calculé en fonction d'indicateurs de prix de revient de leurs coûts de production, et qui tiendra également compte des prix de vente sur le marché intérieur, plus rémunérateurs que l'export. Cela passera par un « renforcement du rôle de l'observatoire des prix et des marges » et un renforcement des interprofessions, selon Serge Papin.

Pour de nombreux acteurs, il faudra in fine augmenter les tarifs pour améliorer les prix payés aux agriculteurs et cette perspective déplait à l'UFC-Que Choisir comme à Michel-Edouard Leclerc. « Pour redresser l'ensemble de la filière, cela représente (un coût, NDLR) de 30 centimes d'euros par personne et par semaine. Sur un an, ça fait 15 euros », rétorquent les industriels de l'Ania.

Le leader des supermarchés Leclerc « représente un ancien monde, celui des prix toujours plus bas. Les consommateurs veulent autre chose, ils veulent de l'origine, de la qualité, de la proximité, ils veulent savoir qui produit et comment et ils veulent surtout redonner plus de centimes aux producteurs », a pour sa part estimé Christiane Lambert.


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