Salon de l'agriculture Macron répond point par point aux inquiétudes des agriculteurs

AFP

Le loup, le glyphosate, le Mercosur, la Pac : Emmanuel Macron a répondu samedi à une foule d'interpellations, parfois agitées, lors de l'inauguration du 55e Salon de l'agriculture, où il a été accueilli par des sifflets, mais aussi des applaudissements, illustration des tensions actuelles au sein d'un monde paysan en pleine réorganisation.

Emmanuel Macron, lors de son passage devant Haute, la vache égérie de race Aubrac, au salon de l'agriculture 2018.Emmanuel Macron, lors de son passage devant Haute, la vache égérie de race aubrac, au Salon de l'agriculture 2018. (©Terre-net Média) 

Après avoir été à plusieurs reprises sifflé par des membres du syndicat des Jeunes agriculteurs le long de son parcours entre les stands du salon, le chef de l'État a bifurqué pour aller parler « droit dans les yeux » à ses contempteurs, des céréaliers qui protestaient contre la fin du glyphosate et contre le projet d'accord de libre-échange UE-Mercosur. « J'ai vu des gens qui étaient à 500 m pour me siffler. Ils étaient très minoritaires. J'ai cassé les parcours et les codes pour aller au devant d'eux, et ils se sont arrêtés de siffler. On s'est expliqué, je crois qu'ils ont compris », a déclaré le président à la presse. Le président a fendu la foule pour aller tancer les siffleurs, « 10 zigues » selon lui : « Je vous engueule parce que j'aime pas qu'on me siffle derrière ; mais après je viens vous voir et on s'explique ». Avant de leur assurer calmement que « personne ne serait laissé sans solution ».

Il a aussi répondu à des éleveurs qui l'interpellaient sur le plan Loup annoncé lundi par le gouvernement, qui a mécontenté aussi bien les agriculteurs que les défenseurs de l'environnement : « Si vous voulez me faire dire qu'on supprimera les loups, je ne le dirai pas. Si vous voulez l'engagement qu'on renforcera les moyens de protection ou qu'on sortira les loups de ces bassins je m'y engage. »

« Regardez-moi bien dans les yeux »

Face à un agriculteur, déguisé en vache, qui se plaint de « la grande distribution » qui « se moque » des paysans, le président réplique : « Regardez-moi bien dans les yeux, il y aura des contrôles et des résultats concrets. » « Vous verrez des sanctions fortes sur ce sujet des négociations commerciales », promet-il. Puis, il embraye directement sur l'Europe : « Pour la prochaine politique agricole commune (Pac), je veux un mécanisme de garantie de prix minimum pour les éleveurs européens. Si on ne fait pas attention, on ne pourra plus choisir, ce sera le marché du prix qui aura décidé pour nous », déclare-t-il avant de rencontrer le commissaire européen à l'agriculture Phil Hogan.

Les agriculteurs français s'inquiètent en effet beaucoup de l'avenir de la Pac, dont la France est l'un des principaux bénéficiaires, après le Brexit. Vendredi à Bruxelles, les dirigeants européens ont fait un constat de leurs divisions sur ce sujet. La présidente de la FNSEA Christiane Lambert qui redoutait vendredi de voir la France baisser la garde à Bruxelles, a finalement salué samedi la « prise de position très ferme » du président français devant les autres chefs d'État européens sur le budget de la Pac. M. Macron « a vraiment dit et affirmé que pour les priorités nouvelles, il fallait des ressources nouvelles. Il a aussi dit qu'il y avait accord du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker sur cette approche-là », a-t-elle relevé.

« Réorganiser l'agriculture en filières »

Après avoir déjeuné avec 18 éleveurs de différentes régions, le président a repris ses déambulations dans le salon. Sur son chemin, les interpellations n'ont pas concerné que l'agriculture. Après avoir rappelé à un cheminot, inquiet de la réforme de la SNCF à venir, que les agriculteurs n'avaient pas, eux, de statut, il a assuré à l'association des victimes de Lactalis qu'il y aurait des « sanctions financières » si la justice confirmait que des distributeurs avaient continué à vendre du lait infantile contaminé aux salmonelles après les rappels officiels. Plus tôt, une quinzaine de militants végans avaient aussi brièvement manifesté, avant d'être expulsés manu militari.

Sur le stand des céréaliers, à un agriculteur qui lui demande d'où viendront les 5 milliards du plan d'investissement promis à l'agriculture, il répond « qu'ils ne seront pas pris ailleurs ». « J'ai pris un engagement de 5 milliards d'euros, j'ai évoqué un milliard pour les garanties de haut de bilan et 900 millions pour le fonds de mécanisation, puis pour le reste on fera des appels à projet », détaille-t-il.

Pour déminer le terrain devant l'angoisse du monde rural, le président avait déjà expliqué jeudi à 700 jeunes agriculteurs reçus à l'Élysée qu'il voulait réorganiser l'agriculture en filières pour tenter de garantir sa rentabilité, tout en la sortant de sa dépendance aux fonds publics européens. Il avait aussi laissé entrevoir le lancement d'un système de « pré-retraites agricoles avec une sortie progressive de l'activité », afin de permettre à un jeune de prendre la suite de ses parents. « Ce que je crains le plus (...), c'est ceux qui n'ont même plus l'énergie de protester », a dit le président à la presse qui l'interrogeait sur l'ambiance du salon.


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