Baisse des cours, embargo russe... Manuel Valls cherche à éteindre le feu dans les campagnes

Afp

Le Premier ministre Manuel Valls a cherché à éteindre le feu dans les campagnes en annonçant aux responsables syndicaux un grand chantier interministériel sur les sujets qui fâchent (travail, environnement, prix) et plusieurs mesures immédiates de soutien aux agriculteurs.

Le président de la Fnsea Xavier Beulin et celui des Jeunes Agriculteurs (JA) Thomas Diemer ont été reçus pendant plus d'une heure et demie mardi soir à Matignon, où ils ont trouvé leur hôte « attentif, à l'écoute », selon un courrier adressé mercredi à leurs réseaux respectifs, dont l'Afp a reçu copie. « Il est plutôt à la recherche des solutions », a confié à l'Afp Xavier Beulin.

Afin de soulager au plus vite des trésoreries à marée basse, le chef du gouvernement s'est engagé à satisfaire une revendication immédiate avec le paiement anticipé des aides européennes : 86 % au 16 octobre et 92 % au 31 octobre - même si les syndicats remarquent au passage que « les dernières années 90 % des aides étaient versées par anticipation mi-octobre ».

Autre annonce très attendue (d'autant qu'elle ne coûte rien) par la profession, engagée dans un bras-de-fer sans fin avec la grande distribution : la parution « cette semaine », a promis Manuel Valls des décrets d'application de la loi Hamon, régissant les rapports tendus avec les enseignes d'hyper et de supermarchés, notamment concernant les clauses de renégociation en cas de fluctuation des cours. Alors que la loi portée par l'ancien ministre de la Consommation a été promulguée en mars au Journal Officiel, des décrets d'application manquent toujours, pour des raisons « inexplicables » aux yeux des intéressés. Y remédier tombe donc à pic, « au moment où s'engage la campagne de négociations commerciales » avec des fournisseurs accusés de vouloir toujours plus en payant toujours moins.

Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, qui assistait au rendez-vous de Matignon, a justement annoncé la tenue « prochaine », avec le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, d'une « réunion de concertation entre la grande distribution, les industriels et les représentants des producteurs ».

"Sortir des postures"

Mais surtout, Manuel Valls a annoncé le lancement immédiat « d'un travail interministériel » sur l'environnement, le travail (apprentissage et comptes pénibilité) et les relations commerciales, embrassant l'ensemble des préoccupations du monde agricole. « Et il a tenu à rajouter de lui-même l'innovation et la recherche », souligne Xavier Beulin, qui sent le Premier ministre prêt à « sortir des postures qui ne font pas avancer ».

De là à parler Ogm ? « Je n'ai pas senti qu'il les écartait a priori », répond le responsable, alors que la France a interdit toute culture d'organismes génétiquement modifiés sur son sol depuis 2008. Ces chantiers impliqueront tous les ministres concernés et il reviendra à Stéphane Le Foll d'organiser les réunions avec Emmanuel Macron, mais aussi Ségolène Royal (Ecologie), François Rebsamen (Travail) et Geneviève Fioraso (Recherche).

Le rendez-vous de Matignon avait été demandé par Xavier Beulin au plus fort de l'agitation paysanne, après les incendies de Morlaix (Finistère) et la quasi-jacquerie des légumiers bretons. La réunion du conseil fédéral de la Fnsea fin septembre avait illustré le « désarroi » et la colère des agriculteurs, qui ont « le sentiment de ne plus être entendus », alors qu'ils sont confrontés à la baisse des cours, à l'embargo russe sur l'agroalimentaire européen et aux contraintes administratives qu'ils jugent paralysantes.

La dernière réglementation sur la directive nitrates, qui fait basculer près de 4.000 communes et 63.000 exploitations dans l'illégalité et leur impose des investissements parfois coûteux, a achevé de casser le moral des troupes. Et sur ce point, Manuel Valls a promis des aménagements dès septembre. Les freins administratifs à l'installation des jeunes exploitants, le manque de transparence des partenaires commerciaux, le coût et la réglementation du travail, ont contribué à la crise morale du monde agricole. Surtout avec le coût de l'embargo russe qui les prive - et prive les voisins européens - de débouchés, engorgeant le marché et provoquant l'effondrement des prix.

Pour l'heure, le pragmatisme du Premier ministre semble rassurer : Thomas Diemer se dit « encouragé ». « Manuel Valls donne le sentiment de vouloir faire avancer les dossiers », complète Xavier Beulin. Ce dernier donne rendez-vous à ses troupes le 5 novembre, avec une réunion de la Fnsea et des JA qui permettra de faire le point sur ces chantiers. 


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