Crise agricole P. Cormery (MSA) : « Le secteur agricole, une cocotte-minute prête à exploser »

Terre-net Média

Tout en devant faire face à la détresse économique et morale croissante des agriculteurs, les caisses de MSA doivent préparer leur régime sec pour les quatre ans qui viennent. Les représentants de la MSA et leur président Pascal Cormery restent « très inquiets pour la rentrée 2016 ». Ils savent par ailleurs qu’ils devront défendre, devant les candidats à la présidentielle, la légitimité d’un « régime de sécurité agricole de proximité ».

Thierry Manden et Pascal CormeryThierry Manten et Pascal Cormery, respectivement vice-président et président de la caisse centrale de la MSA. (©Terre-net Média)

« Nous sommes très inquiets pour la rentrée 2016. Le secteur agricole est une cocotte-minute qui pourrait exploser. » A l’issue de l’assemblée générale de la MSA, qui se tenait mercredi 22 juin à Paris, les représentants de la sécurité sociale agricole, son président Pascal Cormery en tête, peinaient à trouver les mots justes pour décrire la situation vécue dans les campagnes. La crise agricole s’amplifie et s’alimente, en plus de la conjoncture difficile des marchés, de nouveaux aléas. « Les inondations, pour certains, n’arrangent rien. Certains maraîchers ont tout perdu. De très nombreux céréaliers, qui n’étaient pas jusqu’à présent en difficulté, sont désormais impactés et dans une situation très délicate. » Pour eux, les comptes après la moisson ne seront pas bons.

Les enveloppes insuffisantes du plan d’urgence ne peuvent rien face aux difficultés extrêmes de nombreux producteurs. Et les quelques chiffres donnés par la MSA montrent que les difficultés grandissent et s’étendent : 12 % des agriculteurs auraient demandé le bénéfice de la prime d’activité qui remplace depuis cette année le RSA et la prime pour l’emploi. La MSA a ainsi enregistré 150 000 demandes, dont 50 000 de la part de non-salariés agricoles. Le ministère de l’Agriculture en prévoyait trois fois moins. « Voir ce nombre croissant d’agriculteurs demander une aide qui tournera en moyenne autour de 180 € en dit long sur la situation », estime Pascal Cormery. Les années précédentes, les agriculteurs n’étaient que 5 à 10 000 à demander le RSA.

Au premier trimestre 2016, le service Agri’Ecoute de la MSA a reçu trois fois plus d’appels mensuels qu’en 2015.

Aux difficultés croissantes s’ajoutent la détresse psychologique grandissante. Le service d’écoute anonyme Agri’Ecoute compte un nombre d’appels en hausse au fil des mois. Alors que le service enregistrait en moyenne 90 appels mensuels, les chiffres sont passés à 365 en janvier, 389 en février et 270 en mars. Autrement dit, chaque jour depuis le début de l’année 2016, environ 11 agriculteurs trouvent le courage de contacter le « 09 69 39 29 19 » pour parler, souvent pour la première fois, de leur mal-être ou de leur  détresse économique, sociale ou psychologique.

« La rentrée 2016, lorsque bon nombre de producteurs feront les comptes après la moisson, pourrait être à haut risque », prévient Pascal Cormery à l’attention notamment des élus. Le mal-être s’installe profondément dans les campagnes, alimenté par une suradministration permanente, des contraintes réglementaires toujours plus importantes et les aléas climatiques. »

Face à la crise, la MSA contrainte au régime sec pour 2016-2020

Dans ce contexte économique et social sans précédent, la MSA doit néanmoins poursuivre son chantier de réforme, conformément à la convention d’objectifs et de gestion (Cog) imposées par l’Etat pour la période 2016-2020. Actuellement déployée dans les 35 caisses de MSA, la convention impose 1 300 suppressions d’emploi dans les quatre ans qui viennent. « Nous allons remplacer seulement 30 % des départs en retraite, explique Michel Brault, le directeur de la CCMSA. Dans certains services de back-office, ce taux de remplacement sera encore plus faible. »

Pour réduire de 15 % leurs charges de gestion courante, les caisses de MSA sont contraintes de revoir leur fonctionnement, au-delà même de la réduction des effectifs. Leurs représentants se sont farouchement opposés à la fusion de caisses car ils estiment que ces opérations remettraient en cause « l’intérêt même des MSA, à savoir la proximité et leur ancrage dans tous les territoires ».

Sans fusions donc, « ni fermetures de sites », les caisses de MSA se donnent l’objectif de mutualiser 30 % de leurs activités. Concrètement, deux ou trois caisses pourront procéder entre elles à des délégations réciproques de services. Un service serait assuré par une caisse pour le compte des deux autres. Mais, comme l’assure Thierry Manten, le vice-président de la CCMSA, les MSA ne veulent pas remettre en question l’accueil de proximité auprès des affiliés. Actuellement en phase d’arbitrage, la liste des « périmètres de mutualisation de proximité » ainsi que les activités concernées devront être actées d’ici fin 2016 pour une mise en œuvre à partir de 2017.

Parallèlement à ce régime sec pour les quatre ans à venir, les représentants de la CCMSA savent que la période électorale sera source de remises en cause de l’existence même de la sécurité sociale agricole. « Nous le savons, la baisse logique du nombre d’affiliés – agriculteurs et retraités – est notre principal talon d’Achille. » Mais ils cherchent encore à diversifier les activités des caisses, dans la logique de guichet unique.


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