Élection présidentielle Programmes agricoles : les clivages se feront surtout autour du modèle agricole

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Si les candidats à l’élection présidentielle ne sont pas tous encore déclarés, et que leurs programmes agricoles ne sont pas encore connus ni même élaborés, les différences s’exprimeront notamment sur la question des modèles agricoles, estime le politologue Eddy Fougier.

« La campagne va être âpre », a commenté le politologue Eddy Fougier lors des journées de l’UFS, le 4 novembre. À moins de six mois de l’échéance, alors que tous les candidats ne sont pas encore connus, les débats sont d’ores et déjà très clivants. Trois grandes thématiques devraient porter la campagne, explique le chercheur : le bilan du président sortant, qui sera probablement candidat à sa réélection, les enjeux identitaires au sens large du terme, et la peur, instrumentalisée sur un certain nombre de sujets comme, pour le domaine agricole par exemple, les pesticides.

Une opposition entre local et global

Et sur le plan agricole, les clivages s’observent généralement autour des modèles entre, schématiquement, les partisans du « tout bio » et ceux qui sont plus favorables à l’agriculture conventionnelle, entre le local et le global. Eddy Fougier distingue quatre catégories dont le « front du refus », qui  s’inscrivent plutôt dans une logique de rupture et prônent la décroissance de façon plus ou moins explicite, rejetant l’innovation scientifique et technologique, à l’instar de Jean-Luc Mélenchon ou Yannick Jadot. Une deuxième catégorie est plutôt « pro agriculture conventionnelle et exportatrice », généralement représentée par le candidat Les Républicains. Un troisième courant, plus flou, existe également du côté de l’extrême-droite, avec des candidats comme Eric Zemmour ou Marine Le Pen, « qui sont plus dans une logique locale, autarcique, tout en étant critiques vis-à-vis des innovations », souligne le politologue. Enfin, poursuit-il, la dernière catégorie identifiée est celle qu’incarne Emmanuel Macron, plutôt pro-innovation, « mais ambigu sur le modèle agricole qu’il va prôner », notamment à travers sa volonté de sortie des pesticides.  

« Des questions comme le glyphosate, les NBT, pourraient être à l’agenda électoral, porté essentiellement – ce n’est pas une bonne nouvelle pour vous – par ceux qui sont critiques et qui veulent aller le plus loin dans la transition écologique au sens dogmatique du terme », a prévenu Eddy Fougier devant les semenciers de l'UFS. « Un des enjeux va être qui va gagner la bataille du cadrage, c’est-à-dire celle des sujets qui seront débattus et de leur angle. Si c’est Mélenchon ou Jadot, ce sera autour de plus ou moins de transition écologique, avec une prime au tout écolo. Si c’est Zemmour, le cadrage risque de se faire du côté du local plutôt que du global », ajoute-t-il.  

Une fatigue du grand public face à l’innovation

L’innovation, dans le contexte du plan d’investissement France 2030, devrait également peser dans le débat, note Eddy Fougier. Il faudra cependant tenir compte de la « fatigue » du grand public vis-à-vis de l’innovation, « notamment de l’innovation numérique », ajoute-t-il, comme l’a montré le rejet des Français vis-à-vis de la 5G. La crainte des citoyens par rapport aux technologies n’est pas à négliger quand on évoque les sujets agricoles, comme les OGM, les pesticides : « le grand public n’évalue pas forcément une innovation en fonction des risques, il regarde aussi quels sont les bénéfices pour lui », ainsi, il n’a pas compris l’avantage des OGM, explique encore le politologue. Pour être acceptée et soutenue, « « l’innovation doit apporter, aujourd’hui, la décarbonation et l’adaptation au changement climatique, la résilience ». Le monde agricole devra donc faire preuve d’une grande pédagogie dans la campagne à venir…


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