Gel, sécheresses, aléas climatiques Pour Groupama, réformer l’assurance climatique des agriculteurs, c’est urgent !

Terre-net Média

Si le contexte climatique a remis à l’ordre du jour la refonte du système de gestion des risques en agriculture, le premier assureur du monde agricole appelle à des décisions politiques rapides. L'assureur souhaite se baser notamment sur le rapport du député Descrozaille qui propose un système uniforme entre les filières, une articulation claire entre dispositifs privés et intervention, ainsi que la mise en place d’un pool de réassurance, proposition portée par Groupama depuis plus d’un an.

Devant la fréquence et l'intensité croissantes des aléas climatiques, Groupama en appelle à une réforme du système de gestion de risques qui s'appuierait sur le rapport Descrozaille.Devant la fréquence et l'intensité croissantes des aléas climatiques, Groupama en appelle à une réforme du système de gestion de risques qui s'appuierait sur le rapport Descrozaille. (©Pixabay)

Comme l’a confirmé l’épisode de gel début avril, « le dérèglement climatique ne fait plus de doute et coûte de plus en plus cher à l’agriculteur », a rappelé Jean-Yves Dagès, président de Groupama, à l’occasion du point presse annuel tenu par l’assureur le 5 mai. Et si le gel n’est pas inhabituel en avril, le phénomène marquant était, comme en 2017, la période de chaleur qui l’a précédé, conduisant à un développement précoce des cultures.

Pour le moment, Groupama estime les coûts de cet épisode à plus de 100 millions d’euros, principalement sur la viticulture, un montant qui pourrait au final être bien plus élevé compte tenu des incertitudes sur les grandes cultures. En 2019, les indemnisations liées au gel ont représenté pour l’assureur 52,3 M€, et 95,5 M€ en 2017, année où cet aléa avait eu des conséquences sévères. L’évènement gel de 2021 sera probablement le plus important depuis que l’assurance récolte existe, c’est-à-dire depuis 2005, estime Delphine Létendart, directrice Marchés agricoles chez Groupama.

L’assurance MRC déficitaire sur cinq ans

Face à l’intensification des aléas climatiques, l’assurance multirisques climatiques (MRC) s’avère déficitaire, avec « un ratio sinistre sur primes supérieur à 100 % sur les cinq dernières années », explique François Schmitt, président délégué, s’appuyant sur les chiffres de la Fédération française des assureurs. Ce qui signifie que depuis cinq ans, les assureurs ont restitué aux agriculteurs un peu plus que les primes encaissées, ce qui a entrainé une augmentation des tarifs ne favorisant pas une diffusion plus large de l’assurance.

« Le risque ne s’équilibre pas, et nous avons besoin d’une démarche qui vise à pérenniser l’accompagnement, par les assureurs, de la ferme France », ajoute François Schmitt. Le rapport sur la refonte de la gestion des risques en agriculture, rendu fin avril par le député Frédéric Descrozaille, constitue, pour l’assureur, une base très intéressante.

Le rapport Descrozaille, une « base sérieuse » pour engager la réforme

Groupama pousse ainsi pour une prise en compte rapide du rapport dans le cadre de la réforme, jugeant l’articulation beaucoup plus claire entre le reste à charge pour l’agriculteur, les dispositifs privés et subventionnés, et l’intervention publique. Deux seuils de niveaux de pertes sont définis, dont le premier à partir de 20 %, alors qu’aujourd’hui, le seuil à 25 % de pertes est un frein pour la souscription d’offres d’assurances. En effet, « 30 % des sinistres se situent dans la zone 20 à 25 %, ce sont des sinistres qui arrivent beaucoup plus souvent, et qui fragilisent les exploitations. La couverture de cette zone est donc stratégique pour la pérennité du modèle agricole français », explique Pascal Viné, directeur des relations institutionnelles et des orientations mutualistes. Le second seuil, qui commence à 50 % de pertes, fait intervenir le fonds de calamités agricoles (avec un pourcentage d’indemnisation qui reste encore à définir). Contrairement à aujourd'hui, le système serait le même quelle que soit la filière.

Hypothèses de travail du rapport Descrozaille sur l'articultion public/privé (interprétation Groupama)Hypothèses de travail du rapport Descrozaille sur l'articulation public/privé (interprétation Groupama) (©Groupama)

Dans son rapport, Frédéric Descrozaille préconise également un calcul prenant en compte la baisse de production d'une exploitation, qui compare la moyenne à cinq ans à la moyenne à dix ans pour indemniser ensuite la baisse du potentiel de rendement au titre des calamités agricoles, une baisse de potentiel « que ne peut pas couvrir l'assurance », indique Pascal Viné. Grâce à ce système, « la MRC pourrait pleinement jouer son rôle sur la partie 20-50 % de pertes », poursuit-il.

Un « pool d’assureurs » pour mutualiser les connaissances techniques

Présent dans le rapport Descrozaille, et porté initialement par Groupama et Pacifica, un « pool » de réassurance doit aussi permettre de rassembler les assureurs pour une mutualisation technique : il s’agit d’améliorer la connaissance des risques notamment en croisant les données, d’adapter les mesures de prévention, et de permettre aussi aux nouveaux entrants sur le marché de bénéficier des connaissances des autres assureurs, tout en favorisant la concurrence, sur un modèle proche du modèle espagnol. La participation au pool serait obligatoire pour les assureurs qui veulent commercialiser la MRC.

« Nous préférons avoir de la concurrence sur un marché pérennisé plutôt que d’être seuls sur un marché en dégradation qui ne parvient pas à s’équilibrer et qui ne nous permettrait pas à terme de faire notre métier », souligne ainsi Pascal Viné. « Ce pool de réassurance ne coûte rien, il est nécessaire de le mettre en place car c’est une des conditions, certes pas suffisante, pour stabiliser l’offre assurantielle dans la durée », ajoute-t-il.

Pour Groupama, les propositions du rapport Descrozaille forment un ensemble qui doit servir de base à la réforme, normalement imminente, du système de gestion des risques en agriculture. « Les agriculteurs ont besoin aujourd’hui de décisions de l’État », insiste Jean-Yves Dagès, qui attend désormais que la bonne volonté affichée par les pouvoirs publics « se confirme par une politique prospective ».


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