Accord UE-Mercosur Un rapport remis à Jean Castex pointe les dégâts redoutés sur l'environnement

AFP

L'accord commercial entre l'UE et les pays sud-américains du Mercosur est une « occasion manquée » pour le climat, selon les conclusions sévères d'un rapport qui sera remis vendredi à Jean Castex, poussant la Fondation Nicolas Hulot à demander de « bloquer » le futur traité.

Ce rapport évalue notamment l'impact de la déforestation en Amazonie résultant d'une hausse de la production de viande bovine. Signé à l'été 2019 entre l'Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), l'accord commercial du Mercosur « représente une occasion manquée pour l'UE d'utiliser son pouvoir de négociation pour obtenir des garanties solides répondant aux attentes environnementales, sanitaires et plus généralement sociétales de ses concitoyens », conclut la Commission d'évaluation dans son rapport de 184 pages dont l'AFP a pris connaissance jeudi.

Présidée par l'économiste de l'environnement Stefan Ambec, elle avait été chargée en juillet 2019 de conduire une évaluation indépendante sur les « effets potentiels (...) en matière de développement durable » de cet accord qui doit encore être ratifié par tous les parlements nationaux pour être définitivement validé. Mais deux parlements l'ont rejeté sous sa forme actuelle et la chancelière allemande Angela Merkel a, pour la première fois le 21 août, émis de « sérieux doutes » à son sujet, emboîtant le pas au président français Emmanuel Macron qui avait menacé de ne pas ratifier l'accord si le gouvernement brésilien ne prenait pas les mesures nécessaires pour protéger la plus grande forêt tropicale du monde.

Les incendies y ont progressé de 28 % en un an. La commission Ambec a calculé que la hausse de 2 à 3 % de la production de viande bovine qui résulterait d'une plus grande ouverture des marchés des deux continents devrait conduire, en mobilisant des pâturages supplémentaires, à une « accélération de la déforestation annuelle de l'ordre de 5% » pendant les six années suivant l'application de l'accord.

En démultipliant les émissions de CO2, cette déforestation rend le coût environnemental de l'accord trop élevé par rapport à ses bénéfices économiques, souligne le rapport.

« Aucune obligation environnementale »

« La France doit bloquer cet accord », ont réagi jeudi soir dans un communiqué commun les ONG Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme, et Institut Veblen. Elles « appellent solennellement la France à exiger son abandon pur et simple. Les conclusions de la commission sont sans appel : au-delà de la politique de Jair Bolsonaro, c'est la nature même du projet d'accord visant à promouvoir les exportations de viande du Mercosur en échange de voitures, de machines et de produits chimiques européens, sans aucune obligation environnementale qui entraînera une catastrophe pour le climat et la biodiversité ».

Le rapport qui sera remis vendredi pointe aussi le fait que le futur traité UE-Mercosur se contente de faire référence à l'Accord de Paris, mais ne comprend « aucune mesure effective pour la mise en œuvre des engagements climatiques ». Seul une instance de dialogue est prévue. Sur le plan commercial, la mise en œuvre de l'accord aura des effets contrastés, entre les gagnants - essentiellement l'industrie (automobile) et les services, ainsi que les vins et fromage - et les perdants - volaille, viande bovine, miel et éthanol.

Pour autant, il serait faux de dire que cet accord, fruit de vingt ans de négociations et très détaillé, est « bâclé », a nuancé Yann Laurans, l'un des membres de la commission, lors d'une conférence de presse. Simplement, « on peut regretter que l'Union européenne n'ait pas mieux utilisé son pouvoir diplomatique pour que les importations agricoles soient assorties de garanties plus importantes » en ce qui concerne, par exemple, l'utilisation des antibiotiques, le respect du bien-être animal ou l'usage des pesticides. La commission Ambec formule onze recommandations. La plus importante, pour Stefan Ambec, est que la Commission européenne « inscrive dans son mandat de négociation commerciale la réflexion sur une taxe carbone aux frontières » de l'UE, afin que le prix des produits importés intègre le coût environnemental.


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