Pacte vert et commerce de grains Vers une baisse de production et une augmentation des importations de céréales

Terre-net Média

Inquiète des conséquences possibles de la stratégie européenne Farm to Fork sur le marché des grains, Coceral, association européenne qui représente les organisations du commerce des grains a réalisé une étude d’impact, dont les résultats ont été présentés le 26 octobre : la production de céréales pourrait ainsi baisser de près de 15 %, et l’Union européenne deviendrait importatrice nette, dans un contexte de marché beaucoup plus instable. (Article mis à jour, publié initialement le 27 octobre 2021)

La stratégie Farm to fork de l'UE pourrait avec des impacts négatifs très important sur la production et le commerce de grains.La stratégie Farm to Fork de l'UE pourrait avoir des impacts négatifs très important sur la production et le commerce de grains. (©Pixabay)

Quels pourraient être les impacts réels, d’ici 2030, de la réduction des surfaces cultivées, du recours aux engrais de synthèse et aux produits phytosanitaires ? « Nous sommes d’accord pour agir positivement pour le climat, mais les objectifs sont drastiques avec des délais inhabituels pour l’agriculture », a rappelé Antoine Pissier, président de la Fédération du négoce agricole (FNA), lors d’une conférence-débat organisée le 26 octobre. La stratégie européenne Farm to Fork (de la ferme à l’assiette), inquiète les organisations du commerce du grain. Pour y voir plus clair, Cocéral, dont la FNA est membre, a réalisé une étude pour mieux anticiper « le choc à venir » pour le marché des grains.

Des productions de céréales en baisse de -14,5 %

L’étude du Coceral, qui se base sur des enquêtes terrain et de la bibliographie, a pour objectif de quantifier l’impact des objectifs des stratégies Biodiversité (10 % de la surface agricole totale convertie en SIE) et Farm to Fork sur le secteur des grandes cultures en 2030. Trois scénarios ont été élaborés, le plus susceptible d’arriver étant le scénario moyen, que Philippe Mitko, président de Coceral, a présenté.

Ainsi, la production de blé chuterait de 15 %, soit 19 Mt en moins, pour arriver à 109,2 Mt. Du côté du maïs, la baisse serait de -9 Mt soit -13 %, pour atteindre 58,8 Mt en 2030. La production d’orge serait en diminution de -16 %, avec environ 8 Mt de moins, soit 43,5 Mt en 2030. Sur la production totale de céréales, la baisse serait de l’ordre de -14,5 % (-40 Mt), à 238 Mt (céréales secondaires incluses).

Pour les oléagineux, la baisse générale serait de – 5 Mt, soit – 17 %, le colza étant le plus impacté puisque la production passerait de 6 Mt à 11,7 Mt. La production de tournesol diminuerait de 10,6 Mt à 9,5 Mt, tandis que le soja augmenterait à peine, de 3,5 Mt à 3,7 Mt, ce qui constitue « une déception », explique Philippe Mitko.

L’UE deviendrait importatrice nette de céréales

Sur les échanges, les impacts sont encore plus importants, avec des échanges nets de céréales qui passeraient, en 2030, à -18,4 Mt, contre + 17,6 Mt sans le Pacte vert. Pour les oléagineux, les importations augmenteraient à 26,9 Mt (contre 22,0 Mt). L’Union européenne deviendrait importatrice nette de céréales, « en particulier en cas de scénario climatique défavorable », explique Philippe Mitko. Pour arriver à des échanges nets à zéro en céréales, il faudrait une baisse de consommation en aliments du bétail de 18,6 Mt, soit -12 % (-1,3 % par an). L’UE devrait importer au moins 10 Mt de colza pour couvrir sa consommation, ce qui semble difficile, menaçant d’un déficit plus important en protéines.

Si l’Europe s’est donnée pour mission d’être leader mondial dans la décarbonation de l’économie, il reste « une nécessité impérieuse d’assurer l’augmentation de la production agricole, tout en prenant en compte l’ensemble  des enjeux climatiques, car la demande et les échanges vont continuer à augmenter ». « On n’y arrivera pas tout seul si on n’entraine pas un nombre important de pays », ajoute-t-il, d’autant plus qu’avec le scénario présenté, les prix mondiaux seraient déterminés par un plus petit nombre de pays exportateurs, ce qui entrainerait « une plus grande volatilité » et exposerait à des risques de marché plus grands. Cette vulnérabilité impacterait la compétitivité de tous les maillons des filières.

Qui remplacera les céréales de l’UE auprès de ses clients ? conclut Philippe Mitko. « D’autres pays, qui peuvent mettre en production des réserves de terres, auraient besoin de deux à quatre fois plus de surfaces car leur productivité est très inférieure à celle de l’UE » ce qui s’avère, au final, contradictoire avec l’objectif de durabilité affiché par l’Union européenne… 


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