Agriculture en Outre-mer : les aides de l'UE vitales mais imparfaites

Durant cet audit, la Cour des comptes européenne s'est penchée sur les 653 millions d'euros injectés chaque année pour soutenir l'agriculture ultramarine. Ce soutien est incontournable pour ces territoires « ultrapériphériques », confrontés à « l'éloignement, l'insularité et la dépendance aux importations », insiste la Cour.

Mais les aides agricoles européennes n'ont permis de maintenir la compétitivité que dans certaines filières traditionnelles, la banane et le lait, relève-t-elle. Avec 277 millions d'euros en 2023, soit 42 % du total, le secteur de la banane est le premier bénéficiaire de ce programme d'aides européennes baptisé POSEI.

Grâce à l'Europe, les bananes de Martinique ou de Guadeloupe restent compétitives au niveau mondial, mais la Cour regrette « une nette concentration des financements de l'UE chez un petit nombre de grands producteurs de bananes ».

69 millions d'euros par an pour la filière canne à sucre

Et ces aides reposent sur un mode de calcul qui n'incite pas à se diversifier vers d'autres produits, car il prend en compte les pertes de production ou les bananes retirées du marché. Malgré tout, les producteurs restent dans une position de faiblesse dans la chaîne d'approvisionnement, car la marge est essentiellement captée par des intermédiaires.

Ce sont donc les subventions de l'UE qui compensent l'écart entre le coût de production et le prix payé par le consommateur. Pour la filière canne à sucre, l'Union européenne apporte une aide de 69 millions d'euros par an aux territoires ultramarins français, complétée par 143 millions d'euros versés par l'État français.

L'industrie sucrière y joue un rôle structurant, par exemple à La Réunion, où elle représente plus de 13 % de l'emploi privé (soit plus de 18 000 emplois) et couvre plus de 52 % de la superficie agricole. Mais le secteur sucrier a été « considérablement affaibli ces dernières années ». La « suppression des quotas sucriers en 2017 a ouvert le marché de l'UE à davantage de concurrence », avec « une augmentation de l'offre et une diminution des prix ».

À La Réunion et en Guadeloupe, les subventions de la France et de l'Union européenne par kilogramme de sucre produit sont supérieures aux recettes provenant de la vente. La Cour s'interroge enfin sur la viabilité du secteur agricole ultramarin, à cause du vieillissement des agriculteurs et de dégradations de l'environnement, faute de rotation suffisante des cultures.

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