Lourdeur des stocks et menaces américaines pèsent sur le marché des grains

L'Arabie Saoudite et l'Algérie ont délaissé le blé européen et viennent d'acheter de grosses quantités en mer Noire, Argentine et Australie.
L'Arabie Saoudite et l'Algérie ont délaissé le blé européen et viennent d'acheter de grosses quantités en mer Noire, Argentine et Australie. (©Stephane Leitenberger/adobe stock)

La volonté affichée du président américain de s'emparer du Groenland, avec ou sans violence, inquiète les marchés, de même que ses menaces d'imposer des droits de douane prohibitifs à ceux qui refuseraient d'avaliser ce projet ou de rejoindre son « conseil de paix ».

« Cela ramène de l'incertitude. L'aversion au risque des marchés se renforce et cela pèse sur les cours mondiaux », déjà orientés à la baisse du fait de l'abondance de grains après de belles récoltes de céréales dans le monde, relève Sébastien Poncelet, analyste à Argus Media France.

A la Bourse de Chicago, les cours du blé, du maïs et du soja ont clôturé en baisse mardi soir. La même tendance est observée pour les céréales sur le marché européen, en dépit d'un léger rebond mercredi.

« On revient à la situation d'avril dernier, avec des menaces de surtaxe américaines, qui font vaciller les Bourses et entraînent une baisse du dollar par rapport à l'euro », ce qui pénalise finalement les exportations européennes, a souligné Sébastien Poncelet.

Au plan global, les analystes estiment que les marchés digèrent encore le dernier rapport dit Wasde du ministère américain de l'agriculture (USDA) sur les productions, exportations et stocks agricoles.

Ce rapport a rehaussé ses prévisions mondiales de production, déjà élevées, pour le blé, le soja et surtout le maïs, avec une récolte qui devrait battre tous les records aux Etats-Unis.

Rich Nelson, de la maison de courtage Allendale, s'attend ainsi à subir les répercussions du rapport Wasde « en matière de pression sur les prix pendant au moins quelques semaines » car il ne voit encore « aucun changement dans les dynamiques de demande qui modifierait réellement les conclusions du rapport de l'USDA ».

Résistance du maïs européen

Le temps sec en Argentine ou la vague de froid qui s'abat sur les grandes plaines américaines n'a pour le moment pas d'incidence sur les cours : si ces zones restent scrutées, rien ne laisse suggérer à ce stade une incidence de ces épisodes sur les rendements finaux des cultures.

En Europe, le bilans mondiaux pèsent également, mais la situation est très différente.

« Le rapport de l'USDA a gravé dans la pierre cette abondance des productions et la lourdeur des stocks, mais tout cela est compliqué par la géopolitique, à la fois en mer Noire et aux États-Unis », indique Damien Vercambre du cabinet Inter-Courtage.

Fait relativement rare sur Euronext, le maïs est passé devant le blé, avec une tonne de grain jaune s'échangeant à près de 193 euros mercredi tandis que celle de la céréale du pain se vendait sous les 190 euros sur l'échéance la plus rapprochée (pour livraison en mars).

Le blé ouest-européen est d'autant plus malmené que l'Arabie Saoudite et l'Algérie, qui viennent d'acheter de grosses quantités de blé, l'ont ignoré, se fournissant en mer Noire, Argentine et Australie.

Le maïs résiste mieux car l'Europe en manque : en cette saison, elle se fournit habituellement en France mais aussi en Ukraine, qui peine à écouler sa récolte du fait notamment d'un ralentissement de sa chaîne logistique - ses silos, usines et installations portuaires étant constamment visés par des frappes russes.

« Tant qu'on n'a pas trouvé de solution au conflit en Ukraine, la France redevient un fournisseur de maïs pour l'Europe de l'Ouest », estime Damien Vercambre. Son grain jaune est d'autant plus demandé que la Safrinha, la plus importante récolte de maïs au Brésil, n'est attendue qu'en juillet, et qu'une légère incertitude voit le jour concernant l'offre américaine.

« Quand Trump brandit la menace de taxes contre les vins européens, on commence à s'interroger, à craindre des taxes européennes en représailles sur les produits phares américains comme le maïs : ce qui pourrait alors profiter aux autres origines brésilienne, argentine ou sud-africaine », selon Damien Vercambre. Il rappelle que le stock de maïs américain dépasse les 50 millions de tonnes, « ce qui correspond presque à la production européenne ».

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