Agrivoltaïsme
Christiane Lambert : « Il faut identifier des terres » où produire du solaire

Panneaux photovoltaïques sur une parcelle agricole. (©Pixabay)
Panneaux photovoltaïques sur une parcelle agricole. (©Pixabay)

 

« Depuis la guerre en Ukraine, l'enjeu énergétique monte à toute allure et la France cherche des solutions. L'agriculture est en capacité de dire "On est présents" », déclare Mme Lambert.

Le président Emmanuel Macron souhaite multiplier par dix la capacité de production photovoltaïque de la France pour dépasser les 100 gigawatts en 2050. Ce qui suppose de couvrir de panneaux « entre 100 000 et 200 000 hectares », donc « 0,2% à 0,4% du territoire » français, précise à l'AFP le ministère de la Transition énergétique.

Dans le projet de loi d'accélération des énergies renouvelables, voté en première lecture au Sénat, les élus ont injecté des dispositions en faveur d'un développement « raisonné » de l'agrivoltaïsme, qui allie agriculture et production d'énergie.

« L'agrivoltaïsme, c'est vraiment la coproduction agricole et énergie, c'est pas juste trois moutons sous des panneaux », défend la présidente de la FNSEA.

Elle rappelle la « doctrine » du syndicat en matière de solaire : « Priorité aux (installations sur les) toits, pas de photovoltaïque au sol et un développement encadré de l'agrivoltaïsme. » Chaque semaine ou presque, des énergéticiens présentent à la presse des installations agrivoltaïques dernier cri. Ils assurent que la production de nourriture y est préservée, voire facilitée, les panneaux protégeant les cultures des affres du climat.

Le sujet divise. La Confédération paysanne juge que l'agrivoltaïsme est une « notion marketing » qui va porter « atteinte à la vocation nourricière de la terre ».

Quant au syndicat des Jeunes agriculteurs (JA), considéré comme la pépinière de la FNSEA, il demande un moratoire sur l'agrivoltaïsme tant que les terres déjà artificialisées et les toitures « ne seront pas couvertes dans leur plus grande partie », ce qui coûte plus cher concernant les toitures.

Les JA redoutent « un phénomène de spéculation et de détournement de la vocation nourricière des terres ». D'autant qu'il est plus rémunérateur de les louer à un énergéticien qu'à un fermier.

Sans partager leur mot d'ordre, Christiane Lambert « comprend » que les Jeunes agriculteurs aient « tapé plus fort pour défendre le foncier » au vu des difficultés d'accès aux terres dans certaines régions.

« Leur pression a servi à faire évoluer » les positions des sénateurs en faveur d'un encadrement accru, salue celle qui a présidé les JA entre 1994 et 1998.

« De la dentelle »

Au-delà de l'agrivoltaïsme, et afin de rattraper le retard de la France en matière d'énergie solaire, le gouvernement lorgne sur les terrains « sans enjeux environnementaux majeurs », selon l'expression du ministère de la Souveraineté énergétique. Les friches agricoles en font partie.

Christiane Lambert n'est pas opposée à l'installation de panneaux sur ces « terres non productives (...) sur lesquelles il n'y aura jamais rien, ni un JA ni quelqu'un d'autre ».

Elle cite l'exemple d'un terrain fortement pentu en Lozère, « sur lequel pas un mouton ne va aller, c'est que des ronces, c'est abandonné ».

« Il faut qu'on identifie tous les endroits où de toute façon il n'y aura pas d'agriculture. (...) C'est vraiment un travail de fourmi, c'est de la dentelle qu'il faut faire » localement.

« Le gouvernement cherche 100 000 hectares. Il nous dit "C'est pas beaucoup". Dans les départements où le foncier est rare et cher, c'est beaucoup », poursuit Mme Lambert. « Le challenge, c'est de protéger le foncier, mais pas de casser la dynamique [du solaire], donc l'équilibre est ténu », reconnaît-elle.

Pour Christiane Lambert, il faut aussi prendre garde à la taille des projets : « Les énergéticiens voudraient des grands blocs de 100 hectares. Pour nous, ce n'est pas possible. (...) Il vaut mieux faire 10 projets de 10 hectares qu'un projet de 100 hectares parce que ça facilite l'acceptation » par les riverains.

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