Colza et biocarburants La menace du « Paquet énergie propre » européen sur la filière oléagineuse

Terre-net Média

Les producteurs d’oléoprotéagineux s’inquiètent vivement du « Paquet énergie propre » proposé par la Commission européenne en novembre dernier. Selon la Fop, réduire le taux d’incorporation à 3,8 % au lieu de 7 % à l’horizon 2030 ébranlera toute la filière, à commencer par l’équilibre économique et agronomique des exploitations.

la filière colza française pourrait être sérieusement ébranlée par la réduction souhaitée des taux t'incorporation de biocarburants à l'horizon 2030 par la l'UE.La filière colza française pourrait être sérieusement ébranlée par la réduction des taux d'incorporation de biocarburants à l'horizon 2030 souhaitée par l'UE. (©Terre-net Média)

En novembre 2016, la Commission européenne adoptait un « Paquet énergie propre ». Ce « paquet » communautaire prévoit notamment une baisse progressive, à partir de 2020, du taux d’incorporation de biocarburants de première génération dans les carburants de 7 % actuellement à 3,8 % en 2030. « C’est un véritable coup de massue pour les producteurs français d’oléoprotéagineux », se sont une nouvelle fois indignés les représentants de la Fop, à quelques jours de leur assemblée générale, prévue le 1er février.

Selon la Fédération, « l’absence de mandat d’incorporation de biocarburant pourrait réduire la sole nationale de colza de 30 %, soit 500 000 ha ». Une réduction du taux de 7 % à 3,8 % n’engendrerait pas une telle chute des surfaces, mais les conséquences induites par la décision européenne sur le prix des huiles de colza accentueraient la perte de rentabilité de la culture. « Le marché de l'huile est assez équilibré, a expliqué Arnaud Rousseau, vice-président de la Fop et producteur seine-et-marnais, lors d’une rencontre avec la presse mercredi 18 janvier 2017. Si, avec cette décision, il faut trouver ailleurs un débouché pour l’huile de colza, ce sera à un prix mondial moindre mais avec des coûts logistiques bien supérieurs. ».

Par ailleurs, le prix mondial pourrait lui aussi baisser de 30 %, selon la Fop, jusqu’à environ 240 €/t alors qu’en prenant en compte les coûts de production de cette année, le prix de la graine commencerait à être rémunérateur à partir de 335 €/t environ », a poursuivi Gérard Tubery, le président de la fédération.

« On veut nous faire payer la déforestation en Malaisie »

Pour argumenter sa décision, la Commission européenne, de son côté, avance des arguments environnementaux en reprenant des études de plusieurs ONG dénonçant les effets négatifs sur la production alimentaire et surtout la déforestation en Asie.  « Sur ce sujet, il ne faut pas avoir une vision monothématique environnementale, s’offusque Sébastien Windsor, producteur en Seine-Maritime et lui aussi vice-président de la Fop. Par cette décision, on veut nous faire payer la déforestation en Malaisie ! »

La difficulté que posent les intentions européennes est plus importante en France qu’ailleurs. En France, le développement de la filière oléagineuse s’est construit avec la politique européenne et en faveur des biocarburants. « Pour les agriculteurs, cela induira un vrai problème de débouché. C'est une perspective totalement paradoxale au regard des vertus de la production de colza en matière de diversification des assolements, d’allongement des rotations et, plus globalement au regard des intérêts agronomiques de la culture. »

Avec cette politique menée en faveur des biocarburants de première génération, la filière du colza alimente en huile environ 53 % des besoins nécessaires pour le biodiesel, loin devant l’huile de palme que les fabricants européens de biodiesel importent pour couvrir un quart de leurs besoins.

Le biodiesel offre ainsi un débouché pour 6 Mt de colza. « Le marché européen ne pourra absorber qu’une part minime de ces 6 Mt d’huile de colza. Ce volume ne pourrait d’ailleurs pas trouver de débouché pour la consommation humaine. La population européenne consomme de manière assez stable environ 11 Mt d’huile au total, dont 3 Mt d’huile de colza.

Quid de l’export hors de l’Europe ? Le Canada, très important producteur de canola, fournit 85 % des importations chinoises et japonaises de graines, et 55 % des importations d’huile. Sur un marché bien établi, « le potentiel d’export de l’huile européenne vers l’Asie est très faible. »

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