Production de céréales La planète manque de blé dur

Terre-net Média

La production mondiale de blé dur ne couvre plus le niveau de consommation depuis plusieurs années et tout porte à croire que la situation ne se redressera pas dans les prochains mois. Si le rapport de prix de cette céréale par rapport aux autres cultures est favorable, la filière est confrontée à des problèmes structurels.

Blé durFranceAgriMer table sur une production mondiale de blé dur de 34,8 Mt contre 32,8 Mt en 2014, soit une progression de 2 Mt.  (©Terre-net Média)

« La montée des prix est un signal pour les producteurs français. Le marché mondial a besoin d’un accroissement de la production de blé dur, c’est une opportunité, en particulier pour les pays comme la France, où les rendements connaissent des variations interannuelles de faible ampleur ».

C’est en ces termes que FranceAgriMer conclut sa note de conjoncture publiée le 9 juillet dernier à l’issue du dernier conseil spécialisé Céréales. Le déclin de la production mondiale de blé dur est une réalité observée depuis des années alors que la demande existe. Elle est même peu sensible aux variations de prix des marchés.

Tous les pays producteurs de blé dur sont touchés par une baisse de leur production, qu’ils soient exportateurs (Canada, Etats-Unis) ou importateurs (Tunisie, Maroc Algérie). « Le recul de la production au Moyen-Orient est dû à l’importante diminution des surfaces récoltées et à la forte sécheresse qui a sévi dans le sud-est de la Turquie et en Syrie, exportatrice nette avant la guerre », souligne par exemple FranceAgriMer.

Il semble que les conditions ne soient pas réunies pour envisager, dans les prochaines années, un redressement de la production de blé dur suffisant pour couvrir la demande mondiale.

Pas de redressement en vue

En France, on constate certes une hausse de la récolte de 15 % en 2015 mais la production de 1,7 million de tonnes (Mt) resterait inférieure à la moyenne quinquennale (- 16 %). En Europe, la production de blé dur devrait connaitre aussi un rebond, selon FranceAgriMer car les surfaces cultivées en Espagne et en Italie se sont accrues comme en France.

Mais au niveau mondial, la situation demeure incertaine. FranceAgriMer table sur une production de 34,8 Mt contre 32,8 Mt en 2014, soit une progression de 2 Mt. Toutefois, cette production ne sera pas encore suffisante pour couvrir la demande. « Il devrait donc en résulter un nouvel affaiblissement des stocks alors qu’ils étaient déjà à des niveaux remarquablement bas », déplore l’organisme public.

Pourtant, les superficies dédiées au blé dur au Canada et aux Etats-Unis sont en forte progression. Les conditions de semis ont été bonnes. Mais si ce premier pays s’attend à une récolte record de 6,7 Mt (contre 4,7 Mt en 2014), il se peut que la sécheresse dans le Dakota conduise les Etats-Unis à revoir ses prévisions à la baisse. Et au Mexique, nous savons déjà que les rendements ne seront que de 5 t par hectare contre 6,5 t/ha l’an passé en raison des températures élevées du printemps dernier.

Des problèmes structurels et conjoncturels

Par ailleurs, la production mondiale déficitaire de blé dur attendue pour 2015 fait suite à la grave crise de l’an passé. Avec une surface en recul de 13 % par rapport à son niveau de 2003, la récolte avait non seulement chuté de 12 % mais les grains engrangés étaient en plus de piètre qualité. Pour couvrir les besoins des pays importateurs, « le commerce mondial a dépassé les 9 Mt et les stocks ont atteint le niveau de 4,6 Mt contre 7,4 Mt un an plus tôt, soit une chute de plus de 38 % », déplore FranceAgriMer.

Des raisons à la fois structurelles et conjoncturelles expliquent le déficit de production du blé dur observé depuis des années, et par conséquent le niveau élevé des prix.

La rentabilité de cette culture n’est pas toujours assurée. Celle-ci exige un niveau de technicité que ne requiert pas le blé tendre.

La plante est aussi sensible au moindre aléa climatique. Au Canada, « la météo contrariante n’a pas eu de conséquences majeures sur les volumes récoltés en 2014. Mais elle a en revanche contribué à fortement dégrader la qualité des grains ». Selon le Canadian Wheat board, elle était la pire jamais enregistrée ces dernières années.

Par ailleurs, les rapports de prix entre du blé dur de qualité d’une part et, les maïs et les sojas d’autre part, n’ont pas toujours été favorables lorsque les marchés céréaliers étaient tendus en 2010/2011 par exemple. Aussi, les agriculteurs n’ont pas hésité à s’en détourner pour profiter pleinement de la conjoncture.

Un marché mal organisé

Et ces deux dernières années, il semble que le retour à des prix faibles du blé, du maïs et du soja n’a pas été suffisamment déterminant pour que les céréaliers reviennent sur leur choix.

Le blé dur souffre aussi d’un marché mal organisé et difficilement appréhendable, faute de transparence. Il n’existe aucun mécanisme de couverture (marché à terme). Quelques milliers de tonnes suffisent à faire flancher les cours et il n’existe pas de marché à terme pour en atténuer la volatilité.

Au Canada, les défaillances de l’organisme statistique Statcan en 2013 ont conduit, faute d’informations publiées fiables, à amplifier la chute des cours et à désorganiser la commercialisation des grains en créant des problèmes logistiques et d’acheminement démesurés.

C'est aussi la faiblesse des stocks mondiaux de blé dur, à ce jour au plus bas, qui renforce les difficultés de régulation des marchés.

Les stocks cumulés des trois premiers pays exportateurs à la fin de la campagne 2014/15 seront, en valeur absolue, les plus bas jamais enregistrés depuis 1963. Soit depuis plus de 50 ans, souligne FranceAgriMer.

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