; La sécheresse et la guerre en Ukraine soutiennent le cours du blé

Perspectives sur le marché du blé tendre Coup de chaud et conflit, le cocktail qui soutient le cours du blé

Afp

Du sud des Etats-Unis au sud-ouest de l'Europe, le blé a soif : la menace d'une sécheresse estivale associée à l'absence de grain ukrainien sur les marchés mondiaux maintient les cours de la céréale à un « très haut niveau ».

Graphe courbe hausseLe marché attend le traditionnel rapport mensuel du ministère américain de l'agriculture, qui donnera jeudi soir un état des lieux des productions, exportations et stocks mondiaux. (©Adobe Stock)

La période de mai est traditionnellement « plus calme », après l'écoulement de la récolte passée et avant la nouvelle moisson, dans plus de deux mois. « Du coup, le marché sur-réagit face à des problèmes de météo, notamment pour les cultures d'hiver (blé, orge) qui sont en phase de croissance », explique Gautier Le Molgat, du cabinet Agritel. 

Si la récolte s'annonce très prometteuse en Russie, les doutes saisissent les producteurs en Europe, notamment en France, premier exportateur de blé de l'UE. La sécheresse qui sévit depuis des mois sur la rive sud de la Méditerranée remonte et a gagné les larges plaines céréalières françaises, où les nappes phréatiques n'ont pu se recharger pleinement cet hiver par manque de précipitations.

Le ministère français de l'Agriculture craint désormais une baisse de rendement pour les blés si la vague de chaleur se prolonge. « Il y a un stress hydrique objectif, mais il est beaucoup trop tôt pour en tirer une quelconque conclusion », tempère Edward de Saint-Denis, courtier chez Plantureux et associés.

Faible blé d'hiver américain

Aux États-Unis aussi, « le mauvais état du blé d'hiver pourrait avoir un impact négatif sur les rendements et donc sur la récolte à venir », souligne Carsten Fritsch de Commerzbank, rappelant la faible qualité des grains, dont seuls 29 % est jugé « bon à excellent » contre 49 % l'année dernière.

« La situation s'est légèrement améliorée », note Jack Scoville, de Price Futures Group, mais la combinaison reste « mauvaise » : « Chaud et sec dans les plaines de l'ouest et humide et froid dans le nord et dans les plaines du nord du Midwest ». Avec pour conséquence un retard sur les semis de haricots et de maïs.

À ces inquiétudes s'ajoute une tension persistante sur les marchés du fait de la guerre en Ukraine. Ce pays n'a pu écouler qu'un million de tonnes de produits agricoles en avril en exportant par les routes et le rail, et la récolte 2022 est attendue en baisse de 50 %, selon des analystes.

Un contexte qui n'incite pas les agriculteurs à vendre leur prochaine récolte : « comme les prix sont très élevés, avec un blé à plus de 400 euros la tonne pour livraison en septembre, ils attendent », sachant qu'ils vendront dans tous les cas à un prix fort, ce qui contribue à maintenir le marché sous tension, explique Edward de Saint-Denis.

Premier regard sur la nouvelle campagne

Le marché attend le traditionnel rapport mensuel du ministère américain de l'agriculture, qui donnera jeudi soir un état des lieux des productions, exportations et stocks mondiaux, et offrira « une première évaluation de la campagne agricole 2022-23 », souligne Dewey Strickler, de Ag Watch Market Advisors.

Seront notamment scrutés les stocks de céréales, les exportations estimées de blé de nouveaux acteurs potentiels comme l'Inde et les mouvements de la Chine, dont l'activité a fortement diminué du fait des confinements drastiques mais qui continue à acheter d'énormes cargaisons de céréales.

Les oléagineux -tournesol, colza, soja, palme-, dont les cours avaient bondi après la suspension des exportations indonésiennes d'huile de palme, restent à des niveaux très élevés, mais sans nouveaux records, les marchés tablant sur un embargo temporaire, rappelle Gautier Le Molgat.

Mais les prix vont « rester élevés », en l'absence de l'huile de tournesol ukrainienne -la moitié de celle commercialisée dans le monde. Ces prix inédits ont poussé les agriculteurs français à semer cette année plus de tournesol, avec des surfaces en hausse de 8,5 % par rapport à l'an dernier, au détriment du maïs (- 6 %), selon les estimations du ministère.

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