Compaction des sols à la moisson Faut-il équiper sa moissonneuse-batteuse avec un train de chenilles ?

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Contrairement aux idées reçues, il semble n’y avoir aucune différence significative sur la compaction des sols agricoles entre l’utilisation de pneumatiques et de chenilles. C’est en tout cas ce que constate l’Irstea.

Chenilles (©Christian Watier)Il n'est pas rare d'entendre sur le terrain qu'une moissonneuse-batteuse chaussée d'un train de chenilles répartit de manière plus homogène le poids de la machine sur le sol, limitant par conséquent son effet sur la compactionde ce dernier. Mais la réalité semble différente.

C’est en tout cas ce qui ressort de la première étude du genre réalisée par l’Irstea dans le secteur agricole. Commandée par Michelin, elle compare l’impact exercé sur la compaction des sols par une moissonneuse (trémie pleine) équipée dans un premier temps d’une paire de chenilles, puis de deux trains de pneus Ultraflex différents.

Aucune différence à 10, 20 et 30 cm

Premier constat d’Emmanuel Piron, responsable de la plate-forme de recherche technologique de l'Irstea de Montoldre (Allier) : « Statistiquement, il n’y a aucune différence significative entre l’utilisation de chenilles et de pneumatiques que ce soit à 10, 20 ou 30 cm de profondeur. » Grâce à une série de mesures réalisées sur un terrain meuble (15 % d’argile, 33 % de limon et 52 % de sable, ndlr), comparable à un sol agricole travaillé et ressuyé, il ajoute que « quel que soient les types de sol, on peut penser que les résultats seraient similaires ». A vérifier.

Compaction des sols pneus chenilles
Les tests ont été réalisés sur une parcelle de 3,5 ha de la plate-forme de recherche technologique de l'Irstea à Montoldre dans l’Allier. Deux solutions pneumatiques Michelin Ultraflex (de 800 et 900 mm de large à 1,4 bar) et un jeu de chenilles trois galets en 760 mm de large ont équipé successivement une moissonneuse-batteuse (trémie chargée). Ce premier graphique illustre les effets sur la compaction du sol agricole, des différents équipements montés sur le train avant de l’engin de récolte. Les chenilles augmentent la dureté du sol de 55 % par rapport à la zone témoin, contre 51 % et 46 % pour les pneumatiques. Néanmoins pour Emmanuel Piron, il n’y a aucune « différence statistiquement significative ». (© Terre-net Média)

Autre enseignement à tirer de cette étude : contrairement aux pneumatiques, avec des chenilles, la répartition du poids de l’engin n’est pas homogène sur la bande en caoutchouc en contact avec le sol. Dans un pneu, c’est l’air qui transmet la pression de l’effort au sol. Autrement dit, sur un pneu lisse, la répartition du poids de l’engin est théoriquement la même sur toute la surface en contact avec le sol. Même si la pression exercée sur les crampons est plus importante. Mais à la différence des pneumatiques, les chenilles sont composées d’un ensemble d’éléments mécaniques articulés autour de la bande en caoutchouc.

Des pics de 6 à 9 bars

Et l’Irstea constate (partie de l’étude réalisée sur sol dur type route, voire graphique 2 : Pression de contact au sol) qu’au passage d’une chenille, le sol enregistre trois pics de pression. « En fonction de l’endroit où la bande en caoutchouc de la chenille se situe, la pression exercée au sol varie, précise Emmanuel Piron. Nous avons observé trois pics de pression, qui correspondent au passage des trois galets assurant la cinématique de la chenille. Sur ces éléments, la pression relevée est plus importante (de 6 à 9 bars, ndlr). Mais entre les galets, il n’y a quasiment aucun effort enregistré ». Les pneumatiques, eux, répartissent de manière plus homogène la pression à environ 4 bars. Toutefois, Emmanuel Piron assure que « sur sol agricole, l’effet des trois galets est minimisé ».

Pneus chenilles compaction des sols moisson
Pour évaluer la répartition de l’effort au sol engendré par le pneumatique ou la chenille, un test sur sol dur (type route) a été réalisé. La courbe bleue illustre la répartition homogène de la charge sur le sol au passage des pneumatiques. Celle en rouge, les à-coups de pression transmis au sol par un train de chenilles. (© Terre-net Média)

Ces différentes mesures ont été effectuées pour évaluer l’impact du tassement des sols sur la zone d’exploration racinaire des cultures (10, 20 et 30 cm). Emmanuel Piron fait remarquer qu’il ne faut pas négliger l'impact des machines agricoles sur les parties plus profondes : « l’horizon de surface joue le même rôle que l’air dans un pneumatique avec les horizons plus profonds. Les efforts sont d’autant plus importants que les charges appliquées le sont ». Et dans un contexte où les machines sont de plus en grosses et lourdes, multiplier le nombre d’engins agricoles de plus petite taille pourrait s’avérer judicieux pour limiter leurs effets sur les sols.


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