Agriculture biologique Des agriculteurs multiplicateurs bio très recherchés

Emilie Durand Terre-net Média

La demande en produits agricoles bio s’est développée au point de créer un manque sur le plan des semences. Le peu d’espèces et de variétés certifiées AB disponibles entraînent un réel besoin d’agriculteurs multiplicateurs, mais aussi de recherches pour (re)trouver des variétés adaptées aux conditions locales.

Graines« Il est possible de faire ses propres semences. Mais lorsqu'elles sont commercialisées, il y a des garanties à apporter en termes de qualité d'où l'intérêt des semences », explique Michael Straëbler. (©Pixabay/Terre-net Média)

« Il y a un fort besoin d’agriculteurs multiplicateurs », a entamé sans détour Michel Straëbler, président de la commission bio chez Semae, lors de la conférence du 23 septembre au salon Tech&Bio.

« Plus le marché du bio devient mature, plus la diversité de semences est nécessaire », continue-t-il. En 2015, la France comptait 71 espèces et 223 variétés (hors potagères), en 2021, elle compte 113 espèces et 575 variétés. C’est le fruit d’une évolution dynamique du marché avec une hausse des entreprises productrices, d’agriculteurs multiplicateurs et de contrats.

« Trouver des semences adaptées à notre climat est un vrai enjeu car les  semences certifiées ne conviennent pas à notre calendrier cultural », rapporte Anne Glandières, chargée de mission bio à la Chambre d’agriculture régionale Occitanie. Aussi a-t-il été question de structurer une filière bio de production de semences. « Cela demande  beaucoup de technicité d’être agriculteur multiplicateur en bio, notamment du fait de la question du  désherbage. Il faut investir dans du matériel. Pour les agriculteurs, c’est un vrai challenge. Certes, la rémunération est intéressante mais il faut gérer le risque. De plus, les rendements peuvent être irréguliers. Le désherbage manuel, le besoin d’irrigation, la charge de travail et le manque de transparence dans les échanges peuvent être aussi des freins », analyse-t-elle.

Retrouver des variétés anciennes

Dans les Hauts-de-France, Pauline Rebreyend, chargée de mission du groupement régional de l’agriculture bio, témoigne de la difficulté à trouver des semences adaptées, notamment en maraîchage. « Ces cinq dernières années, il y a eu une grosse vague de conversions à l’agriculture bio. Le manque de diversité et de quantité de semences proposées est devenu un vrai problème depuis deux ans.

Selon une enquête, un agriculteur sur deux trouve qu’il y a un manque de diversité dans les variétés proposées et 47 % rencontrent des difficultés d’approvisionnement. Près d’un tiers font des demandes de dérogations représentant jusqu’à 25 % de leurs cultures ; dérogations qui devraient disparaître à l’avenir. Pour y pallier, nous avons développé un partenariat avec le Centre régional de ressources génétiques », évoque-t-elle. Dans les Hauts-de-France, seuls 64 agriculteurs sont multiplicateurs pour 1 025 ha.

Former à l’auto-production de semences

Des essais de variétés anciennes comme le haricot Princesse, la laitue Lilloise, le poireau Leblond ou la carotte de Saint-Valéry ont été lancés, accompagnés en parallèle par des formations à l’auto-production de semences auprès des maraîchers. Pauline Rebreyend, là encore, insiste sur la nécessaire technicité que cela demande et l’importance d’accompagner aussi le consommateur. « On ne s’improvise pas agriculteur multiplicateur. Il faut des zones d’isolement sinon il y a un risque de dégénérescence de la semence par hybridation », rappelle-t-elle. Le témoignage de Fabrice Terrot, responsable du pôle innovation, recherche et développement chez Top Semence, confirme ce haut niveau de technicité citant des outils comme le décalage de semis ou les techniques de biocontrôle.


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