Pratiques de désherbage Chimie, agronomie, tout est à revoir

Terre-net Média

La baisse d’efficacité avérée des herbicides de sortie d’hiver, pour lutter contre les graminées dans les céréales, incite à revoir cette pratique de désherbage. Combiner agronomie et application optimisée d’herbicides à l’automne semble la clé de la réussite. Trois agriculteurs témoignent de leurs pratiques en la matière.

Infestation de Ray-grassLe retour fréquent des mêmes familles de produits ou de matières actives sélectionne les populations d’adventices. (©Terre-net Média)

La baisse d’efficacité généralisée des herbicides foliaires, inhibiteurs de l’ALS, pinoxaden et autres matières actives utilisées au printemps, compromet le désherbage de sortie d’hiver. Les résistances de certaines graminées sont aujourd’hui établies et étendues à tout le territoire (ray-grass, vulpin, folle avoine, brome et agrostis). D’autres émergent et posent déjà problème. Selon Ludovic Bonin, responsable du pôle flore adventice d’Arvalis-Institut du végétal, « il s’agit des graminées (sétaire et panic) et dicotylédones (coquelicot, matricaire, stellaire et séneçon) résistantes aux inhibiteurs de l’ALS (sulfonylurées : Archipel, Allié, Express SX ; triazolopyrimidines : Primus ; imidazolinones : Pulsar 40). » Et le développement des résistances risque de s’accélérer.

Pour le spécialiste, l’issue se trouve dans une combinaison de solutions « agronomiques, - allongement de la rotation, labour, faux semis, semis retardé… - associées à une application optimisée des herbicides, en veillant à semer sur un sol propre ! » Plus que ces leviers pris individuellement, c’est l’association des techniques agronomiques et chimiques qui permet de gérer les infestations.

La clé de la réussite : une combinaison de leviers agronomiques, associés à une application optimisée d’herbicides.

Bénéfice des solutions agronomiques combinées aux herbicides (synthèse de 80 expérimentations sur vulpin - Rothamsted 2013)Bénéfice des solutions agronomiques combinées aux herbicides (synthèse de 80 expérimentations sur vulpin - Rothamsted 2013) (©Infographie Terre-net Média)

D’après un essai longue durée, conduit dans l’Eure par Arvalis-Institut du végétal, le labour et les cultures de printemps limitent les adventices. Entre 2006 et 2014, les populations de ray-grass ont été divisées par 20 et celles de vulpin par 40 environ. Autre constat : plus le système combine de leviers, plus la densité d’adventices est faible.

La logique de la rotation longue

Une note commune rédigée par l’Acta, Arvalis-Institut du végétal, Terres Inovia, l’ITB et la DGAL, sur la gestion des adventices en rotations de type "grandes cultures", rappelle que les mauvaises herbes ne sont jamais présentes par hasard. La plupart d’entre elles sont inféodées à des espèces cultivées précises du fait de leur époque préférentielle de levée. Ainsi, le vulpin des champs et le gaillet gratteron colonisent fréquemment les céréales et le colza d’hiver, les géraniums, le colza, les renouées et chénopodes les cultures de printemps et d’été tandis que le datura et les panics s’observent essentiellement en maïs ou tournesol.

La diversité des cultures de la rotation (périodes de semis différentes), couplée à l’allongement des délais de retour dans une même parcelle, favorise une flore adventice disparate et peu abondante à l’inverse des rotations courtes concentrées sur peu d’espèces. L’effet est d’autant plus marqué si le stock semencier de l’adventice visée a une faible persistance et que son époque préférentielle de levée est brève. Dans cette même logique, on peut esquiver les périodes de levées préférentielles de certaines mauvaises herbes en repoussant la date de semis. Pour les céréales d’hiver, cette pratique conjuguée au faux-semis, facilite le contrôle des graminées adventices.

LabourLes méthodes agronomiques sont basées
sur la constance et la persévérance, la
réponse n’étant pas toujours immédiate 
ou au niveau attendu. (©Terre-net Média)

Bien qu’efficace, l’allongement de la rotation doit être modulé et complété impérativement par un raisonnement du travail du sol en fonction des espèces indésirables majoritaires de la parcelle. Par exemple, le labour enterre la majorité des graines de l’année et élimine simultanément les repousses et les jeunes adventices. Ainsi, il diminue considérablement les levées dans la culture qui suit. Enfouies en profondeur par la charrue, les graines perdent leur viabilité, les graminées beaucoup plus rapidement que les dicotylédones. Inversement, le labour remonte une partie du stock et favorise le "réveil" d’un certain nombre d’entre elles. Il faut donc attendre suffisamment pour que les graines enfouies dépérissent. Un bon compromis : labourer occasionnellement, une fois tous les trois ou quatre ans.

Avantage aux interventions d’automne

Quant aux solutions chimiques disponibles, alors que les interventions de printemps sont insuffisantes, les applications d’automne garantissent une bonne régularité. En céréales à paille, Arvalis-Institut du végétal préconise des programmes de traitements sur vulpins ou ray-grass, « en deux passages alternant les modes d’action : un premier avec un ou plusieurs racinaires à l’automne, puis un rattrapage de sortie d’hiver avec un produit foliaire inhibiteur de l’ALS ou de l’ACCase, selon l’historique herbicide de la parcelle. Sur vulpin, l’efficacité de ce type de programme dépasse de 19 points celle d’une application solo de sortie d’hiver ; sur ray-grass, elle est supérieure de 11 points à un seul traitement d’automne et de 38 points à un unique passage au printemps. En effet, les interventions de sortie d’hiver agissent de moins en moins sur les ray-grass. » De plus, la performance des programmes fluctue moins d’une année sur l’autre. Et en termes de rendement, ils font gagner 5 q/ha par rapport à un seul désherbage de sortie d’hiver. « Un moyen efficace pour maîtriser le problème lorsqu’il n’est pas encore bien installé », prévient l’institut.

En sortie d’hiver, au-delà de l’efficacité des matières actives, le positionnement du traitement a son importance. « Intervenir tôt permet de cibler des adventices jeunes, plus faciles à détruire, et avant le premier apport d’azote pour éviter de nourrir les indésirables ! » Par ailleurs, l’ajout de sulfate d’ammonium au mélange antigraminées ALS et huile régularise l’efficacité du traitement. « Le gain est variable mais peut aller jusqu’à 30 points. »

Dans certaines situations, même les programmes ne suffisent plus. La meilleure efficacité s’obtient alors avec une double application de produits racinaires à l’automne, suivis éventuellement d’un rattrapage en sortie d’hiver. Mais à quel coût… « Dans ces cas critiques encore plus que pour les autres, il est primordial d’activer également les leviers agronomiques et de ne pas compter uniquement sur les herbicides. »

Restrictions d’usage

Plusieurs restrictions réglementaires ont déjà bousculé l’utilisation des herbicides céréales à l’automne. Elles concernent notamment l’usage de nombreuses spécialités à base d’isoproturon et de chlortoluron associés (sauf Herbaflex) en sols artificiellement drainés. De plus, la réglementation distingue, dorénavant, dans les phrases de prudence Spe3 relatives à la protection des organismes aquatiques, deux types de zones non traitées à mettre en place le long des cours d’eau. Les ZNT, de 5 à 50 m selon les produits, ont pour objectif d’atténuer les phénomènes de dérive de pulvérisation. Elles peuvent être restreintes à 5 m sous réserve de certaines conditions dont la présence d’une bande enherbée permanente. Les ZNT avec DVP (dispositif végétalisé permanent), de 5 à 20 m, ont pour but de réduire le ruissellement. Elles sont, à ce jour, incompressibles.


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