Lutte intégrée « Donnons un coup de pouce aux auxiliaires des cultures ! »

Sophie Guyomard Terre-net Média

Les auxiliaires des cultures représentent un levier important dans la lutte contre les bioagresseurs. Certaines pratiques agricoles et un aménagement des parcelles peuvent contribuer à favoriser leur présence.

Hubert CompèreSoumis à des problèmes d'érosion en raison de parcelles en forte pente, Hubert Compère a choisi d'arrêter le labour il y a une quinzaine d'années et de passer en techniques culturales simplifiées (TCS). Après ces modifications, il  a poursuivi sa réflexion pour limiter le recours aux produits phytosanitaires. (©Terre-net Média)

Réduire l’utilisation des produits phytosanitaires figure parmi les grands défis de l’agriculture. Les grandes cultures comme le colza sont fortement dépendantes de leur usage, notamment des insecticides. Toutefois, certains agriculteurs parviennent à se passer complètement ou en partie de ces produits : c’est le cas d’Hubert Compère, agriculteur à Mesbrecourt-Richecourt dans l’Aisne. Membre du réseau des fermes Dephy (Démonstration, expérimentation et production de références sur les systèmes économes en phytosanitaires) animé par François Dumoulin de la Chambre d’agriculture de l’Oise. Hubert accueille dans ses champs de nombreuses expérimentations : il participe notamment à des comptages entomologiques du réseau Auxiprod (chargé de suivre les auxiliaires des cultures dans les parcelles d'une cinquantaine de producteurs).

Lancé depuis 2011, le projet national Auximore est piloté par la Chambre d'agriculture régionale des Hauts-de-France (anciennement celle de Picardie). L'objectif : « optimiser le contrôle biologique des bioagresseurs en systèmes de grandes cultures » par l'organisation de formations destinées aux agriculteurs et aux conseillers, et la création de fiches de synthèse sur les auxiliaires et leurs bioagresseurs. Sur le terrain, le réseau Auxiprod réalise un suivi des auxiliaires de grandes cultures et rassemble plus de 50 exploitants agricoles.
>>> À lire : Biodiversité -  Un site internet pour identifier les auxiliaires

Les pratiques agricoles comme principal levier

Afin d'optimiser la présence des auxiliaires des cultures, le réseau Auxiprod propose une réflexion globale sur le système cultural. Deux axes majeurs, favorables à leur développement, se dégagent :

  •  « limiter le travail profond du sol dans une logique globale de lutte contre les bioagresseurs »
  • « mobiliser les leviers agronomiques afin de limiter au strict nécessaire l’utilisation des produits phytosanitaires ».

Même si « l'agriculture crée un déséquilibre dans un milieu naturel », « il y a énormément de régulation dans un agrosystème, indique Raphaël Rouzes, éco-entomologiste agricole. Ce que l'on observe dans les champs représente seulement la partie émergée de l'iceberg ». Sur ses colzas, Hubert Compère ne réalise aucun insecticide foliaire et utilise uniquement des traitements de semences. Ainsi, cela participe à intensifier les processus d'auto-régulation.

Si l'usage de phytosanitaires est, malgré tout, nécessaire (en ultime recours), François Dumoulin préconise des produits sélectifs afin de limiter les effets non intentionnels (Eni). Assurer un semis dans de bonnes conditions et une bonne implantation des cultures sont des étapes primordiales. Pour continuer avec l'exemple du colza, une culture vigoureuse ne nécessitera aucun traitement, par exemple contre les méligèthes, « le seuil d'intervention étant plus élevé et la plante disposant aussi d'un fort pouvoir de compensation », ajoute Hubert Compère.

François DumoulinFrançois Dumoulin utilise un filet fauchoir pour capturer et observer les insectes auxiliaires et les ravageurs présents dans la parcelle de blé d'Hubert Compère. (©Terre-net Média)

Un aménagement parcellaire « repensé »

Le réseau Auxiprod encourage à revoir l'aménagement des parcelles en laissant ou créant des « zones refuges variées (haies, bandes enherbées, agroforesterie, mares...), favorables à la biodiversité, qui tiennent compte des contraintes de l’exploitation ».  Dans la mesure du possible, il faut prévoir « une distance maximale d’environ 100 m entre aménagements pour une colonisation optimale de la parcelle par les auxiliaires ». Les espèces herbacées et arborées présentes doivent être « diversifiées, locales et adaptées aux conditions de sol et de climat ».

Ainsi des études menées par les divers réseaux ont montré que « les aménagements pour les carabes exercent une influence positive sur une distance de 30 à 50 m. Certaines espèces ne semblent présentes que s'il y a des aménagements ». Même constat pour les syrphes : « les communautés syrphiques sont plus importantes et diversifiées lorsque le milieu est complexe (aménagements au bord des parcelles et paysage plus diversifié aux alentours) ». D'ailleurs, avec des aménagements qui disposent de fleurs (haies, bosquets, etc.) attirant les adultes pollinisateurs, « on peut supposer que les femelles vont pondre leurs œufs au plus près des colonies de pucerons. Ainsi, les larves exerceront leur contrôle biologique au sein des parcelles agricoles ».

>>> Retrouvez les guides réalisés par le réseau national des chambres d'agriculture, présentant les différents insectes auxiliaires des cultures, leur régime alimentaire dominant...Et aussi pour les autres auxiliaires des cultures  :

© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous