Diversification Émile Molès combine avec succès apiculture et grandes cultures

Cédric Delage Terre-net Média

Émile Molès, à la tête de son exploitation familiale en Midi-Pyrénées depuis une trentaine d'années, mène de front deux activités souvent opposées dans l'actualité : grandes cultures et apiculture. 120 ha de blé, tournesol, maïs et colza profitent et, bénéficient à la fois, au millier de ruches de l'agriculteur.

Chantal, Émile et Aymeric devant l'entrée du Musée du miel.Chantal, Émile et Aymeric devant l'entrée du Musée du miel. (©Cédric Delage)

Après un orage de grêle, ce sont maintenant des trombes d'eau qui s'abattent sur la commune de Gramont, à la frontière entre Tarn-et-Garonne et Gers. En cette après-midi de juin, les prévisions météorologiques inquiètent Émile Molès car les moissons ne sont pas terminées. Ce matin, il a extrait le miel de ses ruches ramenées des Pyrénées la veille, puis il a poursuivi sa journée en stockant du grain avec son fils, Aymeric. Un exemple de diversification par l'apiculture.

L'apiculture représente plus de 60 % des revenus de l'exploitation

Ils sont cinq à travailler sur l'exploitation : quatre emplois à l'année et un saisonnier l'été. Émile, agriculteur passionné d'apiculture, s'occupe principalement de son millier de ruches et, en fonction des besoins saisonniers, aide Aymeric qui gère les 120 hectares de terres cultivées en blé, tournesol, maïs et colza. De leurs côtés, Chantal et sa fille Fanny commercialisent les produits des abeilles : dix variétés de miel (bruyère, tournesol, châtaigner, tilleul, acacia, colza, polyfloraux, etc.), hydromel, pain d'épices, nougat, bonbons au miel, cire gaufrée, bougies... Elles animent aussi leur Musée du miel, inauguré il y a 22 ans. « À l’origine, il s'agissait d'une simple exposition. Désormais, le musée accueille 5 000 à 6 000 visiteurs par an et abrite une des plus riches collections de ruches en France », déclare Émile avec fierté. L'aventure démarra avec quatre ruches confiées par son père lorsqu'il était âgé d'une douzaine d'années : « Depuis, je n'ai pratiquement pas acheté d'abeilles, précise-t-il. Le millier de ruches que je possède est issu de ces quatre-là, par divisions successives ».

Les principaux investissements concernèrent donc l'achat de ruches vides, d'un camion grue pour leur transport, et de l'équipement de la miellerie pour transformer eux-mêmes leurs produits. Côté grandes cultures, aux 80 hectares originels se sont ajoutés 40 supplémentaires acquis lorsqu'Aymeric s'est installé en 2010. L'activité apicole représente plus de 60 % des revenus de l'exploitation contre environ un tiers pour les grandes cultures.

Une association gagnant-gagnant

L'articulation de ces deux productions, en mode gagnant-gagnant pour l'exploitation familiale, démontre l'intérêt d'une telle association. En effet, il existe des synergies entre l'apiculture et les grandes cultures. La première concerne la pollinisation. Émile estime que l'activité des abeilles dans ses champs de tournesol conventionnel améliore la productivité de 15 %. Il loue d'ailleurs une partie de ses ruches à d'autres agriculteurs de la région pour favoriser la pollinisation des vergers, grandes cultures et cultures maraîchères. Cette prestation compte pour 40 % des revenus liés à l'apiculture.

Inversement, la part de jachères est directement destinée à sa colonie de butineuses qui profitent ainsi de 5 hectares de plantes mellifères : mélilot jaune, sainfoin et phacélie. Il teste même une parcelle dédiée à la culture du sarrasin. Pour le moment, l'expérience n'est pas concluante : « Les abeilles n'y vont pas beaucoup ».

La période hivernale, creuse quant aux travaux des champs, est consacrée à la confection de cire gaufrée et bonbons à façon, issus de leur production de miel et de celle de collègues apiculteurs.

Apiculture et traitements phytosanitaires

Le déclin des populations d'abeilles et les attaques récurrentes contre les traitements phytosanitaires font l'objet de vifs débats. L'occasion ici de recueillir l'avis objectif d'un connaisseur, puisqu'à la fois agriculteur et apiculteur. Émile n'est d'ailleurs pas avare de paroles à ce sujet.

AbeillesLes abeilles sont fragilisées par le manque de nourriture. (©Cédric Delage)

Ainsi, il n'accuse pas les insecticides en priorité, même s'il souligne l'effet larvicide des nouveaux produits systémiques. « Les abeilles ramènent du nectar empoisonné à la ruche et ce sont les larves qui meurent. » Lui-même utilisait des insecticides désormais interdits comme le lindane, le parathion ou le Gaucho : « Dans les années 80, c'était parfois l'hécatombe dans les ruches, mais les colonies se reformaient très rapidement, ce qui n'est plus le cas ». Selon lui, les abeilles souffrent avant tout d'un manque de nourriture. Il y a urgence à conserver et replanter des espèces mellifères comme il le fait en bordure de ses champs : « Nos campagnes sont devenues des déserts, les arbres et les haies sont quasiment considérés comme des nuisibles... Il reste des platanes le long des routes mais ils ont à peu près le même effet qu’un poteau en plastique sur les abeilles ». Grand voyageur, il remarque que ces dernières sont bien mieux considérées en Europe de l'est.

Un manque cruel de nourriture

En 1976, il se souvient qu'avec quatre ruches de tournesol il produisait 500 kg de miel ! Désormais, la production ne dépasse pas 15 à 25 kg par ruche. La faute aussi aux nouvelles variétés qu'il juge moins nourrissantes. « Les ruches installées sur mes parcelles de tournesol oléique sont par exemple incapables de produire du miel. »

Ainsi fragilisées, les colonies luttent très difficilement contre leurs parasites ou prédateurs, comme les varroas et frelons asiatiques. De plus, les espèces d'abeilles actuelles, issues de sélections, sont censées être plus productives et moins agressives, mais elles sont également moins résistantes. Les pertes moyennes tournent autour de 30 à 40 % par ruche pour les hybrides contre 10 à 15 % pour ses abeilles locales et rustiques. Par ailleurs, alors que les ressources alimentaires s'amenuisent, la concurrence entre apiculteurs s'accroît : « dans le Gers, les ruches sont bien plus nombreuses qu'il y a 20 ans ».

L'apiculture, une solution pour se diversifier ? « C'est possible, conclut Émile, à condition d’être véritablement passionné car cela demande énormément de travail pour devenir rentable. J'ai parfois travaillé 20 heures d'affilée pour mener les deux activités. »

Pour en savoir plus : www.musee-du-miel.com

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