Qualité des récoltes Germain Bour, Cerepy : « Quels débouchés pour nos 70 % de blé déclassé ? »

Terre-net Média

Dans l'Yonne, quasiment tous les blés collectés par Cerepy affichent des temps de chute de Hagberg inférieurs à 220 secondes, une situation totalement inédite, qui exclut les débouchés traditionnels de la coopérative des voies de commercialisation possibles. Les adhérents ne couvriront pas leurs coûts de production cette année.

Réception de la moisson au silo de Brienon sur Armançon.Tous les curseurs peuvent être bien positionnés, il en suffit d'un, cette année, le temps de chute de Hagberg, pour remettre en question toute une campagne. (©Cerepy)

Terre-net Média : Où en sont vos adhérents de leurs récoltes et quels sont les premiers résultats ?

Germain Bour, directeur de la coopérative de l’Yonne, Cerepy : « Les moissons sont terminées à 95 %, hors maïs et tournesol bien sûr. Restent à faucher 2 % du blé tendre, 20 % d’orges de printemps, les pois chiches et l’avoine nue de printemps. En volume, comparé à la même période l’année dernière, la collecte gagne 10 %. En orge d’hiver, le rendement, avec 72 q/ha, dépasse de 12 % celui de 2013. Nous profitons d’une qualité brassicole exceptionnelle tant au niveau du PS, que du calibrage, que du taux de protéines. En colza, le rendement moyen, à 40 q/ha contre 28 q/ha l’an dernier, est historique. La production est de bonne qualité hormis 10 % récoltés après le 14 juillet qui présentent des grains germés, sans grandes conséquences cependant. L’avoine nue d’hiver affiche également une très bonne productivité avec environ 50 q/ha de rendement moyen, en hausse de 10 q/ha. La qualité, blancheur du grain et PS, répond aux exigences du débouché alimentation humaine. Que des bonnes nouvelles jusqu’aux premières bennes de blé…

Tnm : De nombreux échos font état de problèmes de qualité, est-ce le cas chez Cérépy ?

GB : En effet. Peu de blés ont été fauchés avant le 4 juillet, démarrage de l’épisode pluvieux qui a duré une dizaine de jours. Les blés, à des stades déjà avancés, n’ont pas pu être récoltés et les grains ont commencé à germer sur pieds. Dans certains cas, le processus était visible, dans d’autres, il avait commencé mais restait invisible à l’œil nu. Les enzymes en action au moment de la germination dégradent l’amidon du blé, ce qui altère le temps de chute de Hagberg, un des critères de qualification de la production. Ainsi, alors que la norme fixe à 220 secondes le temps de chute, seulement 2-3 % de notre collecte les dépassent, 25 à 30 % se situent entre 150 et 220 s., le reste n’atteint même pas les 150 s. Alors qu’en temps normal, ce sont 99,9 % de la collecte qui respectent la norme.

Tnm : Quelles conséquences prévoyez-vous pour la commercialisation du blé ?

GB : Déjà, nous avons prévu de mesurer le temps de chute de Hagberg des échantillons prélevés sur chaque benne réceptionnée, soit 5.000 mesures. L’échantillonnage de chaque benne est dans la politique de l’entreprise. Les résultats obtenus nous permettront de justifier, aux agriculteurs concernés, le déclassement de leur production. En effet, même si les autres critères sont bons – poids spécifique de 77, taux de protéines de 12 %, rendement de 75 q/ha - nos marchés habituels n’accepteront pas un blé avec un temps de chute aussi bas. Nous travaillons, pour un tiers de notre collecte, à l’export avec l’union de commercialisation Cérévia, au départ de Fos-sur-Mer vers les pays d’Afrique du Nord. Le reste est vendu à la meunerie française. Cette année, nous sommes incapables d’accéder aux marchés à l’export et nous devons trouver des débouchés pour nos 70 % de blé fourrager. Gérer les différentes qualités, alloter, prospecter des clients en alimentation animale, un secteur qui nous est inconnu. Et puis, nous ne sommes pas dans une région d’élevage. Nous allons devoir livrer des clients éloignés, et donc faire face à des coûts logistiques accrus.

Tnm : Avez-vous une estimation de l’impact sur le revenu de vos adhérents ?

GB : Nous sommes malheureusement certains de nous situer en-dessous de leur coût de production. Celui-ci tourne autour de 160-170 €/t et je prévois une rémunération à hauteur de 130 €/t… Le blé tendre représente la moitié de notre collecte. Grâce à la diversification de nos productions, les bons scores des autres cultures vont compenser un peu cette mauvaise année en blé mais la situation s’annonce difficile. »

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