Vu d'ailleurs Le photovoltaïque au service de l’agriculture chilienne

Gaëlle Dupuis Terre-net Média

Le Chili cherche à réduire les coûts énergétiques des processus productifs agricoles. Il se tourne depuis quelques années vers l'énergie solaire. Des panneaux photovoltaïques alimentent les pompes qui permettent d'irriguer les champs. Le secteur est en plein essor.

Entretien des panneaux solaires au Chili. Entretien des panneaux solaires au Chili. (©Tomas Garcia-Huidobro)

L e succès d’une exploitation agricole est étroitement lié à la gestion des coûts énergétiques de ses processus productifs. Or, au Chili, l’énergie est une problématique majeure du développement de l’économie. Afin de réduire sa dépendance et de compter sur des ressources suffisantes et compétitives, le pays s’est lancé le défi d’ accélérer l’intégration des énergies renouvelables dans la composition de son mix énergétique pour arriver à 20 % en 2020. Le secteur agricole, qui représente 13 % du PIB national, a son rôle à jouer et cherche des solutions pour diminuer ses coûts et participer au développement du pays à travers des initiatives innovantes.

« Le Chili émet seulement 0,26 % des gaz à effet de serre sur la planète, mais les projections fournies par les modèles climatiques du GIEC envisagent une élévation des températures de 2 à 4 degrés sur notre territoire d’ici 2100, ainsi qu’une diminution des précipitations de 5 à 15 % dans la zone centre sud du pays, qui est la plus agricole, explique Florence Pélissou, membre de l’Unité de Développement Stratégique de la Fondation pour l’Innovation Agricole (FIA), l’une des branches opérationnelles du ministère chilien de l’Agriculture. Il est donc indispensable d’anticiper ces changements et d’adapter nos systèmes de cultures face à cette variabilité climatique, notamment par la modification des itinéraires techniques, la diversification de nos productions ou la relocalisation de certains systèmes de cultures. Nous devons également adapter la gestion des ressources hydriques et énergétiques des systèmes de production agricole, ce à quoi les énergies renouvelables contribuent fortement, et le gouvernement travaille en partenariat avec les agriculteurs pour favoriser cette transition. »

S’adapter : un impératif

Dans ce contexte, et considérant que la radiation solaire au nord du pays est la plus élevée au monde avec 7,5 kwh/m², le ministère a décidé de lancer en 2012 un vaste programme sur quatre ans visant à installer 1 144 équipements de pompage solaire au bénéfice de la petite agriculture, générant une puissance de 255 500 watts pour un investissement d’environ 2 millions d’euros. Ces équipements sont composés essentiellement de panneaux photovoltaïques et de pompes d’irrigation : les panneaux alimentent les pompes avec l’électricité nécessaire pour extraire l’eau des puits et ainsi irriguer les champs de cultures. Les participants à ce programme reçoivent une diminution de 100 % des coûts associés au droits d’eau et de sécurité d’approvisionnement, c’est-à-dire qu’ils accèdent à un système permettant une indépendance totale en alimentation énergétique.

Des avocats issus de l’irrigation solaire

Par ailleurs, la FIA a lancé un concours en 2014 avec le ministère de l’Energie pour cofinancer 13 projets d’énergie solaire photovoltaïque, lesquels se sont finalisés avec succès deux ans après. C’est ainsi par exemple que l’entreprise Agricola Las Torres Ltda, située dans la région de Valparaiso et employant 500 personnes, a réussi à diminuer ses coûts énergétiques et évalue déjà la possibilité d'investir pour son développement l’an prochain. « L’objectif était d’optimiser fortement sa production d’avocats Hass, tout en utilisant une énergie propre à travers l’installation d’un système photovoltaïque fournissant de l’énergie solaire à ses pompes », commente Tomás Garcia-Huidobro, responsable de projet pour la FIA. « L’exploitation a des besoins énergétiques très élevés pour son irrigation car ses cultures sont situées en hauteur, à flanc de montagne, et parce que l’été chilien est particulièrement chaud et sec ».

Les exploitants de la société Agricola Las Torres ont réussi à diminuer leurs coûts énergétiques.Les exploitants de la société Agricola Las Torres ont réussi à diminuer leurs coûts énergétiques. (©Tomas Garcia-Huidobro) 464 panneaux photovoltaïques polycristallins de 310 W et 21 inverseurs ont été mis en place pour une puissance installée de 143 kWc et un responsable d’entretien du système a été recruté. L’ensemble du personnel a pu bénéficier de formations visant une utilisation appropriée des technologies mises en œuvre dans le processus de production. « Les économies réalisées chaque mois correspondent aux prévisions de départ et augmenteront lorsque l’installation sera connectée au réseau électrique national, ce qui lui permettra de vendre ses excédents. L’usage de l’énergie solaire photovoltaïque a permis à l’exploitation d’améliorer sa performance énergétique, de garantir et de stabiliser l’approvisionnement en énergie de son processus de production contre les fluctuations de puissance et de prix de l'énergie électrique traditionnelle », conclut Tomás Garcia-Huidobro.

Un succès à grande échelle

Mais la toute première initiative d’usage de la radiation solaire à des fins agricoles fut d’origine privée : une centrale photovoltaïque dédiée à la culture fruitière au Chili s’est construite en 2012 dans le désert d’Atacama afin de générer de nouvelles zones de vergers. Le cinquième exportateur de fruits du pays, Subsole, a décidé d’utiliser l'énergie solaire pour pomper l'eau des nappes souterraines et ainsi irriguer ses quelque 300 hectares de cultures de raisins. Réaliser avec le soutien technique et financier de la Banque Interaméricaine de Développement (BID) et construite par l’entreprise allemande Kraftwerk Renewables Power Solutions, cette centrale permet de cultiver des fruits dédiés à l’exportation dans le désert le plus aride du monde sans empreinte carbone. La capacité de l’ensemble des panneaux solaires atteint 1 Mw, de quoi alimenter 600 foyers : le niveau d’électricité généré est si haut que la compagnie peut vendre ses excédents aux petits producteurs voisins. « La centrale solaire nous permet de produire des raisins dans le nord en été, mais aussi des kiwis et des avocats en hiver car nous transportons l’énergie dans le sud, avec des coûts énergétiques stables et une plus grande efficacité », explique Miguel Allamand, président de Subsole. « Ce parc a généré un précédent pour l'agriculture nationale et mondiale, puisqu’il est le premier à avoir été réalisé sans subvention ni allégement fiscal. Il montre que l’on peut produire des fruits de qualité à partir d’une énergie propre".

Leader de l’énergie solaire en Amérique latine et premier pays d’Amérique du sud à être entré à l’OCDE en 2010, le Chili se distingue par une utilisation stratégique des énergies renouvelables dans le secteur agricole, permettant une amélioration de la production, une diversification des cultures et une réduction des coûts. Le pari d’un avenir vert durable serait-il en passe d’être réussi dans ce pays du bout du monde ?

L’ambitieuse agriculture chilienne
Le secteur agricole chilien a subi de profonds changements au cours des dernières décennies : après un développement national dans les années 1980, il s’est ouvert à l’international jusqu’à devenir l’un des piliers économiques du pays. Long de 4200 km, coincé entre les Andes et le Pacifique, le Chili s’appuie sur des avantages naturels indéniables : sa géographie particulière réduit l’impact des épidémies et offre une grande variété d’écosystèmes agricoles, avec une saisonnalité opposée à l'hémisphère Nord. Il compte 301 376 exploitations agricoles et d’élevages, réparties sur une superficie totale de plus 51 millions hectares. Seules 7,6 % d’entre elles occupent plus de 100 hectares, mais ces dernières constituent 93 % de la surface agricole disponible. 44 % des ventes du secteur agricole sont réalisées à l’extérieur, dont 55 % provenant de l’agriculture industrielle, en particulier les fruits et légumes. Le Chili se positionne parmi les 10 principaux pays exportateurs mondiaux et s’illustre notamment sur les produits déshydratés comme les pommes et pruneaux. Ses fruits et légumes congelés, huile d’olive et jus de fruits sont également très demandés, notamment aux Etats-Unis, en Russie et au Royaume-Uni.

Source : ODEPA, Panorama de l’agriculture chilienne 2015

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