Produits phytosanitaires Sans pesticides, le problème des impasses technologiques sur les cultures

AFP

Paris, 1 avr 2016 (AFP) - En attendant le changement de culture et de pratiques dans le monde agricole, prôné par écologistes et chercheurs, la suppression de plusieurs molécules pesticides jugées dangereuses a créé des impasses technologiques difficiles à résoudre.

Mi-mars, les producteurs de blé et de maïs se sont insurgés contre l'interdiction programmée pour 2018 des néonicotinoïdes, insecticides néfastes aux abeilles. Ils s'estiment ainsi totalement privés « de solutions efficaces pour lutter contre les ravageurs des cultures ».

Le ministre de l'agriculture, Stéphane Le Foll, avait appelé les députés à ne pas adopter des « interdictions brutales », tout en demandant à l'Anses, autorité sanitaire chargée de délivrer les autorisations de mise sur le marché des produits phytosanitaires, d'évaluer l'existence de produits ou pratiques de remplacement efficaces.

Certes, les fabricants de pesticides, comme cette semaine ceux de glyphosate - composant du célèbre Roundup de l'américain Monsanto - s'empressent d'utiliser l'argument, à grands renforts de sondages sur l'« utilité » de leur produit et « l'impasse technique qui résulterait de son retrait ». Mais sur les néonicotinoïdes, il y a en effet « un vaste problème, car ce sont des molécules très utilisées, qui concernent beaucoup de productions. En traitement curatif, il n'y a pas pour l'instant de solution qui ait la même efficacité », reconnaît Christian Lannou, responsable de l'unité santé des plantes et environnement à l'INRA.

Autre exemple emblématique, celui des cerises, récemment privées de diméthoate, un insecticide destiné à lutter contre un moucheron ravageur. L'interdiction menace la survie économique des producteurs, affirment les syndicats agricoles.

Les maraîchers n'ont plus droit aux nématicides, sans équivalent pour éradiquer les petits vers s'attaquant aux carottes ou aux pommes de terre.

Et côté vigne, la maladie de l'esca, due à des champignons, a beaucoup progressé depuis l'interdiction de l'arsenic pour protéger le bois.

Parfois, l'impasse peut aussi venir de l'interdiction de la technique d'application du produit, comme les épandages aériens qui mettent en difficulté les riziculteurs de Camargue ou les viticulteurs travaillant sur des terrains pentus difficiles d'accès.

Mais les scientifiques comme les experts du ministère de l'agriculture et les écologistes s'accordent sur un point : la plupart de ces impasses viennent d'années d'utilisation systématique et peu réfléchie de la chimie, qui laisse les agriculteurs démunis lorsqu'on leur retire le produit. Pour l'esca par exemple, « le fait de pouvoir utiliser (l'arsenic) a longtemps empêché de se poser les bonnes questions. On se rend compte aujourd'hui que ce sont souvent les mauvaises pratiques qui ont favorisé ces maladies, notamment dans la manière de tailler les vignes », avec des sécateurs mécaniques plus rapides mais qui entaillent plus profondément le bois, favorisant la pénétration des champignons, explique Pascal Lecomte, spécialiste du vignoble à l'Inra Bordeaux. Environ 15 % du vignoble français est atteint, en particulier en Charentes.

Pour éviter de remplacer la chimie par la chimie, il faut « associer plusieurs méthodes de lutte », comme renouer avec les rotations de cultures, insiste Christian Lannou de l'Inra, où une cinquantaine de chercheurs sont mobilisés pour développer des variétés plus résistantes aux maladies, ainsi que des solutions dites de biocontrôle, non-chimiques et utilisables en agriculture bio, pour un budget de 7,5 millions d'euros par an.


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