; Rôle des insectes auxiliaires des cultures - Préserver la faune utile

Auxiliaires des cultures Une armée de mandibules et d’élytres à votre service

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La plupart des ravageurs des cultures possèdent un cortège d’ennemis naturels qui contribuent à limiter leur pullulation. La proximité d’une haie, le bord de champ lui-même, en leur offrant gîte et couvert, favorisent la présence de ces prédateurs, et ce aux dépens des nuisibles.

Haie récemment plantée.700.000 km de haies ont disparu depuis les années 50. La destruction de la végétation environnante des parcelles, réservoirs d’ennemis naturels, favorise pourtant les prédateurs des cultures. (©Terre-net Média)

Les enjeux pour l'agriculteur : Hervé Mesnard, agriculteur sur 160 ha à Querrieu (Somme).

« Globalement, je construis l’itinéraire technique de mon exploitation de manière à avoir le moins possible à traiter. Je raisonne avant tout en préventif concernant les maladies, les adventices mais aussi les ravageurs. C’est à ce niveau qu’entre en jeu la faune auxiliaire.

Hervé MesnardHervé Mesnard : « Tout mettre en
œuvre pour ne pas avoir à intervenir. »
(©Terre-net Média)

Pour préserver les auxiliaires du sol, je ne fais plus de labour sur la majorité de l’exploitation et, depuis trente ans, je couvre mes terres en interculture. Grâce à cela, j’observe en masse lombrics, carabes et collemboles. Mes compteurs dénombrent 150 lombrics/m², un niveau digne de l’agriculture biologique.

Dans la plupart des cas, je peux compter sur mes carabes pour limiter les limaces. Je surveille quand même les populations et j’interviens quand les seuils sont dépassés. Je n’ai pas mis d’antilimace depuis quinze ans. Il n’y a que le colza qui fasse exception. Je ne prends pas le risque d’exposer les jeunes pousses aux limaces grises. Le potentiel de nuisibilité est trop important.

En blé, je choisis des variétés résistantes aux insectes. Sur cinq, trois sont tolérantes à la cécidomyie et deux, des blés barbus, aux pucerons. En saison, je surveille le niveau des populations par rapport aux seuils d’intervention. Je n'applique plus d’insecticide en végétation depuis longtemps. A l’automne, en revanche, en l'absence d'auxiliaire, je traite quand le nombre de pucerons devient critique. De même pour les plants de pommes de terre, qui ne tolèrent aucune attaque. En fécule par contre, j'observe s'il y a des larves de coccinelles et de syrphes. Si j'en repère, je les laisse se charger des pucerons, sinon j’agis.

Des corridors écologiques

En colza, je surveille l’arrivée des charançons à l’aide des cuvettes jaunes. Je traite en cas de dépassement du seuil. Ces insectes colonisent les parcelles par vol massif, ce qui rend impossible leur contrôle par un auxiliaire. Contre les méligèthes, j’implante une variété plus précoce sur 5 % de la parcelle. Les insectes, attirés par celle-ci, épargnent l’autre.

Pour le reste de la faune utile, je renforce les corridors écologiques. Je viens de planter une haie basse de 400 m qui relie une pâture à un bois. J'ai choisi un mélange de sept essences pour leur intérêt écologique. Le sureau et le cornouiller, par exemple, constituent une réserve de nourriture pour les auxiliaires. Le noisetier, lui, est utile aux pollinisateurs. D’autres arbustes produisent des baies appréciées des passereaux. »

L'avis de l'expert : Johanna Villenave-Chasset, entomologiste, spécialisée dans les insectes auxiliaires en lien avec le paysage.

Le contrôle biologique consiste à maintenir les populations de ravageurs sous le seuil de nuisibilité. Les auxiliaires peuvent y participer. Pour les favoriser, il faut leur fournir un habitat, des lieux de reproduction, des ressources alimentaires, des refuges, des sites d’hivernage. Parmi les auxiliaires, les coléoptères regroupent trois familles majeures : les coccinelles, les carabiques et les staphylins.

Larves de coccinelles.Larves de coccinelles. (©Terre-net Média)

La plus commune des quelque 80 espèces de coccinelle est celle à sept points. Elle se nourrit de pucerons, de cochenilles, d'acariens et même d’oïdium pour l’une d’entre elles. Tant à l’état larvaire qu’adulte, les coccinelles consomment des insectes, avec un pic d’activité au printemps, dès que la température dépasse 12°C. Elles peuvent alors ingurgiter jusqu’à 60 pucerons par jour.

Les carabes regroupent également plus de 80 espèces de différentes tailles. Les petits grimpent sur la végétation pour atteindre les pucerons et autres ravageurs à corps mou. Les plus gros, très voraces, restent au sol et interviennent à tous les stades de développement des coléoptères, chenilles, pucerons, limaces et escargots. Certains sont prédateurs efficaces des larves de doryphore et des nymphes de charançons.

Le chrysope appartient à l’ordre des névroptères. Les larves peuvent manger jusqu’à 500 pucerons durant leurs quinze à vingt jours passés à ce stade. Elles saisissent leur proie avec leurs mandibules et en aspirent le contenu. Les chrysopes hivernent dans les bâtiments, les greniers ou des boîtes d’hivernage et sortent quand la température dépasse les 10°C. L’insecte peut parcourir 40 km en une nuit s’il ne trouve pas où se poser.

Les syrphes, malgré leur ressemblance avec les abeilles ou les guêpes, sont des diptères. Leur vol stationnaire ponctué de brefs déplacements latéraux est très caractéristique. Les larves, très voraces, consomment entre 250 et 400 pucerons, et d’autres insectes comme la cochenille ou le psylle, au cours de leur développement qui dure entre 8 et 15 jours. Les endroits frais, riches et variés en végétation (bordures de bois, d’étang, bandes fleuries et graminées) sont propices à leur installation.

Les hyménoptères regroupent le plus grand nombre de familles dont certaines parasitent les insectes nuisibles. L’auxiliaire pond un œuf dans le corps du puceron. La larve se développe en se nourrissant des organes de sa victime et se nymphose, toujours à l’intérieur. Le puceron parasité, alors appelé momie, prend un aspect gonflé et une couleur jaunâtre ou noire facilement reconnaissable au sein des colonies. Les hyménoptères vivent dans les strates végétales basses. Les bandes fleuries ou de légumineuses lui conviennent parfaitement.

Aménagements adéquats

Avec les aménagements adéquats, les pucerons sont les bio-agresseurs les plus faciles à réguler. A défaut de haies, les bandes enherbées ou fleuries composées de trèfle, luzerne, sainfoin, mélilot, sarrasin, phacélie, tournesol… attireront les auxiliaires mais également les pollinisateurs. Ils sont également très friands des vesce, féverole et fétuque, à floraison précoce, au mois de mai. Les micro-hyménoptères par exemple sont cinq fois plus nombreux sur légumineuses que sur graminées.

Hôtel à abeilles.Hervé Mesnard adhère au réseau Auxiprod et,
dans ce cadre, opère des comptages réguliers
des auxiliaires dans ses parcelles. (©Terre-net Média)

Dans le même esprit, il faut veiller à supprimer les plantes hôtes des ravageurs de l’environnement de vos parcelles. Une bordure semée de fétuque et dactyle est favorable aux prédateurs des pucerons de la betterave sans risque d’infestation d’adventices ou de virus pour la culture. Il faut compter deux ans pour que les aménagements portent leurs fruits sur le niveau de la faune utile.

Dans les situations où le seuil de tolérance est juste atteint par le ravageur, avec des auxiliaires en activité, il est possible de ne pas intervenir immédiatement. Surveillez alors l’évolution du ravageur et de ses antagonistes. En cas de traitement, privilégiez les produits sélectifs qui assurent la destruction des insectes nuisibles tout en épargnant leurs ennemis, soit par leurs propriétés physicochimiques, soit par leur positionnement dans l’espace et le temps.


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