; Raisonner la fertilisation des colzas quand les engrais sont chers
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Flambée du cours des engrais Faut-il réduire ses apports sur colza ?

Corteva

Considérant l’explosion du prix des engrais azotés ces derniers mois, faut-il revoir à la baisse la fertilisation des colzas ? Après une étude économique très détaillée, Terres Inovia conclut qu’il n’est en général pas rentable de chercher à économiser sur la dose d’azote.

Parcelle de colza à la fin de l'automneComment raisonner la fertilisation du colza en cette année particulière ? (©Corteva)

Le prix des engrais, et en particulier des engrais azotés, a flambé ces derniers mois, et on peut se demander si sur le plan économique, il n’est pas intéressant de réduire ses apports d’azote sur colza, quitte à pénaliser légèrement son rendement d’autant plus que le prix de la graine de colza est toujours à des niveaux records. Pour apporter une réponse très précise aux agriculteurs, l’institut technique Terres Inovia a repris les résultats de 52 essais « courbe de réponse du rendement à la dose d’azote » qu’il a adaptés aux prix des engrais et du colza de 2021 et 2022.

Rester sur la dose conseillée

« Cette étude montre qu’il n’est en général pas justifié de chercher à économiser sur la dose d’azote, constatent les responsables de Terres Inovia. La dose dite économique correspond généralement à la dose conseillée par la Réglette Azote. » Dans les essais de Terres Inovia, une baisse de 40 u N par rapport à la dose conseillée fait perdre 1,5 à 2 q/ha en moyenne. La perte de rendement pénaliserait la rentabilité de la culture. Il faut d’ailleurs noter que le prix des engrais a grimpé, mais celui du colza s’est aussi réévalué, même si ce n’est pas dans les mêmes proportions.

Des exceptions

Cette étude montre aussi que lorsque le ratio « Prix du colza (en €/tonne) sur Prix de l’azote (en €/100 kg N) » est inférieur à 2,7, une économie d’au moins 20 kg N/ha peut être envisagée sans pénaliser la performance économique de la culture. C’est le cas lorsque l’ammonitrate 33,5 a été payé 700 €/tonne soit 2,09 €/unité, et que le colza est vendu 550 €/t. Le ratio « Prix du colza sur prix de l’azote », est alors de 550/209, soit 2,63.

Utiliser la Réglette Azote

« Plus que jamais, il est important de calculer la dose prévisionnelle d’azote au plus juste », insiste Luc Champolivier de Terres Inovia.  Il conseille pour cela soit d’estimer la biomasse en entrée et sortie d’hiver, et d’avoir recours à la Réglette Azote, soit d’utiliser des outils d’estimation indirecte par satellites, drones ou photo smartphone. 

En cas de pénurie

Si au printemps, on ne parvient pas à se procurer les quantités d’azote que l’on a prévu d’acheter, les apports d’azote devront être réduits d’office. Dans ce cas, comment répartir au mieux la fertilisation dont on dispose ? Les essais de Terres Inovia montrent que le rendement est moins pénalisé par une baisse de la fertilisation azotée, par rapport à l’optimum, dans les parcelles où l’apport prévisionnel est inférieur à 150 u N, c’est-à-dire celles avec de gros colzas, des fournitures du sol en azote élevées, celles qui ont reçu des apports organiques ou avec un objectif de rendement faible.

Apporter l’azote quand la plante en a besoin

« Dans tous les cas, il faudra veiller à maximiser l’efficacité des apports d’azote en les synchronisant avec les besoins de la culture », souligne Luc Champolivier. Il conseille notamment de ne pas effectuer d’apport précoce, avant le décollement de la tige (stade C2), sur des colzas moyens à gros, car ces colzas ont des réserves suffisantes. En revanche, pour accompagner la reprise des petits colzas, un premier apport précoce, d’environ 40 à 60 unités d’azote, peut être effectué à la reprise de la végétation (stade C1-C2). « Attention, toutefois, car la capacité d’absorption initiale de ces colzas est faible en sortie hiver, précise le responsable de Terres Inovia. Un risque de lessivage de l’azote apporté au-delà des capacités d’absorption racinaire n’est pas à exclure. »

Et pour le soufre ?

« Le colza est aussi une plante très exigeante en soufre, remarque Luc Champolivier. Une carence forte en soufre peut induire une perte de rendement de 10 à 20 q/ha, surtout en sols sableux ou à enracinements déficients. » Dans ce type de sols, des apports de soufre sont à réaliser sans réduire la quantité par rapport à la dose conseillée par Terres Inovia, à savoir, 75 kg SO3/ha sous forme de sulfate. « Le soufre apporté sous forme minérale a cependant une efficacité aléatoire », indique-t-il. Terres Inovia estime ainsi, qu’à « dire d’experts », il est possible de réduire les apports de soufre en cas d’apports réguliers de matières organiques.

Le phosphore, indispensable dans certains sols

Le prix de l’unité de phosphore a aussi beaucoup augmenté. Il a doublé entre juillet 2020 et juillet 2021. Est-il possible là encore de réduire, voire de se passer des apports, pour limiter le coût de production de ses colzas ? « Le colza est une culture moyennement exigeante en potasse mais très exigeante en phosphore, ajoute Luc Champolivier. Dans une série de cinq essais que nous avons conduits en sols pauvres, une carence en phosphore a provoqué des pertes de rendement de 6 à 16 q/ha. La carence se traduit par un déficit de croissance du colza à l’automne qui peut aller jusqu’à la mort de la plante. » Dans les sols pauvres, il recommande de ne pas faire d’impasse et a calculé que l’optimum économique correspond bien à la dose de phosphore conseillée. Pour lui, « dans les sols bien pourvus, on peut faire l’impasse une année, sans répercussion dramatique sur la marge. »

Article publié initialement le 09/02/22 à 12h11.

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