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Agriculture connectée Les stations météo deviennent des outils d’aide à la décision

Cécile Julien Terre-net Média

La météo est le sujet de conversation surtout en agriculture où elle conditionne les travaux et influence les risques pour les cultures. Les stations météo connectées permettent l’échange d’informations pour alimenter des modèles agronomiques toujours plus pertinents.

Météus Les stations Météus sont connectées avec les modèles Arvalis de prévision des cinq principales maladies fongiques du blé. Ici la station météo connectée de Clément Degroote, céréalier à Monnay (Orne). (©Isagri)

F ini le pluviomètre dans un coin de la cour et la girouette-anémomètre. Les stations météo deviennent des bijoux de technologies qui communiquent leurs informations et alimentent des Outils d’aide à la décision .

Si pour les stations professionnelles, de telles technologies existent depuis longtemps, ce sont les progrès sur l’autonomie en énergie et en échanges de données qui ont rendu possibles la connectivité des stations individuelles, depuis un champ, loin d’un réseau électrique et d’internet.

« Cela fait 20 ans que le pilotage des cultures intègre les données météo. Avec la connectivité, on gagne en proximité, note Olivier Deudon, administrateur de bases de données météo à Arvalis. Le développement des réseaux à bas débit, comme Sigfox et LoRa, a permis de faire communiquer à distance les stations météo, dans pratiquement tous les territoires ruraux ».

Depuis deux ans, l’offre de stations météo connectées s’élargit avec le lancement de start-up (Sencrop, Weemat ou encore Visiogreen) ou d’entreprises qui diversifient leurs activités (Météus d’Isagri).

Du relevé à l’outil d’aide à la décision

Une station météo abrite de nombreux capteurs. Température, humidité, pluviométrie, pression atmosphérique, vitesse et direction du vent pour les modèles plus simples, durée d’ensoleillement, rayonnement UV, température au sol, humidité des feuilles pour les modèles spécialisés en arboriculture et viticulture. Toutes ces informations sont analysées et « traduites » en conseils précis et ultra-localisés, pour organiser ses chantiers, évaluer les risques de maladies

Pour s’assurer que ces nouvelles stations sont fiables, Arvalis a testé deux modèles disponibles sur le marché, en lien avec son programme Miléos de suivi du mildiou sur pommes de terre. « C’est un outil assez sensible, explique Olivier Deudon. On voulait vérifier la fiabilité des stations météo individuelles par rapport aux données Météo France. S’il y a bien quelques variations dans les données, elles ne perturbent pas l’analyse. L’agriculteur reçoit le même conseil et c’est ce qui lui importe ».

Application Météus L'application Météus. (©Isagri)

Car, au-delà de la partie technique de la station en elle-même, son intérêt tient à la pertinence des OAD qu’elle alimente. Chaque fournisseur a développé de tels outils, consultables depuis son smartphone ou sa tablette. « L’application sur smartphone permet de consulter n’importe quand ses données, de recevoir des alertes » explique Cécilia Goret, chef de projet Météus chez Isagri, dont les stations sont connectées avec les modèles Arvalis de prévision des cinq principales maladies fongiques du blé . Des outils spécifiques arbo et viti sont annoncés pour 2018. La société informatique relie la station à son logiciel de gestion parcellaire Geofolia. « Ça permet de gagner en précision et en organisation, souligne Cécilia Goret, par exemple pour la prévision des besoins d’azote. Certaines démarches qualité demandent déjà de renseigner les conditions météo ». Car, la connectivité des stations météo est aussi une réponse aux exigences réglementaires : « l’utilisation d’une station météo contribue à des applications mieux ciblées, estime Olivier Deudon. On passe de traitements systématiques à un pilotage tactique, donc à une réduction des applications phytosanitaires ».

Partage de données entre agriculteurs

L’échange des données météo va bien au-delà de sa seule exploitation. Autour de chaque système, se sont créées des plateformes collaboratives. « Dans Météus, il y US, nous en anglais, pour mettre en avant le principe de communautés : si tu apportes des données, tu vois celles des autres, explique Cécilia Goret. Un agriculteur qui a plusieurs sites éloignés peut ainsi consulter les données d’un collègue pour éviter de mettre une station dans chaque îlot ». La mise en commun des données alimente des modèles agronomiques pour améliorer les conseils et les prévisions. « Les agriculteurs mettent à disposition leurs données et, en retour, ont accès à celles des autres, schématise François Pinet, de l’Irstea.

Le prochain défi est de faire que toutes les données, celles des stations météo, des différents capteurs présents sur une exploitation, soient compatibles. Que tout le monde parle la même langue ». Ce travail collaboratif améliore aussi le fonctionnement des stations. « Les utilisateurs de Météus peuvent nous suggérer de nouveaux indicateurs qui leur semblent pertinents, annonce Cécilia Goret. Prochainement, nous allons lancer un partage communautaire des alertes grêles, comme le système Waze pour les radars. Un agriculteur qui reçoit une averse de grêle pourra signaler sa localisation à toute la communauté ».

Si vous voulez vous équiper, la gamme de prix est large, de quelques centaines d’euros à plusieurs milliers, selon le nombre de paramètres enregistrés et les modèles de prévision. S’y ajoutent les abonnements aux services d’échanges de données (réseaux à bas débit comme Sigfox ou LoRa) et aux outils d’aide à la décision, de quelques dizaines d’euros à plus de 100 par mois.

Les agriculteurs d’Eure-et-Loir conçoivent et testent leur propre station

« Les agriculteurs ont besoin d’une station performante avec des capteurs précis et à un prix raisonnable, dans les 1.000 euros », dresse comme préambule Jérôme Damy, chargé de projets innovation et numérique à la Chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir. L’organisme consulaire a donc décidé de tester son propre modèle en partenariat avec des industriels. « On n’est pas des spécialistes de capteurs mais de l’expertise agronomique, poursuit Jérôme Damy. Notre but est d’agréger des données fiables et utiles à l’agriculteur pour organiser ses chantiers et décider de ses traitements avec des conseils géolocalisés ». La différence par rapport aux différentes stations du marché, « la centralisation de différentes sources d’informations (par exemple la station météo, des sondes de température dans les silos) sur une seule interface. En testant chez des agriculteurs, on affine les réels besoins, quelle donnée est utile, à quelle fréquence. Notre but est d’apporter le bon niveau d’information pour que l’agriculteur puisse faire ses propres choix ».

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