Semences et guerre en Ukraine
L’UFS redoute « au minimum deux ans très perturbants pour les marchés »

Grand producteur agricole, l’Ukraine est la deuxième destination, hors UE, pour les exportations de semences françaises. Si 70 à 90 % des semences exportées sont entrées dans le pays, la production agricole ukrainienne ne devrait pas dépasser 60 % de la production d’une année normale. Or, la production semencière française pourra difficilement être augmentée pour soutenir l’Ukraine l’année prochaine, prévient l’UFS qui demande aux pouvoirs publics de la visibilité et des solutions adaptées aux besoins spécifiques du métier de semencier. (Article paru initialement le 14 avril 2022 à 18h02)

Suite aux conséquences de la guerre en Ukraine, l'UFS demande des politiques publiques mieux adaptées à la production semencière. (©Pixabay)
Suite aux conséquences de la guerre en Ukraine, l'UFS demande des politiques publiques mieux adaptées à la production semencière. (©Pixabay)

 

Pour ses cultures de printemps, l’Ukraine importe un tiers de ses semences de France, et produit le reste, a rappelé Claude Tabel, président de l’Union française des semenciers (UFS), le 14 avril. Pour les entreprises semencières de l’Hexagone, le pays constitue, hors Union européenne, la deuxième destination à l’export, et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires.  

La guerre déclenchée par la Russie a logiquement compliqué les livraisons et engendré des difficultés dans la fourniture de semences, mais les activités reprennent depuis début avril. « Globalement, 75 % à 90 % des semences sont arrivées dans le pays, mais il reste des incertitudes », souligne Claude Tabel, car rien ne dit que ces semences arriveront jusqu’aux agriculteurs, ou que ces derniers auront les moyens de produire (manque de carburant, de main d’œuvre…).

Des entreprises françaises fragilisées

La situation affecte aussi les entreprises semencières françaises, car en plus des exportations, les activités de production et de recherche en Ukraine représentent au total 400 millions d’euros de chiffres d’affaires, rappelle l’UFS. L’organisation a interrogé ses membres pour dresser un premier bilan de la crise : les entreprises ayant répondu estiment la baisse de leur chiffre d’affaires à 20 %.

Les risques de ne pas être payé sont également plus importants, sans compter que les assurances se désengagent automatiquement en cas de guerre, qui est un cas de force majeure. « Nous sommes en discussion avec le Gouvernement dans le cadre du plan de résilience pour voir si les solutions proposées peuvent être adaptées aux besoins spécifiques de notre métier », explique le président de l’UFS.

Des répercussions à plus long terme

Les semenciers alertent en effet les pouvoirs publics sur la nécessité d’avoir « des lignes directrices les plus claires possibles », rappelle Claude Tabel. « Très probablement, la production agricole en Ukraine atteindra au mieux 60 % d’une production normale. Il y aura un fort impact sur production de semences en 2022, d’autant plus qu’il y a des questions logistiques, de place dans les silos… », explique-t-il. La situation est également préoccupante pour les semences destinées aux agriculteurs multiplicateurs, « nécessaires à la mise en place des plans de production de semences pour l’année prochaine », indique également l'UFS. Ainsi, « l’année 2023 et peut-être même les suivantes vont être très impactées, ce qui va donc se traduire sur la récolte de 2023, donc aussi les exportations et la consommation de 2024 », précise le président de l'UFS qui craint « au minimum deux ans très perturbants pour l’ensemble des marchés ».

« Nous avons voulu alerter sur cette difficulté-là », insiste Claude Tabel, « nous sommes dans un métier de long terme et d’anticipation ». Pour le président de l’UFS, les politiques publiques, élaborées avant le conflit, doivent prendre en compte la nécessité de sécuriser et d'améliorer la production semencière pour permettre de produire suffisamment de semences en 2023 et ainsi soutenir l'agriculture ukrainienne.

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