Datas et crédits carbone Antoine Gilbert (Sysfarm): « Apporter un complément de revenu aux agriculteurs »

Olivier Joly Terre-net Média

Avec deux autres ingénieurs agricoles sortis d’UniLasalle, Antoine Gilbert a cofondé la startup Sysfarm, spécialisée dans le négoce de l’immatériel. Objectif : proposer un complément de revenu aux agriculteurs par la valorisation de leurs données et de crédits carbone.

Antoine Gilbert est ingénieur agricole, issu de l'école UniLasalle. Avant de se lancer dans le projet Sysfarm, il a passé trois ans au sein d'Agriconomie.Antoine Gilbert est ingénieur agricole, issu de l'école UniLasalle. Avant de se lancer dans le projet Sysfarm, il a passé trois ans au sein d'Agriconomie. (©Sysfarm, Fotolia)

Terre-net : Comment la société Sysfarm est-elle née ?

Antoine Gilbert : Ayant son siège à Souppes-sur-Loing (Seine-et-Marne), l’entreprise est née en septembre 2020 de la volonté d’apporter un complément de revenu aux agriculteurs. Cela nous a amenés au crédit carbone et à la revente des données des exploitations.

Terre-net : En quoi consiste le crédit carbone ?

A.G. : Des entreprises sont prêtes à faire de la compensation volontaire. Elles n’ont pas l’obligation légale de réduire leurs émissions de CO2. Néanmoins, la démarche les intéresse. Elles achètent donc des crédits de CO2 à des agriculteurs et les accompagnent dans leur transition agroécologique.

Terre-net : Comment le crédit carbone se calcule-t-il ?

A.G. : Il existe plusieurs méthodes. La principale, le label Bas carbone, est en cours de validation par le ministère de la Transition écologique.

Terre-net : Quelles pratiques les agriculteurs doivent-ils mettre en place ?

A.G. : Elles reposent sur deux axes. Le premier vise à diminuer les émissions de CO2 de l’exploitation. Cela passe par une réduction du travail du sol, du labour et de la consommation de carburant ou encore par la substitution d’intrants organiques aux engrais minéraux.

Une exploitation de 140 ha peut espérer un revenu brut annuel compris entre 2 000 euros et 4 000 euros.

La seconde voie consiste à augmenter le stockage du carbone dans le sol grâce à des couverts végétaux, des légumineuses, des prairies permanentes et de l’agroforesterie (arbres et haies). En fonction des choix de l’agriculteur, on calcule la quantité potentielle de CO2 qui sera stockée pendant cinq ans. Une exploitation de 140 ha peut espérer un revenu brut annuel compris entre 2 000 euros et 4 000 euros.

Terre-net : Qu’en est-il des exploitants qui pratiquent déjà le semis direct ou l’agriculture de conservation des sols ?

A.G. : On calcule le delta entre les pratiques de l’exploitation et un éventuel retour à un système conventionnel (labour, moins de couverts végétaux etc.). Et l’agriculteur est rémunéré en conséquence.

Terre-net : Cela conduit à la gestion des données…

A.G. : Les pratiques des agriculteurs génèrent de nombreuses informations : surfaces, cultures, intrants, etc. Avec la digitalisation, pourquoi ne pas revendre les données que l’exploitant communique ? Par exemple, il achète de l’ammonitrate 200 euros la tonne à son fournisseur. Pour favoriser la concurrence, nous démarchons un autre opérateur sans que celui-ci connaisse le nom de l’agriculteur. Nous facturons l’envoi d’une publicité par courrier postal, SMS ou courriel. À chaque prestation, nous restituons 90 % de la marge à l’agriculteur et nous gardons 10 %. Nous pratiquons le même système pour le crédit carbone.

Terre-net : Les données des agriculteurs sont-elles protégées ?

A.G. : Pour être honnête, nous disposons de quelques milliers de données. Celles-ci sont stockées sur des tableaux Excel. Nous songeons à créer un serveur afin d’être indépendant des grands opérateurs. En revanche, nous sommes certifiés Data Agri. Ce label mis en place par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs apporte une garantie. Par ailleurs, des acteurs du machinisme ou de la distribution souhaiteraient connaître leur part de marché. Là aussi, des informations pourraient être vendues et le bénéfice serait restitué aux agriculteurs.

Terre-net : À quels types d’exploitations vos solutions s’adressent-elles ?

A.G. : Elles s’adressent à tout le monde. Nous sommes en contact avec des viticulteurs et des arboriculteurs pour les données. En revanche, pour le moment, nous nous concentrons sur les grandes cultures pour le carbone.

Terre-net : Avec combien de partenaires travaillez-vous ?

A.G. : Nous avons des échanges avec 170 agriculteurs et divers groupements. Tous ne sont pas engagés mais le crédit carbone les intéresse. Pour les reventes, nous sommes en contact avec une dizaine d’entreprises. L’une d’elles se dit même pressée. Nous attendons la finalisation de la méthode Bas carbone. Concernant les données, nous travaillons avec une vingtaine d’acteurs. Quelques prestations sont prévues à court terme.

Pour le crédit carbone, nous espérons avoir 1 500 agriculteurs partenaires d’ici la fin 2021.

Terre-net : Et, à moyen terme, quels sont vos objectifs ?

A.G. : Pour le crédit carbone, nous espérons avoir 1 500 agriculteurs partenaires d’ici la fin de l’année. Pour les données, c’est plus aléatoire. Des négociations sont à mener sur les tarifs et les informations que les exploitants communiqueront. Plus celles-ci seront massives et précises, plus nous générerons de la valeur ajoutée pour les agriculteurs. 


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