Apprentissage Aprioris, mobilité, réticences... plusieurs freins encore à son essor

Nicolas Mahey Terre-net Média

Pour la troisième année consécutive, le nombre d’apprentis en formation agricole est en hausse. Mais malgré une demande forte des employeurs et la prolongation des aides à l’embauche, des freins persistent. Témoignages de chefs d’établissements.

jeunes dans un champMême si l'apprentissage séduit de plus en plus de jeunes en agriculture, travailler sur la connaissance et l'image du métier permettrait d'en attirer encore davantage. (©Pixabay)

L'apprentissage agricole se porte bien. Selon www.educagri.fr, 36 726 apprentis étaient inscrits dans un CFA (centre de formation d'apprentis) à la rentrée 2020-2021, soit une augmentation de 19 % par rapport à l’année précédente.

36 726 apprentis inscrits en CFA pour la rentrée 2020-2021.

Une tendance que confirme Jean-Philippe Audrain, trésorier de la Fédération nationale des directeurs de CFA. Le campus de La Mouillère à Orléans qu’il dirige, accueille depuis la rentrée 15 % d’apprentis en plus. À l’Institut de Genech près de Lille, plus ancien établissement d'enseignement agricole de France, la hausse atteint 25 %. Même son de cloche du côté de l’Union nationale des maisons familiales et rurales.

L’aide à l’embauche à nouveau prolongée

Des chiffres à relativiser selon Amédée Hardy, directeur du CFA de Canappeville (Eure) : « Depuis la réforme de ce mode d'enseignement en 2018, on observe un report des contrats de professionnalisation vers l’apprentissage. En termes de statut, celui-ci est aujourd’hui majoritaire mais je ne suis pas sûr qu’en Normandie, les effectifs aient si fortement augmenté. En tout cas, le nouveau dispositif est plus avantageux pour les employeurs. »

En savoir plus sur la réforme de l'apprentissage

La majoration de l’aide à l’embauche d'un apprenti (5 000 € maximum s'il a moins de 18 ans, 8 000 € maximum s'il est majeur) vient en effet d’être à nouveau prolongée par Jean Castex jusqu’à la fin de l'année 2021, à cause de la crise sanitaire. La demande reste forte : toujours selon Jean-Philippe Audrain, « le secteur agricole est en recherche permanente de compétences et d'apprentis. Cette année encore, il n'y a pas assez de jeunes pour couvrir les besoins ».

Forte demande dans le secteur agricole.

Des obstacles bien identifiés

- Distances en zone rurale
- Image de l'agriculture
- Méconnaissance
- Méfiance des parents

Pourtant, quelques obstacles persistent. « Certains jeunes ne sont tout simplement pas encore employables, reprend le chef d’établissement. La mobilité pose aussi problème. L’équation "domicile - CFA - lieu de travail" n’est pas toujours facile à résoudre en zone rurale. » Parmi les obstacles figure également la perception négative du métier d’agriculteur : horaires atypiques, pénibilité, salaires bas et, plus globalement, une « représentation datée et peu valorisante du paysan ».

« Pour recruter, la difficulté c’est aussi accéder au public de l’éducation nationale”, ajoute Frédéric Watine, directeur adjoint à l'Institut de Genech. « Toucher ces jeunes, notamment via internet, est un enjeu fort ». Des mini-stages de découverte peuvent être mis en place à destination des collégiens et lycéens. Mais parfois, c’est la famille qui décourage. « On le constate lors des journées portes ouvertes, témoigne le directeur de Canappeville. Des parents nous disent "notre fils ou notre fille veut se diriger vers l’agriculture, nous ne sommes pas emballés". Il y a des craintes. »

Certaines filières encore réticentes à recruter

Les freins à l’embauche d'apprentis sont aussi du côté des employeurs. Pour Amédée Hardy, « certains agriculteurs n’ont pas intégré qu’ils dirigent des entreprises comme dans l’industrie ou l’artisanat. Par exemple, l’élevage laitier reste peu employeur de main-d'œuvre. C’est en train d’évoluer, mais donner de l’autonomie et des responsabilités à un salarié demeure difficile. »

Peu de ruptures de contrat.

Arrive-t-il que certains employeurs abusent ? « Oui, reconnaît-il. Mais chez la grande majorité, ça se passe très bien. En Normandie, nous avons chaque année 5 à 7 % de ruptures de contrat, tous secteurs d’activité confondus. Et ce sont les métiers de l’hôtellerie-restauration qui arrivent en tête, suivis par ceux du cheval », pas ceux des productions végétales ou animales.

Comment recrute-t-on un apprenti ? Les étapes à suivre.

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