Avec Hectar Audrey Bourolleau veut former les « entrepreneurs agricoles de demain »

AFP

À 40 ans, elle a décidé de changer de vie. Audrey Bourolleau, ancienne conseillère du président Emmanuel Macron, chausse des bottes d'agricultrice pour créer avec le milliardaire Xavier Niel un vaste campus près de Paris destiné à former les « entrepreneurs agricoles de demain ».

Les inscriptions pour la rentrée de septembre ouvrant en juin, elle sort de sa réserve pour présenter à l'AFP le nouveau venu, baptisé Hectar. Encore en plein travaux, le campus est installé sur le Domaine de la Boissière, un ensemble agricole avec manoir de plus de 600 hectares à Lévis Saint-Nom, dans la Vallée de Chevreuse, au sud-ouest de la capitale.

« J'ai fondé le projet Hectar fin 2019 avec Xavier Niel dans le but d'apporter de la connaissance et de la reconnaissance au métier d'agriculteur », explique la jeune femme, en charge des questions agricoles à l'Elysée jusqu'en juillet 2019. Ils se sont associés dans une société S4H, détenue à 51 % par Audrey Bourolleau et à 49 % par NJJ Exclusive, la holding personnelle du fondateur et principal actionnaire d'Iliad (Free). L'achat du domaine a coûté 19 millions d'euros et les travaux 5 millions de plus.

Objectif affiché du projet d'intérêt général Hectar : « sensibiliser ou former 2 000 personnes par an » aux métiers de la sphère agricole.

Le programme phare de l'école sera tourné vers la formation d'adultes désireux de se reconvertir dans l'agriculture. D'une durée de six mois, « gratuite pour l'apprenant », elle sera dispensée par des agriculteurs et des formateurs professionnels.

« Défi de génération »

« Nous sommes confrontés à un défi de génération très conséquent. En France, 160 000 fermes sont à reprendre d'ici trois ans. Il faut former la prochaine génération », souligne Audrey Bourolleau. Pour les nouveaux entrants qui ne seront pas « dans un schéma de transmission familiale, la marche va être très haute ». « Il faut leur donner des modèles qui tournent économiquement, soient socialement justes et durables ». « Ce que nous voulons leur donner, c'est vraiment une posture de chef d'entreprise agricole », souligne cette diplômée de l'Ecole supérieure de commerce de la Rochelle, venue du monde du vin. Elle a été notamment déléguée générale de Vin et Société, structure de défense des intérêts du secteur, avant de rejoindre début 2016 l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron. « Si nous arrivons déjà à installer 30 porteurs de projet par an, sur l'Ile-de-France, ce serait super », dit-elle.

Face aux défis climatiques, l'école entend mettre l'accent sur les techniques de préservation des sols agricoles. Hectar proposera aussi des formations sur le salariat agricole, en manque de bras.

« Xavier Niel a toujours eu l'engagement de former dans des formats très agiles et innovants, comme ce qu'il a pu faire avec "42" », relève Audrey Bourolleau. Créée en 2013 à Paris, cette école forme gratuitement de jeunes développeurs informatiques. Elle a essaimé depuis en province et à l'étranger. Le campus accueillera également « un accélérateur d'innovation et de start-up » dans le domaine agricole. « Un peu dans l'esprit de ce qu'a fait Xavier Niel avec la Station F » à Paris.

Interrogations

Mais Hectar, c'est aussi une « ferme écrin » dont Audrey Bourolleau, petite-fille d'agriculteurs, née à Niort dans les Deux-Sèvres, est « la cheffe d'entreprise ». « Nous avons fait le choix d'être en bio et en agriculture régénératrice, c'est-à dire que nous ne labourons pas les sols », explique l'ancienne conseillère, qui habite sur le domaine avec son mari et ses deux jeunes enfants. « Nous avons remis en place de l'élevage sur une ferme qui ne faisait plus que de la grande culture ». Le troupeau comprend des vaches laitières et l'exploitation se dotera l'an prochain d'une laiterie.

En mars, la révélation par le magazine Capital du projet Hectar avait suscité des critiques. La chambre d'agriculture, la FRSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) d'Ile-de-France s'étaient interrogés « sur sa finalité idéologique ». « Nous sommes en France. Toute nouveauté n'est jamais consensuelle. Je l'assume pleinement », répond Audrey Bourolleau. Hectar a reçu en revanche une subvention de la région Ile-de-France. Et les candidats potentiels se bousculent déjà. « Dans les profils que nous recevons, il y a des jeunes qui ont fait de hautes études mais qui se posent des questions et se demandent à quoi ils ont envie de consacrer leurs prochaines années. »


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