Produits phytosanitaires Des ONG demandent de tenir la promesse de sortie du glyphosate

AFP

Trois ans après la promesse d'Emmanuel Macron de sortir du glyphosate, abandonnée en chemin, les associations lui demandaient vendredi de tenir sa promesse initiale, tandis que la France pourrait renvoyer la question au niveau européen.

En novembre 2017, le président de la République s'engageait dans un tweet « pour que l'utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans », au grand dam du principal syndicat agricole, la FNSEA.

En janvier 2019, autre discours : la France ne parviendra pas à se passer du glyphosate « à 100 % » en trois ans. « Pas faisable et ça tuerait notre agriculture », estimait le président. Depuis, la France s'est fixé pour objectif de sortir de l'essentiel des usages du glyphosate en 2021, avant une interdiction totale en 2023.

« Jamais un gouvernement n'a autant œuvré sur le glyphosate », a assuré vendredi le ministre de l'agriculture Julien Denormandie dans un tweet.

Les ONG le voient autrement. « Le gouvernement a berné les citoyens en faisant une promesse qu'il ne tient plus », reproche Agir pour l'environnement, faisant valoir que l'agriculture biologique montre qu'il est possible de se passer du désherbant.

« Un conseil de défense écologique pour éclipser une promesse glyphosate non tenue ? », s'interroge Arnaud Schwartz, de France Nature Environnement.

Il manque « de nouveaux moyens financiers pour accompagner les agriculteurs » et « un suivi de l'évolution du glyphosate » s'inquiète de son côté la Fondation Nicolas Hulot.

Selon l'Elysée, le président souhaite porter la question au niveau européen, où pour l'instant seul le Luxembourg s'est engagé à se passer du glyphosate d'ici fin 2020.

L'autorisation actuelle du glyphosate dans l'Union européenne court jusqu'à fin 2022. « Rien ne garantit (qu'une interdiction) sera actée par les 27 en 2022 », s'inquiète Greenpeace.

« Nous allons accentuer l'aide financière aux agriculteurs pour financer cette transition » vers la sortie du glyphosate, a annoncé Julien Denormandie, vendredi soir sur RTL. Le ministre de l'agriculture a précisé que les dispositions seront présentées au Parlement « dans les prochains jours ». « On déterminera, et les montants et les outils », a-t-il ajouté. Pour le ministre, il faut prendre le dossier du glyphosate « dans toutes ses composantes » et « aujourd'hui, le porter au niveau européen et accompagner encore plus fort nos agriculteurs ». Quant à l'échéance de 2022, « il faut qu'on arrive à dire que, de manière générale, on arrête dès lors que nous avons des solutions », a souligné le ministre. « C'est à dire qu'il ne faut laisser aucun agriculteur sans solution », a-t-il poursuivi.

Le glyphosate, désherbant « à large spectre », a été classé comme « cancérogène probable » en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), dépendant de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Un avis que ne partagent pas l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), qui estimait « improbable » qu'il présente un danger cancérogène pour l'homme, et l'Agence européenne des produits chimiques (Echa). Mais des scientifiques et ONG ont dénoncé une évaluation « biaisée » car basée sur des rapports fournis par les industriels.

En France, l'Anses a restreint en octobre, sous six mois, les usages agricoles du glyphosate, qui reste le deuxième produit phytosanitaire le plus utilisé (9 700 tonnes vendues en 2018, contre 8 800 en 2017). Selon une évaluation de l'agence sanitaire, le glyphosate peut être le plus souvent remplacé, en particulier par des moyens mécaniques (désherbage manuel, machines dédiées...) même si cela entraîne un besoin de main d'œuvre supplémentaire.


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