Traités de libre-échange En agriculture, il faut avoir « les mêmes cartes pour jouer »

AFP

Produits phytosanitaires, outils génétiques... l'instauration de règles environnementales équivalentes pour les produits importés et pour les cultures et viande « made in France » permettrait une concurrence plus équitable, juge un cultivateur de lentilles du Berry dans le centre de la France.

lentilles« Les clauses miroirs, c'est aller dans les deux sens, de la réciprocité pour les produits sanitaires » (©PublicDomainPictures de Pixabay )

Dans cette optique, l'instauration de « clauses miroirs » dans les contrats de libre-échange, comme l'ont réclamé vendredi la Fondation Nicolas Hulot et l'interprofession de la viande Interbev, permettrait que « ce soit un peu plus juste pour tout le monde », estime David Gonin, 51 ans, producteur de lentilles dans l'Indre.

« Si on n'a pas les mêmes cartes pour jouer, ça ne va pas », juge M. Gonin, depuis son exploitation de 600 hectares, où il fait pousser chaque année avec sa femme, colza, blé tendre, orge brassicole, notamment... et donc lentilles, le tout en agriculture raisonnée. « Ça fait 30, 40 ans qu'on fait des lentilles », explique à l'AFP M. Gonin, qui a pris la suite de son père. Il en cultive entre 40 et 60 hectares, selon un cahier des charges strict, à travers lequel il vise le « zéro résidu de pesticides ». Une contrainte que ne connaissent pas les producteurs de lentilles du Canada, dont la production a explosé depuis une quinzaine d'années, et qui peuvent utiliser du glyphosate, un herbicide controversé, peu de temps avant la récolte.

« Avant 2012, les résidus de glyphosate sur les grains récoltés devaient être inférieurs à 0,1 milligramme par kilo. Après 2012, l'agence européenne de sécurité alimentaire, l'Efsa, a augmenté ce taux à 10 milligrammes par kilo, 100 fois plus », a expliqué M. Gonin. Pour lui, « c'est clairement pour permettre l'arrivée des lentilles canadiennes sur notre territoire européen ». Alors que la France consomme entre 60 000 et 70 000 tonnes de lentilles, elle importe, selon les années, entre 15 000 et 30000 tonnes, selon M. Gonin, également administrateur de l'Anils (interprofession de la filière légumes secs). « Si on doit produire avec zéro résidu de glyphosate, c'est difficile pour nous, de voir rentrer des lentilles qui peuvent être à deux ou trois milligrammes de glyphosate par kilo », ajoute-t-il. « On est propre (...) mais ça n'est pas valorisé », déplore M. Gonin.

Avoir accès aux mêmes outils génétiques

Autre différence entre le Canada et la France, le matériel génétique à disposition : « aujourd'hui, en France, on n'a pas beaucoup de variétés de lentilles, une verte qui s'appelle Anicia et quelques blondes, et c'est tout », souligne M. Gonin. « Au Canada, ils ont une myriade de variétés, ils ont beaucoup travaillé la génétique », à l'aide des OGM et de nouvelles techniques de mutagénèse, qui font l'objet de sévères restrictions en Europe, ce que déplore M. Gonin. « On est concurrencé par cette génétique canadienne qu'on ne peut pas utiliser », dit il. Il souhaiterait, pour faciliter la production hexagonale, avoir accès aux mêmes outils génétiques que les Canadiens.

« Les clauses miroirs, c'est aller dans les deux sens, de la réciprocité pour les produits sanitaires pour les Canadiens, mais ça pourrait aussi signifier qu'on accepte un peu plus de génie génétique pour nous, en Europe et en France », conclut M. Gonin.


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