[Édito] Faire mieux, d’accord mais à quel prix pour les agriculteurs ?

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Les exigences sociétales sont de plus en plus fortes envers l'agriculture. Mais qui doit en payer le coût ?

MarchéLes exploitants sont prêts à faire encore évoluer les choses, mais tout cela a un coût. Qui va le payer ?  (©Miunicaneurona/Fotolia)

Rechercher une meilleure qualité, produire en utilisant moins de "chimie", améliorer le bien-être des animaux, trouver des alternatives pour dégager un peu plus de revenu. Oui bien sûr tout le monde y est favorable. À commencer par les agriculteurs eux-mêmes. Mais à quel prix ?

« Se remettre en cause pour progresser » et « s’adapter au contexte » sont deux valeurs de base des chefs d’exploitation agricole. Ils travaillent sans cesse à perfectionner leur entreprise.

Même s’ils produisent déjà de la haute qualité, les exploitants sont prêts à faire encore évoluer les choses.

Les demandes sociétales poussent elles aussi à des changements pour satisfaire les consommateurs. Mieux loger les animaux, employer moins de produits phytosanitaires, etc. Même s’ils produisent déjà de la haute qualité, les exploitants sont prêts à faire encore évoluer les choses. Beaucoup le veulent profondément. Mais tout cela a un coût. Qui va le payer ?

Aliments importés de pays moins regardants

• Les agriculteurs ? Non. Les marges sont déjà bien trop faibles. Quand elles existent ! D’ailleurs, ce ne sont pas les gains économiques qui incitent à faire ce métier. La passion est certainement la principale motivation. La crise, longue et profonde, est depuis trop longtemps source de drames financiers et surtout humains. Disparition des fermes, suicides, revenus très bas voire négatifs, agriculture "mise au pilori" (comme l’explique Isabelle dans sa tribune « J'en ai marre de voir mon métier d'agricultrice mis au pilori »). Arrêtons de tirer sur la corde !

•  Les consommateurs ? Oui mais… Dans les enquêtes, ils se disent prêts à payer plus cher pour des produits plus respectueux de l’animal ou de l’environnement. Mais peu passent réellement à l’acte. Si l’agriculture française s’impose des normes drastiques avec des denrées alimentaires à des tarifs plus élevés, les consommateurs risquent donc de se tourner vers des aliments moins chers car importés de pays moins regardants que nous sur les composants chimiques autorisés, les hormones, les OGM ou les conditions d’élevage par exemple. Et tout le monde en pâtirait, du producteur au consommateur. La nation entière y perdrait un fleuron : l’agriculture française et ses agriculteurs, qui fournissent des produits de qualité et façonnent nos paysages.

Réviser le partage de la valeur ajoutée

• Les filières ? Oui. Elles doivent forcément s’appliquer à elles-mêmes les gains de productivité et les économies déjà demandés aux exploitants agricoles. Fournisseurs, transformateurs, distributeurs… : à tous les niveaux, il faut de toute urgence réviser le partage de la valeur ajoutée. Cette demande, renouvelée inlassablement par la profession agricole, reste peu suivie d’effets à ce jour.

La solution passe sans doute par un effort commun, filières et distribution en tête. Et l’État a son rôle à jouer pour donner une direction, surtout si les différents acteurs n’y arrivent pas eux-mêmes. Mais bon sang, qu’attendons-nous ? Les agriculteurs et la France en ont besoin avant qu’il ne soit trop tard.

Pierre Boiteau,  journaliste directeur des rédactions Terre-net Média Pierre Boiteau, journaliste directeur des rédactions Terre-net Média. 

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