Transmission Garder une exploitation attractive pour attirer des jeunes

Émilie Durand Terre-net Média

Avec une installation pour environ deux départs à la retraite, la question de la transmission est stratégique en France. Éric Charbonnier, coach chez Trame, insiste sur la nécessité de rendre son exploitation suffisamment attractive pour favoriser le renouvellement des générations.

jeune agriculteur et agriculteur plus agePour une transmission réussie, cédant et repreneur doivent regarder dans la même direction. (©Budimir Jevtic, Fotolia) 

Éric Charbonnier, formateur et coach professionnel dans le réseau Trame, évoque « une révolution silencieuse » au sujet de la reprise des exploitations agricoles aujourd’hui. « Les candidats veulent s’installer soit parce qu’ils ont des racines dans ce milieu, soit parce qu’ils veulent se tester » parfois après une première expérience en entreprise, explique-t-il lors d’une conférence à la chambre d’agriculture de Corrèze, organisée fin mars pendant le Printemps de la transmission en Nouvelle-Aquitaine.

eric-charbonnier-trame-lors-d-une-conference aux-printemps-de-la-transmissionÉric Charbonnier (à droite) avec Pierre, repreneur hors cadre familial, et Lucien, le cédant. (©Chambre d'agriculture de Corrèze) 

Et les "hors-cadres" ont la part belle dans l’histoire ! « En France, un nouvel installé sur trois ne prend pas la ferme d'un membre de sa famille. En Corrèze, ce taux monte à 40 % », poursuit-il, devant une assemblée d’agriculteurs "cédants". Perplexe, l’un d’entre eux s’exclame : « Ils sont sérieux, ces projets hors cadre familial ? ». Éric Charbonnier le rassure immédiatement, sourire aux lèvres : « Cela fait 30 ans que cela dure ! ». Il insiste ensuite sur les changements que connaît la société française, qui concernent aussi l'agriculture, et sur la nécessité de préparer la transmission de son exploitation, « en la considérant comme un outil de travail et non seulement comme un bien patrimonial ».

Faire perdurer un outil de travail

Il ne s’agit plus forcément de transmettre sa ferme à ses enfants mais de voir perdurer un outil de travail construit tout au long d’une carrière, parfois même par plusieurs générations. « L’œuvre d’une vie pour certains », relève le formateur, qui souligne l’importance de construire un projet de transmission pour l'exploitation.

Danielle Guilbaud, coach-médiatrice spécialiste de la transmission ayant animé une conférence lors du Printemps de la transmission, explique en vidéo que la rencontre entre le cédant et le repreneur est aussi importante que la définition du projet de transmission du futur retraité :

Source : Youtube

Que souhaite le cédant : vendre les terres et les bâtiments pour améliorer sa retraite, favoriser l’installation d’un jeune, partager son exploitation pour en aider plusieurs... « Avant d’être un secteur économique, le monde agricole est un milieu social », affirme-t-il, en mettant en avant les changements de paradigme actuels quant à la transmission. Avant, la ferme restait dans la famille ; maintenant, il s’agit de l’ouvrir à d'autres, pour la préserver ou pas...

Des profils de repreneurs diversifiés

Une forme de "deuil" pour le cédant qu'Éric Charbonnier évoque avec justesse.  « On se construit "cédant" », ajoute-t-il. Ce d’autant plus que ces derniers vont devoir mettre en avant l'exploitation pour attirer les jeunes. « D'ici cinq ans, dans la Creuse, la moitié des agriculteurs partiront à la retraite, enchaîne-t-il. Or, il n’y aura pas autant de repreneurs. Les candidats vont avoir le choix, d’où l’importance de définir un projet de transmission précis, de proposer une structure attractive et surtout de rester ouverts quant aux profils des repreneurs. » Un discours encore difficile à entendre pour certains futurs retraités, qui affichent ouvertement que « les hors cadre familiaux leur font peur. »


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