Du « vivant » au milieu du béton L'État veut massifier l'agriculture dans les cités

AFP

Une chèvrerie dans une cité marseillaise, une ferme sur le toit d'un centre commercial francilien ou des champignons de Paris cultivés... à Paris : l'État mobilise des fonds publics pour donner un « coup d'accélérateur » aux projets agricoles dans les quartiers populaires urbains.

« Lorsqu'on peut mettre du vivant plutôt qu'un matériel inerte, lorsqu'on peut mettre des plantes plutôt que du béton, on concourt à un meilleur environnement en ville », a fait valoir lundi le ministre de l'agriculture Julien Denormandie à Saint-Denis, au nord de la capitale.

Il y a « plein de territoires où ça marchait déjà, notre volonté c'est de démultiplier cela », a-t-il ajouté, les pieds enfoncés dans l'herbe grasse d'un des derniers champs de proche banlieue parisienne.

Il présentait les premiers lauréats de l'appel à projets « Quartiers fertiles », lancé en janvier 2020 alors qu'il était ministre délégué chargé de la ville, en compagnie de Nadia Hai, qui lui a succédé à ce poste.

Cet appel à projets doit à terme permettre de « mettre en culture » 100 initiatives dans des quartiers dits « Politique de la ville » (QPV), car présentant une forte concentration de ménages en difficulté sociale et économique, dans un habitat vétuste et souvent enclavé.

Pour cela, 34 millions d'euros sont mobilisés, dont 13 récemment abondés par le plan de relance gouvernemental.

Les 27 premiers projets sélectionnés, dévoilés lundi, se partageront plus de huit millions d'euros. La plupart sont à peine avancés, comme la transformation en ferme urbaine du toit d'un centre commercial aux Mureaux, dans les Yvelines.

Quatre sont opérationnels et cherchent à amplifier leur action, à l'image de la « Zone sensible » de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) découverte lundi par les ministres.

L'agriculture pour recoudre le tissu urbain

Le terrain, qui appartient depuis 1983 à la municipalité, était le dernier espace de maraîchage traditionnel du département où, après guerre, les champs ont été grignotés par le béton pour loger une population grandissante.

Le site est notamment surplombé par les tours du Clos Saint-Lazare, une cité de 7 000 habitants de la commune limitrophe de Stains. Les bâtiments sont en chantier dans le cadre d'une vaste opération de renouvellement urbain, mêlant démolitions et réhabilitations.

Certaines fenêtres donnent sur les parcelles aujourd'hui cultivées par l'entreprise Les Fermes de Gally et une association, Le Parti poétique. Ce collectif d'artistes mêle permaculture et actions culturelles sur son hectare de « Zone sensible » - un nom en forme de pied de nez à la manière dont sont qualifiés les quartiers qui l'entourent.

Les cultures sont près d'hiverner, mais des choux de Toscane, des blettes et des courges surgissent encore de terre, tandis que des herbes aromatiques poussent sous la serre décorée d'une boule à facettes.

Les fonds de l'appel à projets doivent notamment financer la création d'un espace pour accueillir du public en toute saison, chauffé, ce qui n'est pas du luxe pour attirer les candidats dans la froidure de décembre.

Parmi les lauréats, il y a une « énorme diversité de projets de lieux, de types (...) mais qui ont tous un sens en termes de renouvellement urbain et qui viennent parfaitement compléter des projets de changement de logements, de construction d'équipement publics », a déclaré Olivier Klein, président de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), chargée d'accompagner la réhabilitation de 450 quartiers dans toute la France.

« Au-delà de l'aspect nourricier, a-t-il ajouté, il y a aussi un aspect économique et potentiellement marchand », les produits agricoles ayant généralement vocation à être commercialisés en circuit court.

« Ce n'est pas totalement nouveau, les terres agricoles dans les quartiers Politique de la ville », a fait remarquer Mme Hai. « Il y avait les jardins partagés, des jardins familiaux, il y avait même des terrains agricoles au sein des cités ouvrières (...). Quand on remet de la nature dans les villes, on s'aperçoit que tout naturellement les habitants y retournent. » Les autorités en attendent aussi quelques créations d'emploi. À Vierzon (Cher), la régie de quartier espère ainsi permettre à des demandeurs d'emploi de longue durée d'entamer un parcours professionnel dans le monde agricole, voire de s'installer, in fine, comme maraîcher.


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net


Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous