; Suite du procès pour fraudes agricoles

Corse L'ex-directeur de la chambre d'agriculture au coeur d'un procès pour fraude

AFP

Jugé avec ses proches pour des fraudes supposées aux aides européennes d'un total de 1,4 million d'euros, l'ex-directeur de la chambre d'agriculture de Corse-du-Sud a nié mercredi devant le tribunal d'Ajaccio être le dirigeant de fait des cinq exploitations familiales au cœur du dossier.

Jean-Dominique Rossi, son épouse, ses deux fils et un certain Augustin Gardella, présenté par l'accusation comme ouvrier agricole mais absent pour cause de Covid-19, sont jugés jusqu'à jeudi pour « escroquerie » et « blanchiment aggravé », le tout commis « en bande organisée », entre le 1er janvier 2015 et le 20 novembre 2019. Des fraudes basées, selon l'accusation, sur la division fictive d'une exploitation en cinq, le gonflement du cheptel ainsi que des naissances et décès fictifs de bêtes afin de multiplier les aides agricoles européennes.

Pour l'accusation, Jean-Dominique Rossi était bien l'exploitant de fait de l'ensemble des exploitations familiales, ce qui lui était pourtant interdit du fait de son poste à la chambre d'agriculture. La preuve en serait les documents des différentes exploitations trouvés dans son bureau à la chambre, a précisé la présidente. « J'étais conseiller agricole. On me demandait des conseils », s'est défendu M. Rossi.

Autre élément accusateur, pointé par la magistrate : l'adresse mail de chacune de ces exploitations, y compris celle de M. Gardella, était celle de Jean-Dominique Rossi. La famille, qui vivait dans plusieurs appartements au sein d'une même maison, ne disposait que d'un ordinateur et d'une seule adresse mail, a expliqué Mme Rossi. « Mes fils se sont servis de mon adresse mail », a confirmé son Jean-Dominique Rossi. Quelques jours après le contrôle, l'adresse mail est pourtant subitement changée, pour chacune des exploitations, et ce depuis l'adresse IP de Jean-Dominique Rossi. « Le lendemain du contrôle, on ne régularise pas, on cache », assène la présidente.

Projets immobiliers

Interrogé sur ses relations avec ses deux fils, M. Rossi les décrit « plutôt bonnes »: « Dans le travail, je n'interviens pas. S'ils veulent un conseil, je le leur donne, c'est évident, en tant que père et en tant que conseiller agricole ». Se penchant sur les accusations de blanchiment, la présidente interroge Jean-Dominique Rossi sur « deux projets immobiliers conséquents, sans rapport avec l'agriculture » : un programme de « six bungalows à Sagone » et un autre de « 48 logements à Cargèse, au nom d'Angèle Rossi », la mère de Jean-Dominique Rossi. Initialement poursuivie pour les mêmes chefs, celle-ci est décédée en décembre 2021 et les poursuites se sont donc éteintes à son encontre.

« Ma mère a déposé ce permis. Elle l'a eu », répond Jean-Dominique Rossi, en précisant que finalement ce projet n'a jamais abouti. « Elle l'a fait toute seule, à 85 ans, sans l'aide de personne ? », s'interroge la présidente. « Elle avait toute sa tête », confirme Jean-Dominique Rossi, précisant qu'elle « voulait préparer sa retraite et sa succession ».

Concernant les bungalows de Sagone, commune de bord de mer de Corse-du-Sud, ils auraient rapporté « 1 000 euros par semaine et par bungalow » pendant les six mois de la saison, estime la présidente. « J'ai un salaire, j'ai presque 60 ans, j'ai le droit d'investir pour ma retraite », se défend aussitôt M. Rossi, indiquant que là aussi ce projet ne s'est jamais concrétisé.

La plaidoirie de Me François Voiron, avocat de l'Agence de service et de paiement (ASP), chargée de payer les aides européennes aux agriculteurs et partie civile dans cette affaire, est attendue mercredi après-midi, avant les réquisitions du procureur.


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