Agriculture biologique Les clefs de la réussite pour s’installer en production bio

Emilie Durand Terre-net Média

S’installer en agriculture biologique n’est pas si simple. Selon Sylvain Aubailly, conseiller d'entreprise à la chambre d'agriculture de l'Ardèche, il s'agit surtout de se poser les bonnes questions, quitte à remettre en cause régulièrement son projet pour mieux le faire mûrir.

Au regard des contraintes engendrées par la conversion, mieux vaux s'installer en production biologique sur une exploitation déjà convertie.S'installer en biologiqueAu regard des contraintes engendrées par la conversion, mieux vaux s'installer en production biologique sur une exploitation déjà convertie, selon Jean-Paul Huchon, chargé de mission lait à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. (©Terre-net Média)

« Il y a le temps administratif et le temps de prendre du recul sur son projet », souligne d’entrée de jeu Sylvain Aubailly, conseiller d’entreprise à la chambre d’agriculture de l’Ardèche, au sujet de l’installation en agriculture biologique. Lors de son intervention au salon Tech&Bio, dans la Drôme, mercredi 22 septembre, il a donné les points clefs pour la réussite d’un projet d’installation, liés à son expérience de près de 20 ans auprès des porteurs de projet.

« Les questions que nous allons vous poser vont remettre en cause certaines choses et vous amener à réfléchir », continue-t-il. Il prône le parcours à l’installation, permettant d’être accompagné durant sa réflexion et vente la dotation jeunes agriculteurs (DJA), « parmi les plus élevées de France en Auvergne Rhône-Alpes ».

Il n’hésite pas non plus à bien préciser que « l’un des freins majeurs à l’installation reste l’accès au foncier. Les agriculteurs locaux savent qui va arrêter et où sont les meilleures terres. De plus, le jeune qui démarre doit faire ses preuves. Le propriétaire ne sait pas s’il va bien travailler. Et comme le statut du fermage est très protecteur pour l’agriculteur, les propriétaires sont frileux. Pour un projet d’installation, le mieux est d’être en contact avec les agriculteurs locaux ». Ce conseil peut se révéler cependant difficile à appliquer puisque le nombre d’installation « hors cadre » progresse, avec un taux de 40 % en Auvergne Rhône-Alpes.

Réseauter avec les agriculteurs

Sylvain Aubailly évoque également un effet Covid, avec des demandes d’installation à la suite d’une « volonté de changer de vie », sans parler des reconversions professionnelles vers l’agriculture après un passé de salarié. Pour devenir agriculteur, il faut côtoyer des agriculteurs donc. Sylvain Aubailly insiste sur l’importance du réseau, même après s’être installé, « pour progresser et prendre du recul », tout comme le fait de « continuer à se former tout au long de sa carrière ».

Il précise également qu’« être bien formé permet de donner du crédit auprès des propriétaires » et d’accéder plus facilement à du foncier. Il alerte sur les évolutions réglementaires à venir, évoquant une année 2022 plutôt « attentiste » côté installation.

Selon lui, « il y a des choses que l’on ne maîtrise pas » notamment sur le plan administratif et réglementaire alors autant mettre toutes les chances de son côté, quitte à décaler son projet de quelques mois. Et cela d’autant plus que le délai à prévoir pour une installation est au minimum de six mois, voire un an.

Jean-Claude Huchon (à gauche), chargé de mission lait à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, invite les porteurs de projet à se questionner davantage sur les aspects technico-économiques de leur future exploitation. Sylvain Aubailly (à droite), conseiller d’entreprise à la chambre d’agriculture de l’Ardèche, alerte sur le temps nécessaire à la construction de son projet, invitant à ralentir si nécessaire.Jean-Claude Huchon (à gauche), chargé de mission lait à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, invite les porteurs de projet à se questionner davantage sur les aspects technico-économiques de leur future exploitation. Sylvain Aubailly (à droite), conseiller d’entreprise à la chambre d’agriculture de l’Ardèche, alerte sur le temps nécessaire à la construction de son projet, invitant à ralentir si nécessaire. (©Terre-net Média)

Mémoriser des références technico-économiques

De son côté Jean-Claude Huchon, chargé de mission lait à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, évoquait la nécessité pour les porteurs de projet d’avoir des repères technico-économiques. « Ce qui nous a interpellé dans le projet Perlaib, ce sont les réponses incohérentes des jeunes sur des aspects techniques.

Perlaib est un projet, financé par le Conseil régional des Pays de la Loire, visant à comprendre les éléments d’attractivité et de non attractivité du métier des élevages bovins biologiques (2016-2019)

Ainsi, une vache qui produit 8 000 l de lait en agriculture bio, cela ne les interpelle pas ! », explique-t-il. De même, il invite à reprendre des fermes déjà en agriculture biologique plutôt que chercher à reprendre une ferme conventionnelle pour la convertir. « Même si le défi semble très séduisant » et que les jeunes n’y voient aucun inconvénient, bien au contraire, « il est bien plus sécurisant économiquement de reprendre une ferme déjà en bio », souligne-t-il. Il suffit d’écouter les industriels et les organismes certificateurs, comme le bureau Véritas, présent sur le salon, pour comprendre que la conversion au bio est bien un processus couteux.

Témoignage
Julien Junique, agriculteur bio en Ardèche

« À la fin de mon DUT en génie biologique, j’ai cherché à m’installer. En 2015, j’ai effectué durant 18 mois un stage de reprise sur une exploitation agricole dans le cadre du plan de professionnalisation personnalisé (PPP) et finalement, nous n’étions pas faits pour travailler ensemble.
En 2017, nous avons relancé le projet avec ma femme. J’ai commencé les démarches en mars 2017 et j’étais installé au 15 janvier 2018. Le délai a été assez court car l’exploitation était déjà en place. Nous étions trois associés sur le Gaec avec 30 chèvres, 80 vaches allaitantes et des chevaux d’endurance. Nous avons refait les statuts et réinvesti dans la chèvrerie et la fromagerie tout en augmentant le cheptel (+20 chèvres).
Mais en 2020, nous avons pris la décision de séparer le Gaec en deux. Moi et ma femme avons repris les chèvres et les fromages. Le troisième associé a repris l’atelier vaches allaitantes. Il m’a fallu faire un avenant et compter environ six mois entre la décision et la séparation effective. »

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