Sur France Culture « Paysans, les quatre saisons » : épisode 2, le temps de l'installation

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Après leur enfance à la ferme, thème de la première émission de la série documentaire de France Culture "Paysans, les quatre saisons", certains fils et filles d'agriculteurs s'installent. C'est donc logiquement le sujet de ce deuxième épisode. Ces témoignages radio, qui mêlent plusieurs générations de paysans, montrent qu'on ne reprend pas une ferme de la même manière, et encore moins pour les mêmes raisons, aujourd'hui et il y a plusieurs décennies.

jeune et vieil agriculteurs dans un champ de bleIl y en a qui débutent, d'autres qui se souviennent de leurs premiers pas dans le métier d'agriculteur. (©Budimir Jevtic, Fotolia) 

Paysans, les quatre saisons : cette série documentaire de France Culture en quatre épisodes propose les témoignages croisés de quatre générations d'agriculteurs, comme ces quatre saisons qui rythment les travaux agricoles. Après un premier épisode sur l'enfance à la ferme, la deuxième émission radio s'intéresse à l'installation des jeunes agriculteurs. Reprend-on une exploitation aujourd'hui comme on le faisait hier ? Et surtout les motivations sont-elles les mêmes ? Pour le savoir, il suffit d'écouter ceux qui débutent et ceux qui se souviennent de leurs premiers pas dans le métier d'exploitant agricole.

Écoutez l'intégralité des témoignages de cette émission radio :

Les anciennes générations racontent qu'elles n'ont souvent pas eu le choix : à l'époque, tous les enfants de paysans quasiment s'installaient sur l'exploitation familiale avec ou à la suite de leurs parents. C'était la norme, la tradition, voire un devoir. Plusieurs exploitants parlent d'ailleurs de leur regret de ne pas avoir exercé une autre profession. De nos jours, si certains continuent de reprendre le flambeau pour ne pas décevoir leurs aïeux, et pour faire perdurer « l'outil de travail ou la génétique que ces derniers ont façonnés pendant toute leur carrière », la plupart choisissent de devenir agriculteur, ou pas, et les parents les laissent davantage libres de prendre leur décision. Ils essaient même souvent de les décourager !

Des systèmes de production bien différents

Ainsi, les agriculteurs proches de la retraite ont rarement vu autre chose que la ferme familiale avant de s'installer alors que ceux dont l'installation est récente ont fait plusieurs stages dans diverses structures, avec des modes de production et de gestion différents, dans d'autres régions que la leur et parfois à l'étranger. Les jeunes, qui témoignent, ont généralement suivi des études plus poussées que les plus anciens, et ont plus fréquemment un niveau BTS et ingénieur, « qui leur permet d'avoir un esprit critique et une certaine prise de recul », estime l'un d'eux. Quant au système de production, il diffère également entre les nouvelles générations, qui s'orientent comme l'on s'en rend compte dans le documentaire vers le bio, l'agriculture de conservation et des structures plus petites, et les anciennes dont le modèle était souvent conventionnel, voire productiviste. « Mon exploitation se rapproche plus de la ferme de mes grand-parents que de celle de mes parents », constate d'ailleurs l'un des jeunes témoins.

Lire aussi l'article sur le premier épisode de cette série documentaire :
Sur France Culture − Plusieurs générations racontent leurs souvenirs d'enfance à la ferme

D'ailleurs, maintenant, les agriculteurs qui s'installent font souvent évoluer la ferme qu'ils reprennent alors qu'auparavant, ils avaient tendance à poursuivre à l'identique le schéma de leurs parents et grands-parents. Des évolutions qui inquiètent parfois les cédants. « Il y a des choses que l'on souhaite conserver et d'autres qu'on ne veut plus du tout faire, résume Emmanuel Gautier, 30 ans. Aujourd'hui, on n'hésite pas à tester de nouvelles pratiques. » La protection de l'environnement et les attentes sociétales sont bien plus prises en considération. De même, plusieurs générations successives cohabitaient souvent sur la ferme : il fallait travailler et se plier à l'autorité du patriarche. Certes, cette cohabitation existe toujours mais elle n'est plus systématique. Et si des conflits générationnels demeurent, les jeunes peuvent davantage s'exprimer et se laissent beaucoup moins faire.

La passion, elle, est immuable

S'ils ne s'installent pas avec leurs parents, certains mettent en avant dans l'émission leur souhait de ne pas être seuls sur l'exploitation, tout au moins au début. Ils évoquent l'association entre agriculteurs qui ne sont pas de la même famille, ou encore les contrats de parrainage ou le salariat pour une installation plus progressive. Ces deux dernières solutions permettent une transmission des savoirs et savoir-faire, cruciale pour les hors cadres mais également utile pour compléter ce que l'on a pu apprendre dans la ferme familiale.

Ainsi, beaucoup de choses ont changé et on ne devient pas agriculteur aujourd'hui de la même façon qu'hier, avec les mêmes envies et projets, et en suivant le même chemin. Les femmes, en particulier, n'avaient il y a quelques décennies aucun statut ni aucune reconnaissance. Si des efforts restent à faire dans ce domaine, elles n'hésitent pas à revendiquer leurs droits et sont de plus en plus nombreuses à tenir les rênes des exploitations. Une chose est malgré tout immuable : la passion et l'implication dans le métier même si autrefois, on reprenait l'exploitation familiale plus par tradition. Anciens et jeunes ne comptent pas leurs heures et ont un amour commun pour la terre et leurs bêtes. Ça se sent quand ils en parlent...


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