Relation producteur-consommateur « Recréer du lien est essentiel, la distance est le terreau de l’agribashing »

Cécile Julien Terre-net Média

Les producteurs, comme les transformateurs, n’ont de cesse de s’adapter aux attentes des consommateurs. Même s’il est parfois un peu difficile de s’y retrouver entre exigences pour lesquelles les Français sont prêts à payer et surmédiatisation de tendances marginales. Les 4e assises de l’agriculture et de l’alimentation ont permis d’y voir plus clair.

Achat de viande « Il y a un décalage entre ce qu’on entend au travers des médias et la réalité de la consommation » a indiqué Gilles Bocabeille, PDG de l’entreprise agroalimentaire Soréal lors des Assises de l'agriculture et de l'alimentation. (©www.karrastock.com/Fotolia )

Dans l’évolution des modèles agricoles et donc, des produits alimentaires proposés, les citoyens sont au cœur du jeu. Non seulement ils appellent de leurs vœux telle ou telle évolution, mais au final, par leurs achats, ils tranchent. Pas toujours facile de s’y retrouver pour dégager de grandes orientations.

Les 4e assises de l’agriculture et de l’alimentation, organisées à Rennes les 15 et 16 octobre, ont permis d’y voir plus clair. Par exemple, les mouvements vegans sont sur-représentés dans les médias mais la consommation de viande reste stable.

Dans une récente étude autour de « agir pour mieux manger », l’association Make.org ressort les grandes attentes des consommateurs : privilégier les circuits courts, consommer de saison, obtenir plus de transparence dans les produits transformés, arriver à un commerce plus équitable pour une meilleure rémunération des agriculteurs. Ce qui ne se traduit pas toujours dans les actes d’achat.

« Et attention, il y a 8 millions de Français pauvres pour lesquels le prix reste le premier critère de choix », souligne Thierry Cotillard, président d’Intermarché.

Déjà que l’adaptation des modèles de production et de transformation nécessite du temps mais les contradictions des consommateurs y rajoutent des difficultés. « Il y a un décalage entre ce qu’on entend au travers des médias et la réalité de la consommation observe Gilles Bocabeille, PDG de l’entreprise agroalimentaire Soréal. 98 % des produits que nous vendons sont traditionnels, avec juste des réactualisations des recettes ».

« Les consommateurs ne veulent plus de nitrites pour conserver leur jambon mais ils veulent toujours un jambon bien rose qui se garde 21 jours, cite en exemple David Garbous, directeur du marketing chez Fleury Michon. Pareil si on veut sortir du plastique, il faudra accepter d’avoir des DLC plus courtes ».

Consom’acteurs

Depuis toujours, le monde agricole intègre l’évolution de l’attente des consommateurs, encore plus ces dernières années où les changements s’accélèrent. Ainsi pour promouvoir à la fois le bio et les circuits courts, des groupes d’agriculteurs ont créé les plateformes de mise en relation « manger bio », qui regroupe l’offre des producteurs pour fournir, en proximité, des collectivités. « Notre chiffre d’affaire double tous les trois ans », souligne son président, Vincent Rozé.

Autre tendance de fond, celle du bien-être animal. Pour y répondre, des filières ont travaillé avec le CIWF pour mieux intégrer les attentes en termes de bien-être animal dans leurs cahiers des charges. « Contrairement aux associations abolitionnistes, nous voulons aider les entreprises et les éleveurs à réassurer les consommateurs en apportant notre expérience sur le bien-être animal, explique Amélie Legrand, responsable des affaires agroalimentaires au CIWF. Nous savons que faire évoluer les modèles agricoles prend du temps. Pour déployer nos plans de progrès, nous commençons par les nouveaux bâtiments pour faire des investissements qui vont dans le sens du bien-être animal et des attentes sociétales ».

Avec plutôt que contre

Remettre le consommateur au cœur de la chaîne alimentaire est l’ambition du collectif Ferme France. « Les consommateurs ont plus confiance en leurs pairs qu’en les marques et les experts, souligne Maximilien Rouer, représentant de Ferme France. Nous voulons donc l’impliquer dans l’évaluation des produits ».

Ferme France porte l’ambition de créer une étiquette affichant une unique note sociétale, sur la qualité du produit mais aussi son origine, son impact environnemental. « Cette note aidera à apaiser le climat anxiogène et à recréer de la confiance entre consommateurs et producteurs », espère Maximilien Rouer. Cette confiance l’association veut la cultiver par des visites d’entreprises et d’exploitations.

Tous s’accordent sur l’importance de récréer un lien qui s’est distendu entre les consommateurs et les agriculteurs. « La distance est le terreau de l’agribashing » confirme Maximilien Rouer.

« Dans leur grande majorité, les agriculteurs répondent aux attentes sociétales, souligne Edwige Kerboriou, vice-présidente de la chambre d’agriculture des Côtes d’Armor. N’hésitons pas à encore plus souvent ouvrir nos portes pour le montrer ».


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