Transmission d'exploitation « Tout dire et écrire clairement ! », insiste Paul Hascoet, cédant (29)

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Après une première expérience avec des repreneurs potentiels, qui n'a pas abouti car peu de choses avait été fixées par écrit, Paul Hascoet a décidé d'être très carré, dès l'offre de reprise puis dans les échanges avec les successeurs. Il a également changé de stratégie, en cherchant à transmettre sa ferme via un contrat de parrainage plutôt qu'à s'associer. Deux changements payants puisque Jean-Marc va s'installer prochainement.

jeunes agriculteur et agriculteur plus age « Si on n'est pas franc avec le repreneur, il s'en rendra compte une fois installé. Moi, j'ai envie de lui dire bonjour quand je le croiserai ! », lance Paul Hascoet. (©PointImage, Fotolia)

« Vous allez me dire, 53 ans, c'est tôt pour réfléchir à la transmission de son exploitation. Mais j'avais envie de finir ma carrière tranquillement en levant le pied sur le travail », explique Paul Hascoet, producteur de grandes cultures à Dinéault dans le Finistère (29), engagé depuis une vingtaine d'années dans l'agriculture biologique. Trois ans auparavant, en 2015, il décide, alors qu'il vient de souffler ses 50 bougies, de se lancer dans une nouvelle activité et pas des moindres : transformer ses céréales en farines et ses oléagineux en huiles alimentaires, pour les vendre 100 % en direct, dans les boulangeries, les Biocoop...

Même à une dizaine d'années de la retraite, il était essentiel pour lui de « mieux valoriser » ses productions et « faire évoluer » son métier. Mais il ne pensait pas que ce serait si « chronophage ». Au point, il y a trois ans, de chercher une solution pour alléger sa charge de travail. Pourquoi pas s'associer avec un ou plusieurs tiers en vue de leur céder la ferme par la suite ? Il passe une annonce et obtient très vite une réponse d'un couple de boulangers parisiens, qui souhaitaient se reconvertir dans l'agriculture et la transformation céréalière en Bretagne. Une rencontre est organisée rapidement.

« On aurait dû se faire accompagner »

Le cédant et ses successeurs potentiels se voient régulièrement pendant un an, « échangent beaucoup mais sans fixer de cadre précis, avec les démarches à effectuer et l'échéancier à respecter ». « Ça traînait beaucoup. Après coup, je me dis qu'on aurait dû se faire accompagner par un organisme extérieur : chambre d'agriculture, Civam, Gab, etc., reconnaît Paul. On pensait qu'on arriverait à gérer seuls mais les aspects humains, c'est très compliqué. Il faut bien se comprendre ! Et je pense qu'on ne s'est pas posé les bonnes questions. » 

Pas de cadre précis, avec les démarches à effectuer et l'échéancier.

Au bout d'une année donc, l'agriculteur se rend compte que « ça ne le fera pas ». « Il a fallu mettre un terme assez radical à l'affaire. Un moment difficile pour moi comme pour eux. Ils n'ont pas forcément saisi les raisons de cette décision, j'en suis conscient. » Avec sa femme, salariée à mi-temps sur l'exploitation, ils changent de stratégie et commencent à chercher un repreneur, afin « de transmettre l'ensemble de l'outil de travail, sans se compliquer à s'associer ». Ils se renseignent d'abord auprès de leurs proches : la famille, les enfants entre autres, les voisins, les connaissances en lien notamment avec la vente directe, des transformateurs pouvant être intéressés par une activité de production. 

Gérer seuls les aspects humains, c'est très compliqué. Il faut bien se comprendre ! Je pense qu'on ne s'est pas posé les bonnes questions. 

« Un peu contraignant mais au moins, c'est clair ! »

Cela n'a pas abouti, « mais il est important d'en parler en priorité au réseau de proximité, car on a besoin d'éliminer des pistes », précise le producteur. Avec son épouse, ils préfèrent « tout recommencer depuis le départ » : ils contactent la chambre d'agriculture pour :

  • faire évaluer l'outil de production ;
  • rédiger un descriptif de la ferme, avec ses atouts et contraintes identifiés grâce à un diagnostic, et qui sera distribué à chaque candidat à la reprise ;
  • suivre des formations collectives, en binôme avec le repreneur, et individuelles. 

« Contrairement à notre première expérience, nous voulions que tout soit carré et écrit ! », insiste Paul Hascoet. Ce dernier passe ensuite une annonce au RDI (répertoire départ installation), « très claire également, avec des clauses précises ».

Il mentionne, par exemple, qu'il souhaite mettre en place un bail environnemental, mais qu'il ne veut pas d'élevage. Par contre, il est « ouvert à des projets collectifs, avec des activités complémentaires » aux siennes, mais ces successeurs doivent « être attentifs aux modes de production respectueux des sols ». « Tout ceci peut paraître contraignant mais au moins, c'est clair », les postulants savent à quoi s'attendre. Comme Jean-Marc, actuellement en contrat de parrainage de huit mois sur la ferme.

La stage de parrainage, pour mieux connaître celui qui va reprendre la ferme.

Un dispositif « utile pour le repreneur, même s'il est issu du monde agricole, et enrichissant humainement pour lui comme pour le ou les cédants », estime Paul. « Il permet de mieux connaître celui qui va reprendre l'exploitation. » « On n'attend pas seulement un chèque de sa part, on a envie que tout se passe bien pour voir la ferme perdurer. Autant dire clairement les choses, au risque qu'il laisse tomber. Si on n'est pas franc avec lui, il s'en rendra compte après la reprise. Moi, j'ai envie de lui dire bonjour quand je le croiserai ! » 

On n'attend pas seulement un chèque de sa part, on a envie que tout se passe bien !

Source de l'article : témoignage issu du webinaire "Trouver un repreneur : comment s’y prendre ? La préparation, les outils, les démarches", organisé par la chambre d'agriculture de Bretagne, dans le cadre de la semaine régionale de l'installation et de la transmission, du 20 au 27/11/20 et de la Quinzaine de la transmission/reprise d'exploitations agricoles 2020 déployée à l'échelle nationale dans tout le réseau.


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