Congrès JA à Lourdes L’incohérence de l'État, la goutte d’huile qui fait fulminer les producteurs

Terre-net Média

A Lourdes, en clôture du congrès de Jeunes agriculteurs jeudi 7 juin, Jérémy Decerle et Samuel Vandaele ont rappelé « l’incompréhension totale » face aux « incohérences » du Gouvernement. Avec Christiane Lambert, les deux leaders ont rappelé à Stéphane Travert leur détermination à bloquer 14 sites stratégiques - des raffineries et dépôts de carburant - pour obtenir des garanties anti-distorsions de concurrence.

Stéphane Travert au congrès JA à LourdesStéphane Travert est venu clôturer le Congrès JA à Lourdes. (©Terre-net Média)

Lors de la traditionnelle séance de clôture du congrès de Jeunes agriculteurs, qui se tenait à Lourdes du 5 au 7 juin 2018, Jérémy Decerle et Samuel Vandaele, réélus dans leurs fonctions de président et secrétaire général du syndicat, ont rappelé au ministre de l’agriculture leur « incompréhension totale » face aux « incohérences du Gouvernement ». 

Entre d’un côté, l’exigence présidentielle d’une montée en gamme de l’agriculture française et, de l’autre, des accords commerciaux qui « viendront amplifier les distorsions de concurrence » avec les pays tiers, l’aval gouvernemental accordé à Total pour importer 300 000 l annuels d’huile de palme pour faire tourner sa raffinerie de la Mède constitue la goutte d’huile qui a relancé la machine syndicale des réseaux FNSEA et JA. 

« On aurait des raisons de retrouver un peu d’optimisme », a expliqué Jérémy Décerle, rappelant tout de même la globale satisfaction de JA sur la teneur du projet de loi alimentation à l’issue de son examen à l’Assemblée nationale. « Mais un certain nombre de signaux nous font douter de vos promesses, a-t-il enchaîné devant le ministre. Tout cela ne doit pas être contrecarré par des importations de produits qui ne respectent pas nos standards ! Peut-on vouloir développer un plan protéines tout en important n’importe quelle huile ? C’est pourquoi on se mobilisera fortement à partir de dimanche soir, avec la FNSEA, autour de sites stratégiques et symboliques. »

« N’importez pas l’agriculture que vous ne voulez pas dans vos assiettes »

Dans la nuit de dimanche à lundi, les agriculteurs de la FNSEA et Jeunes agriculteurs comptent bloquer 14 sites « stratégiques et symboliques », des raffineries et dépôts de carburant, partout en France. Trois sites franciliens sur quatre seraient visés par ce blocage, de même que des sites à Dunkerque et Bordeaux notamment.

« On ne peut plus accepter d’un côté qu’on exige de nous une qualité supérieure de nos produits et nos pratiques et, de l’autre, laisser importer des marchandises qui ne sont pas produites avec les mêmes conditions qu’en France. Ce n’est plus supportable », poursuit Samuel Vandaele. 

En réponse, Stéphane Travert a laissé entrevoir une piste d’assouplissement sur le dossier. « L’approvisionnement de l’usine de la Mède doit pouvoir évoluer au fil du temps car les contrats avec les filières agricoles seraient créateurs de valeur. » 

Sur le plan économique, « Total n’est pas un philanthrope. Et le groupe a économiquement raison d’importer de l’huile de palme comme l’y autorise le Gouvernement », a aussi commenté Arnaud Rousseau, président du groupe Avril, qui assure 80 % de la production d’huile de colza français. Car actuellement, l'huile issue du colza français coûte autour de 800 $/t, contre seulement 660 $/t. « Il y a toujours un différentiel entre 100 et 150 $/t à l’avantage de l’huile de palme. »

Mais, pour les représentants de JA et FNSEA, peu importe : c’est bien la décision gouvernementale qui est dans le viseur des syndicats. « La décision d’autorisation du gouvernement va à l’encontre d’une quelconque volonté de développer la production de protéines en France. »

« J’appelle à l’esprit de responsabilité. Le secteur agricole et les citoyens ne sauraient être pénalisés par des difficultés supplémentaires de transport sur route, en plus des difficultés qu’ils rencontrent actuellement sur le rail », a aussi argumenté Stéphane Travert. « Nous sommes bien conscients que notre action de blocage risque de déranger les citoyens, mais ces derniers doivent comprendre que nous le faisons aussi pour eux », rétorque Samuel Vandaele.

L’action de blocage « devrait durer tant que nous n’obtenons pas satisfaction ». JA et FNSEA ne ciblent pas l’origine des carburants en particulier. « Nous voulons que soit inscrite dans la loi l’interdiction d’importation de tous produits agricoles ne respectant pas les normes françaises. On demande au Gouvernement des garanties pour protéger les agriculteurs de toute distorsion de concurrence. »

La demande semble difficilement envisageable, selon le ministre de l’agriculture. « Il faut raisonner plus largement, sur le plan européen. La France défend ardemment ses lignes rouges, mais c’est l’Europe qui négocie. »

Stéphane Travert entourés des Jeunes agriculteursStéphane Travert entouré des Jeunes agriculteurs. (©Terre-net Média)

Outre une plus grande cohérence de la part du Gouvernement, les réseaux JA et FNSEA demandent notamment un allègement du coût du travail saisonnier « pour que les producteurs français soient plus compétitifs par rapport à nos voisins européens ».

Pour « matérialiser » leurs revendications, les jeunes agriculteurs ont offert au ministre plusieurs symboles : un orang-outang en peluche pour l’importation d’huile de palme, du poulet aux hormones, une côte de bœuf sud-américaine, et du vin mal étiqueté.


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