Congrès de l’Opg Nicolas Jaquet : « Qu'on nous laisse travailler et qu'on nous foute la paix ! »

Terre-net Média

Echec de la réforme de la Pac, inefficacité des nouvelles Maec, contraintes supplémentaires introduites par la loi d’avenir agricole, échec du plan Ecophyto... Pour l’Organisation des producteurs de grains, qui tient son congrès mercredi 28 janvier dans l’Ain, « la coupe est pleine ». Son président, Nicolas Jaquet, explique son ras-le-bol. Interview.

Nicolas Jaquet, président de l'Opg Nicolas Jaquet, président de l'Opg. (©Opg)

Terre-net Média (Tnm) : Vous considérez que la réforme de la Pac est un échec. Pourquoi ?

Cette réforme est un échec total car il n’y a aucun projet. Cette Pac n’est qu’une enveloppe budgétaire répartie autrement. A aucun moment, il n’a été question de redévelopper telle ou telle culture ou initier tel ou tel projet. Ce n’est pas avec une simple approche budgétaire que l’on fait une politique agricole !

Tnm : Le ministère de l’Agriculture ajuste les derniers points de détails pour l’application de la réforme de la Pac en 2015. Les mesures agroenvironnementales et climatiques sont-elles compatibles avec la réalité du terrain ?

L’anticipation de ces mesures est catastrophique. Aujourd’hui, on voit que la problématique de ces mesures ne répond pas du tout à la logique d’entreprise des agriculteurs. La diversification des cultures, notamment, engendrera des produits bruts à l’hectare moins élevés que le maïs par exemple. Dans un secteur de monoculture comme les Landes, cela va contre toute logique économique. Pour contrebalancer ces mesures financièrement pénalisantes, il faudra encore intensifier. Dans les Landes, les agriculteurs vont devoir développer des productions légumières ou des productions de semences qui seront concurrentes de celles des départements voisins. Et toutes ces productions vont avoir un Ift plus élevé que le maïs. Donc ces mesures seront contre-productives et anti-économiques.

Tnm : Cette réforme fera l’objet d’un bilan à mi-parcours. Puis les négociations reprendront d’emblée en vue de la prochaine réforme en 2020. Quelles seront vos revendications ?

Il faut que l’Union européenne se concentre sur ses propres besoins agricoles et qu’elle arrête de céder au lobbying des exportateurs. On ne peut plus faire une Pac uniquement orientée vers les exportations. En céréales, comment  peut-on imposer une nouvelle norme sur la protéine pour satisfaire un seul client, l’Egypte, et, dans le même temps, demander aux agriculteurs de mettre moins d’azote dans les champs ? Ces mêmes exportateurs qui demandent un taux de protéines minimum dans le blé refusent dans le même temps un rééquilibrage des aides vers la culture d’oléoprotéagineux. Tout cela va à l’encontre de l’intérêt des agriculteurs.

Tnm : Un plan Ecophyto 2 va se mettre en place. Pourquoi le dénoncez-vous d’ores-et-déjà ?

Côté "écolocratie", l’overdose est proche ! La première version est un échec car les pouvoirs publics n’ont pas trouvé la porte d’entrée à la réduction de l’utilisation des produits phytos. Ils s'y sont très mal pris. C’est nous qui en payons les frais. C’est injuste car ils veulent y aller de manière répressive en taxant. La version 2 du plan Ecophyto sera répressive. Mais il sera un second échec s’ils ne nous écoutent pas. Nous ne sommes pas responsables de leurs échecs, mais injustement ils nous les feront payer. 

Tnm : Vous estimez que la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires est possible ?

Il est possible de faire des choses dans ce sens. Mais j’ai dit à Dominique Potier que, dans son rapport, la manière d’y arriver est trop complexe et trop contraignante.

En réalité, les grands groupes de distribution de produits phytosanitaires n’ont pas encore intégré la logique du plan Ecophyto et veulent vendre toujours plus. L’agriculteur n’est pas assez sensibilisé sur la réduction des phytos et il reste toujours très incité à les utiliser, à travers la publicité notamment. Il faut davantage mettre en avant les démarches alternatives. Dans le plan Ecophyto 1, il n’a pas été question du machinisme par exemple. Or les petites entreprises d’agroéquipement doivent être soutenues car ce sont elles qui développent l’innovation en matière de changement de pratiques.

Tnm : Dans un autre domaine, vous restez très critique sur la politique française pour développer la production de protéines. Pourquoi ?

Il faudrait un plan protéines au niveau européen et non simplement français. Tous les différents plans nationaux n’ont jamais fonctionné. Un nouveau plan national avec une enveloppe fermée ne fonctionnera pas. Je ne vois qu’une seule solution pour que la France développe sur le long terme la culture de protéines : l’UE doit elle-même s’emparer du dossier en renégociant le volet oléoprotéagineux des accords de Blair House pour limiter les importations de soja.

Tnm : Revenons sur les thèmes de votre congrès. Pourquoi considérez-vous que la loi d’avenir agricole ne fait qu’ajouter des contraintes aux agriculteurs ?

La France a un discours paradoxal depuis des années. D’un côté, elle ne s’est pas opposée aux accords de libre-échange avec l’Ukraine. Un accord avec le Canada a aussi été signé. Ces accords de libre-échange font baisser les prix agricoles et donc les revenus des agriculteurs français. Ces derniers sont ainsi contraints de s’agrandir pour résister. De l’autre, Stéphane Le Foll vient de renforcer le contrôle des structures pour maintenir des exploitations de petites tailles. Or sur ces exploitations, les agriculteurs n’arrivent pas à vivre face à la baisse des prix agricoles. La loi d’avenir est totalement hypocrite sur cette question.

Tnm : Vous êtes donc contre ce renforcement du contrôle des structures ?

Lors de notre congrès, nous sommes les seuls à oser expliquer aux agriculteurs comment il est encore possible de contourner le contrôle des structures et le droit de préemption des Safer. Car ces nouvelles contraintes introduites dans la loi d’avenir nous empêchent de développer nos exploitations.



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