Salon de l'agriculture Macron renoue avec le bain de foule et promet de « ne rien lâcher »

AFP

[Mise à jour à 19h10] Emmanuel Macron s'est employé samedi à rassurer des agriculteurs toujours inquiets sur leur avenir en se présentant comme « un patriote » défenseur du modèle agricole français dans la future Politique agricole commune (Pac), un message accueilli plutôt favorablement dans les allées du Salon de l'agriculture.

Emmanuel Macron inaugure le Salon de l'agriculture

Emmanuel Macron inaugure le Salon de l'agriculture (©@Didier Guillaume)

Dans un discours de près d'une heure devant 500 personnes dont des étudiants de filières agricoles, le président de la République a promis « de ne rien lâcher », défendant « la force du modèle français » et plaidant pour une Pac « réinventée », seule capable de garantir aux consommateurs européens « une alimentation accessible et de qualité ». « L'Europe agricole aujourd'hui est menacée de l'extérieur », face aux grandes puissances comme la Russie, la Chine ou les États-Unis, mais aussi « de l'intérieur », a-t-il estimé, revendiquant une « souveraineté alimentaire, environnementale et industrielle » du continent européen.

« On va attendre les actes, mais il semble avoir compris la problématique agricole », a réagi auprès de l'AFP Samuel Vandaele, du syndicat des Jeunes Agriculteurs. Pas du tout du même avis, Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, a dénoncé, dans un communiqué, « un discours mensonger » du président qui « s'est bien gardé d'expliquer que son grand projet de "Pac ambitieuse" est en totale opposition avec la réforme actuelle portée par Berlin et Bruxelles ».

Présent à Paris, le commissaire européen à l'agriculture, l'irlandais Phil Hogan, a affirmé à l'AFP « partager beaucoup » de la vision d'Emmanuel Macron, « en particulier sur la viabilité des agriculteurs, la transition écologique et la modernisation » de la Pac.

« Une part significative de la Pac » devra « être consacrée à l'environnement », a encore estimé Emmanuel Macron, alors que les négociations sur la future Pac commencent à peine et que le scrutin des européennes se rapproche (du 23 au 26 mai). « Il aurait dû davantage faire le lien entre souveraineté alimentaire et transition agro-écologique », a regretté auprès de l'AFP Aurélie Catallo, représentante du mouvement « Pour une autre Pac », qui réunit ONG environnementales et mouvements paysans. 

Pour instaurer « les filières européennes dont a parlé le président, nous devons finir de mettre en place nos filières en France, pour servir d'exemple », a prévenu Jeremy Decerle, président du syndicat des Jeunes agriculteurs, tout en saluant un discours « ambitieux à destination des jeunes ».

Emmanuel Macron, applaudi à son arrivée dans les pavillons du salon par une délégation de militants de La République en Marche, a ensuite entamé sa déambulation, premier véritable bain de foule du président de la République depuis le début du mouvement des « gilets jaunes ». Goûtant l'exercice, il a largement débordé du programme prévu pour défendre les actions déjà lancées par le gouvernement, comme la loi alimentation censée équilibrer les marges entre agriculteurs, industriels et distributeurs. Serrant des mains par dizaines et multipliant les selfies, Emmanuel Macron a eu un parcours interrompu par les sollicitations les plus disparates. Moment d'émotion lorsque Emmanuel Macron a pris dans ses bras un retraité handicapé puis un immigré tunisien, tous deux en pleurs, empêtrés dans des tracasseries administratives. Quart d'heure tendresse quand un éleveur lui a offert un chevreau, Désiré, qui rejoindra Agathe et Marianne, les deux poules de l'Elysée, accueillies lors du salon 2018.

À un producteur laitier des Côtes d'Armor, Stéphane Incrédule, qui dénonçait la faible rémunération des éleveurs, inférieure à leur coût de revient, Emmanuel Macron a répondu : « je ne lâche rien ». Tombant la veste, il a passé trois-quarts d'heure sur le stand de l'interprofession du lait, écoutant les professionnels lui raconter les difficultés des négociations avec la grande distribution et la concurrence extra-européenne. 

Un éleveur laitier des Côtes d'Armor, Stéphane Incrédule, a notamment pointé la faible rémunération des éleveurs laitiers. « Je ne lâche rien », lui a répondu le chef de l'État, qui a rappelé l'existence de la nouvelle loi alimentation pour équilibrer les marges. « Notre lait, pour 2018, est payé 320 euros la tonne. Nous avons des coûts de revient à 396 euros. Le prix du lait aujourd'hui est au même niveau qu'il y a 30 ans », a ensuite déploré l'éleveur auprès de l'AFP. Car si les agriculteurs français attendent beaucoup de la Pac, ils ont aussi des demandes immédiates : vendre leurs produits à des prix qui leur permettent de vivre, investir pour avoir des exploitations plus écolo, et ne plus être sans cesse critiqués, ce qu'ils nomment l'« agri-bashing ». « Nous allons bannir ce mot et faire de l'agri-acting », a indiqué la présidente de la FNSEA Christiane Lambert lors d'une conférence de presse cette semaine.

Détresse morale

Si les agriculteurs français attendent beaucoup de la Pac, ils ont aussi des demandes immédiates : vendre leurs produits à des prix qui leur permettent de vivre, investir pour avoir des exploitations plus écolo, et ne plus être sans cesse critiqués, ce qu'ils nomment l'« agri-bashing ». « Je n'ignore rien des difficultés du quotidien » des agriculteurs, « néanmoins je constate avec vous que parce qu'il y a eu une mobilisation collective (...) les choses sont en train de s'améliorer », a affirmé Emmanuel Macron dans son discours.

À l'issue de son déjeuner, le président a rencontré Patrick Maurin, élu local de Marmande (Lot-et-Garonne), qui voulait lui remettre un cahier de « doléances » collectées pendant une marche entre Le Touquet, villégiature des Macron, et Paris, exprimant la détresse morale du monde agricole. Si 85 % des Français ont une bonne opinion des agriculteurs, selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour France Info et le Figaro, l'agriculture a du mal à faire rêver les jeunes et les demandeurs d'emploi, alors que la profession manque de bras.

« Gilets jaunes » quasi absents

La crainte de voir des « gilets jaunes » perturber la visite du président ne s'est pas matérialisée : Eric Drouet, une des figures du mouvement, a échoué dans sa tentative d'« approcher » le président et est reparti rejoindre l'acte 15 des gilets dans le centre de Paris. Le chef de l'État s'est toutefois fait interpeller en début d'après-midi par un homme brandissant un gilet, a constaté l'AFP. « Je suis un gilet jaune tranquille, je ne suis pas méchant. Sortez un peu de votre bulle, monsieur Macron », lui a lancé le militant.

Un peu plus tôt, un autre « gilet jaune » de 32 ans, prénommé Jonathan, a été éloigné promptement du périmètre présidentiel après avoir brandi un gilet jaune avec l'inscription « oui au RIC », le référendum d'initiative citoyenne.

Le salon, qui dure neuf jours, attend entre 650 000 et 700 000 visiteurs.


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