; Quelle politique agricole en Suisse pour soutenir la sécurité alimentaire ?

Politique agricole En Suisse, un soutien fort du gouvernement pour la sécurité alimentaire

Terre-net Média

En dehors de l’Union européenne, et donc de la Pac, la Suisse possède son propre système de soutien à l’agriculture, basé en grande partie sur des paiements directs relativement importants. Le pays tient en effet à conserver un auto-approvisionnement significatif et des filières productives. Les exigences en matière de durabilité y sont également élevées.

La Suisse a mis en place une politique de soutien fort à ses agriculteurs pour garantir un niveau minimum de souveraineté alimentaire.La Suisse a mis en place une politique de soutien fort à ses agriculteurs pour garantir un niveau minimum de souveraineté alimentaire. (©Terre-net Média) 

En Suisse, c’est la Confédération (le gouvernement) qui subventionne l’agriculture, une mission directement inscrite dans la Constitution du pays. « La Confédération veille à ce que l’agriculture, par une production répondant à la fois aux exigences du développement durable et à celles du marché, contribue substantiellement : à la sécurité de l’approvisionnement de la population ; à la conservation des ressources naturelles et à l’entretien du paysage rural ; à l’occupation décentralisée du territoire », indique l’article 104.

Les mesures d’accompagnement ont ainsi plusieurs objectifs, notamment celui de « compléter le revenu paysan par des paiements directs aux fins de rémunérer équitablement les prestations fournies, à condition que l’exploitant apporte la preuve qu’il satisfait à des exigences de caractère écologique ». Dans un article ajouté en 2017, la Constitution insiste également sur la sécurité alimentaire et l’importance d’assurer l’approvisionnement de la population.

Le système d’aides en Suisse

Le budget total de la politique agricole suisse représente 3,7 milliards de francs suisses (CHF), soit à peu près 3,7 milliards d’euros, ce qui représente 4,2 % des dépenses fédérales, explique Pierre Schauenberg, responsable du secteur produits végétaux de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), à l’occasion d’une rencontre organisée avec les journalistes de l’Afja en juin.

Destinés à renforcer la sécurité de l’approvisionnement, les paiements directs constituent la part la plus importante de ce budget, avec 2,8 milliards de CHF. Pour en bénéficier, un standard minimum est nécessaire à travers les prestations écologiques requises (bilan de fumure, surfaces de promotion de la biodiversité, législation sur la protection des animaux, faible utilisation de produits phytosanitaires, etc.). Un complément est versé aux agriculteurs qui produisent sous label (IP Suisse, bio, Demeter…) ou dans le cadre des AES (agro-environmental schemes) facultatifs, comportant des exigences renforcées en matière de contributions à la biodiversité, aux systèmes de production et à l’efficience des ressources.

Il y a un réel objectif de « maintenir des filières avec des capacités de production », explique Pierre Schauenberg. En contrepartie, « la durabilité est un pilier de base de la politique agricole suisse », ajoute-t-il, évoquant les engagements au niveau national et international à travers une stratégie développement durable à 2030, la stratégie Climat, agriculture et alimentation, ou encore la future politique agricole qui doit entrer en vigueur à partir de cette année. Dans les quatre axes de la future politique agricole, on trouve ainsi « l’approvisionnement alimentaire résilient », mais aussi une production respectueuse du climat, « renforcer la création de valeur durable », et « favoriser une consommation durable et saine ». Une première étape doit concerner, à court terme, la réduction des risques liés aux produits phytosanitaires et aux engrais.

Une particularité : les initiatives populaires

Quatre fois par an, les citoyens suisses sont invités à prendre position lors d’initiatives populaires. Pour être soumises au vote, ces initiatives doivent avoir réuni 100 000 signatures dans un délai de 18 mois. Si une majorité de oui l’emporte, la Constitution doit être modifiée pour intégrer la proposition de l’initiative populaire. Et les sujets agricoles sont régulièrement au cœur de ces initiatives.

« L’agriculture a un bon soutien de la Confédération à travers les paiements directs, mais c’est un combat de tous les jours », estime Michel Darbellay, responsable des marchés à l’Union suisse des paysans, l’équivalent de la FNSEA en France. Comme dans l’Hexagone, la société attend davantage de gages de la part du secteur agricole en matière de biodiversité, de durabilité, d’atténuation du changement climatique. «  Le lien avec l’agriculture a tendance à se rompre, c’est un travail de longue haleine de conserver la confiance de la population en l’agriculture », ajoute-t-il.

Michel Darbellay, responsable des marchés à l'Union suisse des paysansMichel Darbellay, responsable des marchés à l'Union suisse des paysans (©Terre-net Média) 

Ainsi, l’année dernière, deux votations ont concerné les pesticides : une initiative « pour une eau potable propre et une alimentation saine – pas de subventions pour l’utilisation de pesticides et l’utilisation d’antibiotiques à titre prophylactique » et une autre « pour une Suisse libre de pesticides de synthèse ». Toutes les deux ont été rejetées, obtenant une majorité de « non ». « La population nous a suivis car des engagements ont été pris, mais il ne faut pas oublier les 40 % qui ont voté différemment », souligne Michel Darbellay. Le monde agricole n’est pas au bout de ses peines puisqu’en 2022, une initiative populaire sur l’élevage intensif sera soumise au vote.


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net


Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous

Terre-net Média