Gestion des risques Trier les services et les innovations, un des nouveaux défis de l’agriculteur

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Face aux nouveaux défis qui se présentent au monde agricole, les innovations et les services se développent pour accompagner les agriculteurs. Cette dynamique soulève néanmoins la question du choix et du tri à effectuer pour aller vers les innovations qui créent le plus de valeur, un autre challenge pour la filière.

Face aux multiples innovations, il est nécessaire d'accompagner l'agriculteur pour qu'il puisse choisir celle qui lui apporte de la valeur.Face aux multiples innovations, il est nécessaire d'accompagner l'agriculteur pour qu'il puisse choisir celle qui lui apporte de la valeur. (©Pixabay) 

Aujourd’hui, les agriculteurs « font face à de nombreuses injonctions contradictoires. Il faut produire beaucoup, mais pas cher, et avec le moins d’intrants possible, la difficulté étant de continuer à avoir des rendements suffisants », explique Laurent Bouschon, directeur général de Groupama Paris Val de Loire, président du comité de pilotage de la chaire de management des risques en agriculture. Créée en 2014 par Groupama Paris Val de Loire et UniLaSalle, cette chaire a pour mission d’accompagner de façon innovante les agriculteurs face aux risques nouveaux auxquels ils sont confrontés, dans un environnement de plus en plus incertain. Elle a organisé le 26 novembre une conférence internationale sur les innovations au service de l’agriculture.

Dans ce contexte changeant et contraignant, comment continuer à avoir des rendements suffisants ? Si le défi semble réalisable à long terme, « il y a des phases de transition, pendant lesquelles l’agriculteur souhaite se garantir un revenu normal, légitime », ajoute Laurent Bouschon. Dans ce cadre, l’innovation a un rôle à jouer, que ce soit au niveau des méthodes, des processus ou des services.

Améliorer l’accès des agriculteurs à l’innovation efficace

Et l’une des questions qui se pose aujourd’hui, ce n’est pas celle du manque d’innovation, mais plutôt du tri. « Aujourd’hui, on constate une augmentation du nombre d’acteurs qui proposent des services au monde agricole. L’impression est plutôt celle d’un trop-plein, et se pose le problème du choix entre ces solutions. Or l’agriculteur n’a ni le temps, ni la capacité de le faire », constate Valérie Leroux, directrice générale adjointe d’UniLaSalle.

Pour Davide Rizzo, enseignant-chercheur en agronomie et data scientist à UniLaSalle, le risque, pour les chercheurs, est d’aller vers de plus en plus de technologie, de plus en plus de précision, et de « se laisser emporter par cette chasse du petit détail », ce qui les maintiendrait « en décalage avec la gestion d’une ferme, d’un territoire ». L’important reste selon lui de pouvoir accompagner beaucoup plus d’acteurs, avec des outils peut-être moins précis, mais maîtrisables par les agriculteurs.

Une donnée qui crée de la valeur

« On est devenus dépendants du numérique », avec des outils qui produisent de la mémoire, et cette mémoire « apporte de la valeur aux terres agricoles : elle permet notamment de tracer les pratiques, ce qui est attendu par le consommateur et la distribution », poursuit Davide Rizzo.  Cependant, ces données sont immatérielles, « on risque de les perdre, si on ne les maîtrise pas », ajoute-t-il, « d’autant plus que l’agriculture est un endroit stratégique, pour lequel il faut être très vigilant : la perte de données relève d’enjeux géopolitiques, de sécurité alimentaire notamment », insiste le chercheur.

« L’une des pistes, c’est de repenser les rôles et les liens entre les différents acteurs de cette filière, car on ne peut pas être expert de tous les sujets », indique de son côté Valérie Leroux. Par ailleurs, la recherche a également la responsabilité de prouver la valeur de l’innovation, et non pas uniquement sur le plan monétaire. « L’innovation est le moteur de la croissance et de la création de valeur, une valeur qui aujourd’hui ne doit pas uniquement être monétaire : l’innovation n’est acceptée désormais que si elle recoupe les différentes notions de progrès social, technique, et environnemental », estime Jean-Baptiste Millard, directeur du think-tank Agridées.

Il apparait nécessaire de questionner la pertinence de l’innovation, dont découle le retour sur investissement, et de mettre cette analyse à disposition des agriculteurs pour faciliter le déploiement de l’innovation.


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